
Wolverine
Communication Lost
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1- Downfall / 2- Into the Great Nothing / 3- Poison Ivy / 4- Your Favourite War / 5- Embrace / 6- Pulse / 7- What Remains / 8- In Memory of Me / 9- In the Quiet of Dawn / 10- Communication Lost / 11- A Beginning


Bien plus discrets que le mutant auquel ils empruntent le nom, Wolverine s'ajoute à la longue liste des groupes qui participent de l'opulence de la scène metal progressive suédoise, et ce d’autant plus qu’ils se sont complètement déchargés de leurs penchants death les plus violents à l'occasion du troisième album du combo, Still paru en 2006.
Cinq années plus tard, Communication Lost parachève cette transformation vers un metal sombre et atmosphérique magnifié en premier lieu par la prestation vocale éblouissante de Stefan Zell, aussi complet et doué qu'un Daniel Gildenlöw pour habiter les morceaux et transmettre une flopée d'émotions. Pour ne rien gâcher, ce chanteur d'exception est accompagné d'excellents musiciens et en particulier d'un batteur exceptionnel en la personne de Marcus Losbjer dont la finesse et la variété de jeu illumine également titres de cet opus. De fait, si Wolverine ne se perd jamais dans les démonstrations techniques propres à la scène metal progressive, privilégiant avant tout la recherche de la sensibilité grâce au talent de son chanteur, les Suédois n’en proposent pas moins des développements instrumentaux de très haute volée.
Après une courte introduction atmosphérique, "Into the Great Nothing" constitue ainsi une introduction magistrale avec ses développements instrumentaux séquencés, ses structures rythmiques asymétriques et complexes, ses nappes de claviers enveloppantes et ses riffs de guitares alambiqués qui s'effacent lors de passages plus calmes et mélodieux. Stefan Zell y dénonce avec toute l'étendue de sa palette vocale stupéfiante la culture de consommation de masse du monde occidental et introduit ainsi des réflexions personnelles assez pessimistes sur la nature humaine et ses travers. Le titre éponyme évoque ainsi dans une véritable déflagration sonore l'impossibilité du dialogue et la déconnexion entre les êtres qui en résulte. Le travail de Per Henriksson aux claviers est particulièrement mis en valeur, tissant des atmosphères fluctuantes et s'autorisant même quelques échappées fulgurantes.
La fragilité de l'existence et des relations humaines semble avoir particulièrement inspiré ce quatrième album alors que certains titres sont également directement tirés de l'expérience personnelle du chanteur à l'instar du magnifique "Embrace", qui évoque dans un crescendo lyrique à souhait la santé fragile de sa fille née avec un problème cardiaque ou encore le long morceau à tiroirs "In Memory of Me" qui nous fait revivre les multiples tourments d'un adieu poignant.
Si le groupe est à son aise pour mettre sur orbite des titres percutants et épiques à l'instar de la chevauchée héroïque "Your Favorite War" où Mikael Zell ne manque pas de briller avec ses contributions solistes, les titres acoustiques sont également mémorables. Le groupe fait notamment preuve d'un pathos aussi glacial qu’ébranlant, rappelant en cela leurs compatriotes tristounets de Katatonia. A ce jeu, "Poison Ivy" (une autre figure de comics !) est particulièrement majestueux dans sa tristesse alors que la délicatesse des arpèges plie finalement sous la puissance des explosions saturées et "What Remains" convainc dans son registre dramatique et intimiste porté par un duo piano-violoncelle élégiaque.
Malgré sa longueur (70 minutes), l’éclectisme de Communication Lost et la diversité de ses approches rythmiques garantit ainsi son intérêt. Alors que "Pulse" donne à écouter une facette plus synthétique du groupe marquée par sa lourdeur rythmique et ses chœurs vibrants, "In The Quiet Of Dawn" s'appuie sur des arrangements rythmiques trip-hop dans sa première partie pour mettre en valeur une nouvelle fois la sensibilité du chant de Stefan Zell avec une nouvelle envolée grondante. Le groupe fait redescendre la pression avec un final plus contemplatif, fendant l'horizon avec une promesse de renouveau.
Comptant parmi les meilleurs albums de metal progressif des années 2000, Communication Lost est une réussite totale. Une oeuvre dense et particulièrement chargée émotionnellement dans laquelle nous vous invitons à vous plonger en attendant la sortie très prochaine d'un sixième album dix ans après le précédent.

















