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Critique d'album

Kiss


Psycho Circus


(22/09/1998 - Mercury - - Genre : Hard / Métal)
Produit par

1- Psycho Circus / 2- Within / 3- I Pledge Allegiance To The State Of Rock & Roll / 4- Into The Void / 5- We Are One / 6- You Wanted The Best / 7- Raise Your Glasses / 8- I Finally Found My Way / 9- Dreamin' / 10- Journey Of 1,000 Years
Note de 5/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"L'imitation est la plus sincère des flatteries que la médiocrité puisse faire au génie... "
Daniel, le 10/09/2026
( mots)

Glockenspiel

La petite histoire de Kiss a souvent résonné de plusieurs sons de cloche (souvent dissonants). 

Et l’enregistrement de Psycho Circus n’échappe évidemment pas à la règle…

Son de cloche #1 : Peter Criss – Paul ne souhaitait pas que Ace et moi participions à l’enregistrement du nouvel album. Il nous a même proposé de l’argent pour que nous restions en-dehors du processus.

Son de cloche #2 : Paul Stanley – Pour enregistrer un album en tant que groupe, il faut former un collectif. Dans ce cas-ci, Peter et Ace ne s’impliquaient en rien dans le boulot. C’était très décevant.

Son de cloche #3 : Ace Frehley – J’avais écrit des tas de chansons pour Psycho. Stanley et Simmons ont tout critiqué. Les riffs, les couplets, les refrains… Et même les titres. Fuck !

Bande dessinée, mensonges et concept

Kiss : Psycho Circus est une bande dessinée de Brian Holguin et Angel Medina, publiée dès 1997, qui met en scène les pouvoirs magiques des fameux "Quatre qui n’en font qu’Un", à savoir Gene The Demon, Paul The Starbearer, Peter The King Of Beasts (?) et Ace The Celestial.

Fidèle à sa manie de réécrire l’histoire, Gene Simmons expliquera par la suite que, bien que l’album ait été mis en chantier plusieurs mois après la publication de la bande dessinée, c’est "son" idée d’album qui préexistait (1)…

Psycho Circus est enregistré par un line-up pour le moins inédit (évidemment non crédité) : Kevin Valentine (2) à la batterie (Peter Criss ne joue que sur un seul titre), Tommy Thayer et Bruce Kullick à la six-cordes (Ace Frehley n’intervient que sur trois titres), Bruce Kullick à nouveau et Paul Stanley à la basse (Gene Simmons n’est présent que sur cinq titres).

Paul Stanley et Gene Simmons se partagent les compositions et les crédits, Ace Frehley ne signant que "Into The Void", un titre qui figure parmi les moins excitants de l’opus.

La conception de l’album se veut "régressive" (et assumée) ; elle plonge ses racines et ses structures dans le hard-rock des seventies et la communication (communiqués de presse, vidéos, artwork, goodies, notes de pochette, …) veillera à créer la parfaite illusion que l’album est une œuvre collective des membres originels, réunis par une camaraderie rock éternelle et sans faille. 

Capsule temporelle

Musicalement, Psycho Circus a toutes les allures "formelles" d’une capsule temporelle qui aurait été scellée circa 1976-1978. A l’exception de "Within" (un titre de Gene Simmons rescapé des sessions de l’horrible Carnival Of Souls), Kiss invente ici le principe fumeux d’un Best Of composé exclusivement d’inédits neufs, ratissant au plus large dans la discographie de ses origines. 

Ce "ratissage" du passé s’avère parfois un peu trop large. La perfide Alice Cooper – qui sait être une mauvaise copine – obtiendra gain de cause devant les tribunaux pour un plagiat assez éhonté, "Dreamin’" ressemblant plus qu’à s’y méprendre au génial "Eighteen".

Basée sur une œuvre de l’excellent illustrateur Peter Scanlan, la pochette lenticulaire (3) de l‘album offre un saisissant effet 3D. Et la tournée qui suivra verra également le groupe jouer "en relief". Il fallait évidemment un peu d’imagination et porter des lunettes Kiss (en carton) qui donnaient à la salle de faux airs d’une congrégation de gogols frappés de myopie. J’ai vu le concert du 23 mars 1999 (avec les affreux Buckcherry en première parte – 4) à  Bruxelles et je n’en suis pas encore complètement revenu... 

Même s’il pue la contrefaçon parfumée à la nostalgie de contrebande, l’album tient la route tant sa facture est remarquable. Le fan sait que ce n’est qu’une fichue illusion mais, quand on porte des lunettes Kiss magiques, toute illusion devient (presque) réalité. Même quand les ficelles (5) ont le calibre de câbles d’amarrages...

Pour peu que l’on joue le jeu, et à ceci près que l’album n’est évidemment qu’un réplicant (pour citer P.K. Dick), Psycho Circus est un opus formidablement excitant qui propose un univers régressif, jouissif, décalé mais aussi cohérent. C’est probablement le meilleur Kiss depuis Dynasty ou, c’est selon, Creatures Of The Night.

La plage titulaire est un brûlot fascinant (et un peu torturé) et pratiquement tous les autres titres présentent un petit air de famille avec l’un ou l’autre des meilleurs singles du groupe. 

"Into The Voïd" aurait pu figurer sur l’album solo (1978) de Spaceman ; "You Wanted The Best" a de franches allures de "Rock And Roll All Nite" auquel il emprunte le célèbre glissando de basse en intro ; "I Pledge Allegiance To The State Of Rock’n’Roll" piétine les platebandes de "God Gave Rock’n’Roll To You" ; ...

Pour parfaire le grand œuvre, Peter Stanley et Bob Ezrin s’associent même pour réécrire un nouveau "Beth" (le fort joli "I Finally Found My Way") qui sera cette fois encore interprété par Peter Criss.

Un petit tour (masqué) puis on se dispute...

Le Psycho Circus Tour occupera le groupe du 31 octobre 1998 au 24 avril 1999. 

Dans la foulée, Kiss entreprendra une (fausse, évidemment) tournée d’adieux – The Farewell Tour – durant laquelle, en octobre 2000, les négociations relatives au renouvellement du contrat de Peter Criss tourneront brutalement au vinaigre. 

Catman quittera alors le groupe avec fracas, en n’omettant pas de bousiller rageusement son drumkit à l’issue du concert de North Charleston…

Bis repetita...

Il sera alors remplacé par Eric Singer grimé à l’identique, ce qui inspirera cette phrase définitive à Peter Criss : "Peu importe qui ils choisissent pour porter le masque, en aucun cas il ne deviendra  moi. On peut retirer le masque de Lone Ranger et le mettre sur le visage de quelqu'un d'autre, mais ce quelqu’un d’autre ne deviendra jamais Lone Ranger..."

En soi, c’est pas faux ! Mais de là à comparer l’homme-chat au prestigieux modèle de rectitude qu’est Lone Ranger, il subsiste un pas...

Sélection

Les petits rockers pressés écouteront prioritairement la phénoménale plage titulaire, puis "We Are One", "Dreamin’", "Journey Of 1.000 Years" ou "I Finally Found My Way" puis se (re)plongeront avec délice dans Destroyer, Rock And Roll Over et/ou Love Gun. Sans transition...


(1) Gene Simmons rejoint ici la fort cryptique notion d’œuvre "anthume" qui est si chère au rédacteur en chef de votre webzine unique et préféré. 

(2) Valentine avait déjà joué ponctuellement sur Hot In The Shade et Revenge

(3) Le concept fait aujourd’hui sourire mais il était assez populaire dans les magasins pour touristes de Lourdes. Par exemple, chez ma Tante Palmyre, il y avait un cadre assez kitsch où, selon l’angle de vue, l’on apercevait Petit Jésus sur la croix, Vierge Marie en majesté ou le Pape du moment dans son plus beau costume.

(4) Le nom Buckcherry était un horrible jeu de mots avec Chuck Berry et le groupe ne valait (de mémoire) pas tripette.

(5) Les textes putassiers de "We Are One", par exemple…


Cette 169ème chronique pour AlbumRock a été rédigée dans une grande fébrilité psychotique avec des lunettes 3D magiques, rescapées de la tournée 1999. Je suis évidemment fort confus d’accorder une note « supérieure » à cette pure contrefaçon mais cet album réjouit mon âme depuis près de trente ans et j’estime qu’il y a – quasiment – prescription.

Je dédie ces lignes à tous ceux et toutes celles qui s’emploient à faire vivre la culture  musicale (au sens le plus large) dans un monde qui souffre de la montée en puissance généralisée de l’imbécilité et de l’obscurantisme érigés au rang d’institutions… 

Je remercie les adorables lecteurs et lectrices qui corrigent mes textes, la femme qui partage ma vie et ma brave Gupette qui a décidé qu’elle ne connaîtrait de repos que lorsqu’elle aurait plumé toutes les poules pondeuses de la maison. On recherche : un.e comportementaliste (aimant le rock) spécialisé.e dans les chiens un peu idiots...


 

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