
Blackwater Holylight
Not Here Not Gone
Produit par
1- How Will You Feel / 2- Involuntary Haze / 3- Bodies / 4- Heavy, Why? / 5- Giraffe / 6- Spades / 7- Void To Be / 8- Fade / 9- Mourning After / 10- Poppyfields


Si le contraste est inscrit par nature jusque dans son nom, Blackwater Holylight a, avec son quatrième album, Not Here Not Gone, "obscurement" pris position dans un univers sonore et atmosphérique bien défini. Le trio féminin, emmené par la chanteuse Allison Faris, déploie une musique aux teintes ténébreuses, portée par un subtil mélange de stoner et de doom, paré de reflets psychédéliques enivrants.
Avec Not Here Not Gone, les Américaines s’engagent dans l’exploration de leur propre abîme sonore. Le mouvement s’opère à rebours de toute élévation, porté par l’explicite "Void to Be", dont la basse, semblable à une suite de barreaux, initie une lente descente et ouvre l’accès aux profondeurs. Le second single, "Involuntary Haze", constitue ce temps d’adaptation nécessaire au regard pour apprivoiser la pénombre environnante. La mission est magnifiquement servie par la teinte mélancolique du morceau, portée par la saisissante vulnérabilité du chant, qui prend des allures de fil d’Ariane et guide notre avancée dans ce dédale sonore aux contours mouvants. Un titre qui affiche clairement les aspirations stylistiques du trio, avec un refrain où la densité des guitares affirme un stoner pleinement assumé. Mais c’est surtout la logique atmosphérique qui frappe?: un climat suffocant et fascinant, au cœur d’un disque fidèle à sa ligne directrice, explorant ses variations pour révéler les multiples nuances de noir que propose Not Here Not Gone. Des états contradictoires coexistent, chacun vibrant d’une vérité intacte.
L’angoisse née de la perte de repères affleure sur la piste conclusive "Poppyfields", dont le riff menaçant installe un climat d’inquiétude latente. La poussée psychédélique s’y intensifie, et les sens vacillent, happés par les battements tachycardique d’une batterie frénétique. L’emballement redescend avec "Fade", dont l’introduction transforme l’obscurité en un vide presque méditatif, caressé par le phrasé hypnotique de Allison Faris. Une forme d’extra-lucidité nous envahit, nous fondant dans l’espace qui nous entoure, avant d’être à nouveau happés par le souffle dense des guitares. Ce morceau, véritable temps fort de l’album, nous conduit sur le sentier intime de ses sensations, jusqu’à atteindre le sommet de la lourdeur avec la perle de Not Here Not Gone, son premier extrait dévoilé?: "Heavy, Why?". Ici, tout est explicite, du nom à sa substance, révélée par une production jusqu’au-boutiste où la distortion des guitares est poussée à l’extrême, comme si le son lui-même retenait son souffle. L’oppression est à son apogée, écrasante et enveloppante, pour mieux révéler la beauté fragile qu’elle recèle, tandis que la mélodie du chant se déploie sur ce fil tendu entre puissance brute et délicatesse hypnotique.
Maintenant que l’obscurité nous enveloppe entièrement, elle nous prépare à découvrir sa face la plus radicale et pourtant métaphorique?: le noir comme miroir de la violence, celle qui aveugle les sens pour ne laisser s’exprimer qu’un état primitif et déterminé. "Spades" frappe dès ses premières notes avec un riff presque metal, brutal et sans concession, qui s’intensifie pour culminer dans une transe obsédante, en quête d’invulnérabilité. "Bodies" reprend ces armes acérées, mais y glisse une subtilité nouvelle?: les sections se déploient avec une précision millimétrée, alternant contrastes et chevauchements. Le résultat est un morceau où violence brute et maîtrise s’entrechoquent, porté par une ligne de guitare radicale et magnifiquement composée qui dialogue avec des couplets et un refrain plus ouverts, teintés d’inspirations rock, créant un équilibre fascinant où intensité physique et intelligence musicale se rejoignent.
Il ne reste finalement que le morceau d’ouverture, "How Will You Feel", comme seul acte manqué de ce quatrième opus. Orienté vers la surface plutôt que vers les profondeurs dominantes, il dégage une luminosité singulière, portée par une production qui fait ressortir des guitares aux sonorités scintillantes. Cette clarté le place dans une sphère distincte du reste de Not Here Not Gone, sans jamais atteindre l’intensité des titres enfouis sous la surface.
En explorant avec pertinence sa face obscure, Blackwater Holylight nous entraîne dans une descente progressive et maîtrisée de son univers. Chaque titre révèle une nuance de noir différente?: de l’angoisse sourde à la violence maîtrisée, de la transe hypnotique aux éclats fragiles. Cette plongée dans les profondeurs n’est jamais gratuite?; elle révèle l’intelligence de l’album, où brutalité et subtilité coexistent, et où chaque contraste sert la cohérence d’un propos musical résolument assumé. Not Here Not Gone s’affirme ainsi comme un voyage sonore fascinant, où la confrontation à l’obscurité devient source de beauté et de compréhension, et où la noirceur choisie par le trio se révèle être la clé de son éclat artistique.
A écouter : "Heavy, Why?" ; "Involuntary Haze" ; "Fade"

















