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Critique d'album

Landmvrks


The Darkest Place I've Ever Been


(25/04/2025 - Arising Empire - Metalcore - Genre : Hard / Métal)
Produit par

1- The Darkest Place I've Ever Been / 2- Creature / 3- A Line In The Dust / 4- Blood Red / 5- Sulfur / 6- Sombre 16 / 7- The Great Unknown / 8- La Valse Du Temps / 9- Deep Inferno / 10- Requiem / 11- Funeral
Note de /5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Phénomène"
Julien, le 05/05/2026
( mots)

Que les préjugés ont la peau dure. Landmvrks, je les avais rangés dans la catégorie des projets « pas faits pour moi », partant du principe que leur son était trop marqué par le hip-hop. Au fond, je les trouvais presque trop malins : inclure le rap, soit la bande-son de la jeunesse actuelle, pour faire avaler du metal, c’était pour moi rejouer la partition de Pleymo et de la Team Nowhere vingt ans plus tard. Une recette opportuniste.
Pourtant, impossible de fermer les yeux sur le raz-de-marée Landmvrks. Festivals pris d'assaut, tournées sold-out, réseaux sociaux en ébullition ; les Marseillais fédèrent avec une furia insouciante et une authenticité qui brûle tout sur son passage.
Il a fallu se rendre à l'évidence mon intuition n'était faite que d'idées reçues.
Arrive alors une vidéo visionnée au hasard : "Blood Red", captée à Paris et l'armure s'est fissurée. Ce que j'ai pris pour de la simple furie juvénile servie à la sauce hip-hop a laissé place à une révélation ; il y a chez ces Marseillais une émotion profonde, une colère et une frustration qui ne sonnent jamais creux. Un pouvoir organique, une mise à nu fascinante. Son chanteur Florent Salfati y déploie une intensité qui colle à la peau, transcendée par une scénographie magnifique. Soudain, le « phénomène » interpelle. L'envie est alors née de s'impliquer vraiment, de plonger dans ce que renferme réellement cette brûlure collective avec leur dernier opus, The Darkest Place I’ve Ever Been


Si le quatrième album de Landmvrks s'écoute au gré de ses évidences flagrantes (on y reviendra), il n'en reste pas moins un objet singulier. Il est tout la fois la synthèse improbable d'influences qui, sur le papier, semblent se repousser mutuellement, mais que les Marseillais parviennent à fondre en un tout d'une cohérence fascinante. Le titre "Creature" en est la démonstration la plus limpide : le morceau embarque en quelques minutes un riff massif, une intro rappée au débit tranchant, puis un refrain mélodique qui ouvre grand avant que tout ne se referme dans un final abrasif. Ce grand écart entre brutalité et accessibilité, entre flow hip-hop et mur de guitares, aurait pu sonner comme un catalogue d'intentions mal digérées. Il n'en est rien, et c'est là que réside le vrai tour de force. Car derrière les influences rap et les accroches pop, The Darkest Place I've Ever Been est avant tout un album de metal, et il ne s'en excuse pas. Les riffs sont nombreux, travaillés, souvent imparables. Celui de "Sulfur" s'est d'ailleurs déjà taillé une place dans la mythologie du groupe, de ces motifs qui s'incrustent et ne ressortent plus. Les structures de morceaux obéissent à une logique de tension et de relâchement maîtrisée : "Deep Inferno" construit sa pression comme un étau qui se resserre avant de tout lâcher d'un coup, "Requiem" enchaîne avec une férocité abrupte.
Les growls, omniprésents, ne sont pas là pour faire de la figuration. Ils plongent dans une brutalité radicale, une noirceur viscérale qu’on n'attendrait pas forcément chez un groupe capable de remplir des Zéniths. On tient là un coup de génie, et sans doute la plus grosse prise de risque du projet : imposer un tel niveau d'agressivité vocale tout en accédant à une popularité massive. Un exploit qui n'est pas sans rappeler l'ascension de Lorna Shore et prouver que l'émulation venue du metal extrême, portée par une telle conviction, peut rassembler sans devoir en polir ses angles.


Il n'en demeure pas moins certaine évidence assez flagrante dont la première tient dans la performance vocale. Florent Salfati porte une filiation revendiquée avec l'immense et regretté Chester Bennington (Linkin Park). Cette façon de naviguer du susurré au cri déchiré, une voix toujours au bord de la rupture sans jamais y sombrer, portée par une production qui en accentue la puissance avec un léger effet saturé rappelant les grandes heures de l'album Meteora. Mais la comparaison ne doit pas occulter ce que Salfati y ajoute de propre : une amplitude stylistique impressionnante. Il peut s'abandonner dans une mélodie pop aux contours presque doux, lâcher des débits rap d'une précision chirurgicale (particulièrement saisissants sur "Blood Red") , ou plonger dans des growls d'une brutalité absolue ; passant d'un registre à l'autre avec une aisance déconcertante, comme si la difficulté technique n'existait tout simplement pas.


L'émotion, enfin, s'imbrique magnifiquement dans l'espace musicale de l'album. "La Valse Du Temps" s'ouvre sur un piano-voix dans un enchevêtrement romantique et mélancolique, très chanson française, qui donne à l'album une respiration inattendue dont on regrette presque la bascule dans les intentions metalcore. Peu importe, car la sensibilité s'invitera de manière définitive dans la conclusion constituée par "Funeral" pour un morceau à découvert, sans l'armure des riffs ou l'énergie du flow. Une douleur posée, sans esbroufe, qui prouve que le groupe est aussi capable d'exister au-delà de la puissance mêlée de brutalité.


Il faut néanmoins signaler deux morceaux qui peinent à s'imposer dans cet ensemble. "The Great Unknown" et "A Line In The Dust" ne sont pas des ratés, mais ils manquent de ce relief qui caractérise le reste de l'album : les structures y semblent plus convenues, les accroches moins affûtées, comme si le groupe avait momentanément relâché la pression créative. Dans un album aussi dense, ces légères baisses de tension se remarquent davantage. Ce qui, à sa façon, dit aussi la qualité du reste.


Alors, les préjugés ? Définitivement rangés.
The Darkest Place I've Ever Been bouscule, et impose le respect par la seule évidence de ce qu'il accomplit. Landmvrks n'a pas fait un album de compromis entre le metal et le hip-hop : ils ont fait un album de metal qui n'a pas peur de tout ce qu'il est, avec ses contradictions assumées, ses influences revendiquées, sa brutalité et sa fragilité portées avec la même conviction. Ce qui frappe, au fond, c'est la maturité d'un groupe qui sait où il va. La furia des lives, l'emballement des foules, les réseaux en feu ; tout cela ne tient pas uniquement à une formule bien exécutée. Cela tient à quelque chose de plus difficile à fabriquer : une sincérité qui traverse chaque morceau, des tripes mises dans des textes et leur interprétation soutenu par un frontman capable de porter tout ça sans jamais sembler jouer un rôle.


C'était le phénomène Landmvrks, et voilà ce qu'il referme.

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