
Kaipa
Kaipa
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1- Musiken är ljuset / 2- Saker har två sidor / 3- Ankaret / 4- Skogspromenad / 5- Allting har sin början / 6- Se var morgon gry / 7- Förlorad i Istanbul / 8- Oceaner föder liv


Si le rock progressif ne s’épanouira en Suède qu’au cours des années 1990, le pays scandinave avait développé une scène nationale dès les années 1970. Aux côté de Trettioåriga Kriget ou de Bo Hansson, Kaipa mérite son titre de pionnier, même s’il est certain qu’il doit son aura à sa longévité (15 albums à l’heure où cette chronique est écrite, avec une pause de 1982 à 2000) ainsi que pour avoir accueilli le guitariste Roine Stolt, futur Flower Kings. Quand il intègre le combo, un trio du nom d’Ura Kaipa, le jeune prodige n’a que 17 ans : le changement de nom au profit de Kaipa est alors décidé, au moment même où un premier opus est prêt à être publié en 1975.
Kaipa est une figure emblématique du rock progressif symphonique, dans une veine assez typique des années 1970 (et sous influence britannique), notamment sur ce premier album qui peine à sortir de sentiers battus. Ainsi, "Musiken är ljuset" mise beaucoup sur le jeu de claviers en regardant vers la grandiloquence d’Emerson, Lake & Palmer (surtout en introduction et au final) ou vers la douceur solaire et jazzy de Camel, nouvelle figure centrale de la scène prog’. Sans être totalement Camel-ien, le jeu de Stolt n’en est pas non plus complétement étranger.
Parmi les autres pièces d’envergure (qui sont alternées avec des pastilles plus réduites), la comptine "Ankaret" dévoile toute la richesse mélodique d’un groupe alors à son sommet. La guitare de Stolt y brille et accentue le parallèle avec Focus (qu’on retrouve sur le bref "Allting har en början") – alors qu’étonnement, le chant en suédois évoque le rock progressif italien bien que les langues n’aient pas les mêmes sonorités. Plus contemplatif, "Se var morgon gry" devient hélas un peu kitsch lorsque le chant s’invite à la fête, tandis que "Oceaner föder liv" rappelle le Camel des deux premiers albums auxquels on aurait ajouté des digressions classicisantes.
Parfois plus concis, Kaipa n’en est pas moins pertinent. De la ballade très RPI "Saker har två sidor", aux aspérités mélodiques folk de "Skogspromenad", en passant par la coloration jazzy orientalisante de "Förlorad i Istanbul", le combo affiche son esprit d’initiative.
L’envergure historique de Kaipa mérite d’être relativisée car en 1975, son rayonnement était seulement suédois : c’est a posteriori, que le groupe obtiendra son statut, une fois Roine Stolt devenue l’une des figures du renouveau progressif des années 1990. Il n’empêche que ce premier opus possède de nombreuses idées intéressantes.
À écouter : "Musiken är ljuset", "Ankaret", "Förlorad i Istanbul"