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Critique d'album

Ellende


Zerfall


(02/01/2026 - - Black Metal - Genre : Hard / Métal)
Produit par

1- Nur / 2- Wahrheit I / 3- Wahrheit II / 4- Zerfall / 5- Übertritt / 6- Ode ans Licht / 7- Zeitenwende Teil I / 8- Zeitenwende Teil II / 9- Reise
Note de /5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Un sanctuaire du black-metal entre fracas et finesse"
Julien, le 11/01/2026
( mots)

Reclus dans les montagnes autrichiennes existe un lieu que les cartes ignorent, mais que les âmes sensibles au black-metal savent reconnaître sans boussole. Un domaine qui est celui de Ellende. Depuis plus d’une décennie, cette présence solitaire, résultant d'un one-man-band, a rassemblé autour de ses performances une communauté fidèle, pérégrinant dans ces montagnes pour y regarder le monde avec un peu plus de noirceur.
Le chemin qui m’y conduit résulte de plusieurs souffles : les élans post-black de leurs compatriotes de Harakiri For The Sky, et les inspirations sylvestres de Grima, dont la forêt communique au travers d'un même langage obscur. Autant de voix qui me traversent le corps tandis que j’avance. Fort de cette certitude, ou de cette illusion, je franchis le seuil du sanctuaire qu’est Zerfall, cinquième offrande de Ellende. J’y entre à pieds joints, persuadé de savoir où je mets les pas. L'endroit, lui, se charge rapidement de me rappeler que l’on ne s'y rend pas impunément. 


Ellende, c’est d’abord une présence, celle de Lukas Gosch. Artiste aux multiples visages, il ne se limite pas à composer : la pochette naît de ses pinceaux, et les visions animées de la vidéo de "Wahrheit II" portent elles aussi sa marque. Chez lui, la musique n’avance jamais seule ; elle entraîne images, couleurs, spectres. Puis vient la voix : ces hurlements vénéneux si identifiables au style black-metal.  Sur Zerfall, Gosch prend des allures d'esprit protecteur de son espace. Un gardien démoniaque pénétrant qui prend possession de l'hôte inaverti pour y déverser son flow incessant de hurlements obscurs. Une présence telle qu'elle devient suffocante ne laissant transparaitre que le mal qui habite ici, comme "Zeitenwende Teil II" avec sa batterie blast-beat véritable poussée de fièvre finissant d'aveugler l'âme innocente.
Ainsi en fut-il de mon premier contact avec cet album, qui me rejeta d’emblée hors de sa substance. Il m’a pourtant été donné d’entrevoir autre chose tandis que le mal entrait en moi : une élégance mélancolique, scintillante çà et là, dans l’éclat discret mais fascinant de quelques notes de piano ("Zeitenwende Teil I"). J’imaginais alors le fruit d’une illusion née de ma condition maladive, mais l’écoute du titre éponyme, "Zerfall", et sa splendide introduction aux inspirations jazz dura suffisamment pour me convaincre que quelque chose d’autre se dissimulait ici. J'y retournerai donc, plus humble, prêt à observer plutôt qu’à prendre possession du lieu, à comprendre son gardien et à regarder au-delà de la surface obscure.


Habité par l’idée de me laisser imprégner par l'endroit, quelque chose se décante. J’entre à nouveau dans Zerfall et je ne suis plus seul. Sur "Übertritt", ce sont les chants quasi liturgiques de quelques fidèles qui m’accompagnent, comme pour apaiser les tourments contenus dans la voix de Lukas Gosch, laquelle fait alors corps avec nous et laisse filtrer la clarté au cœur de l’obscurité. Le paysage se révèle : le calme des pâturages et le tintement des cloches du bétail dans "Wahrheit I" appellent à l’apaisement, et une forme de sérénité nous gagne pour contempler ce panorama bien plus vaste que les premières impressions, porté par de fines inspirations acoustiques. La transition vers la seconde partie ("Wahrheit II") est d’une intensité rare : on contemple le sanctuaire avec les yeux de son auteur, et la beauté surgit au centre même de la violence, dans une ligne de guitare à la mélodie à la fois déchirante et lumineuse. L’élan qui suit nous élève encore jusqu’à un sommet final presque dément, véritable point culminant du disque.
La lumière qui demeure toutefois pâle, comme pour appuyer encore la mélancolie qui imprègne chaque pore de cet album. Elle conduit néanmoins à des moments de virtuosité inattendus, à l’image des accords introductifs de "Ode ans Licht", débouchant sur un riff et une construction que l’on pourrait rapprocher du rock alternatif. Le morceau prend alors des allures d’adieu déchirant et pourtant solennel, comme un hommage au frère que Lukas Gosch a récemment perdu.
Le paysage se referme avec "Reise", qui rassemble toutes les facettes de Zerfall en un dernier salut. On comprend alors que derrière l’épaisseur obscure se cache une fragilité sincère : une œuvre qui ne cherche pas tant à être écoutée qu’à être dévoilée pour être comprise.


La cinquième production de Ellende se présente d’abord comme un album de pur black-metal. La première impression est celle d’une homogénéité glacée : le chant hurlé, omniprésent, et les blast-beats qui labourent l’espace donnent au disque une façade austère, presque impénétrable. On pourrait s’y arrêter et n’y voir qu’un mur sombre, compact, fidèle aux canons du genre.
Mais il faut y revenir. La réécoute fend la surface et révèle les fissures : les passages aux registres éclectiques, la charge atmosphérique imprégnant, les envolées mélodiques de guitare qui, sans renier la noirceur, l’illuminent de l’intérieur. C’est là que se loge la beauté : au cœur même du fracas. Tout cela tient parce que la production porte parfaitement l’ensemble. Elle fait cohabiter l’agression et la nuance sans trahir ni l’une ni l’autre. 


Alors vient le départ. Le sanctuaire reste là, au cœur des montagnes, égal à lui-même. On quitte Zerfall avec le sentiment d’avoir traversé un lieu marqué et d’y avoir été toléré : dans le respect de l’endroit et en accord tranquille avec l’esprit qui le garde, avec cette compréhension nouvelle : ce qui s’y joue n’est pas seulement obscur et violent, mais profondément intime.


 


A écouter : "Wahreit Teil I" ; "Wahreit Teil II" ; "Reise"

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