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Critique d'album

Dire Straits


Brothers In Arms


(13/05/1985 - Mercury Records - - Genre : Rock)
Produit par

1- So Far Away / 2- Money For Nothing / 3- Walk Of Life / 4- Your Latest Trick / 5- Why Worry / 6- Ride Across The River / 7- The Man's Too Strong / 8- One World / 9- Brothers In Arms
Note de 4/5
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Note de 5.0/5 pour cet album
"La guitare qui gravit les âges"
Julien, le 01/01/2026
( mots)

Brothers in Arms n’est pas seulement un album : c’est un seuil. Au-delà du simple recueil de morceaux, il s’impose comme une forme pleine, presque autonome, qui excède sa propre matière sonore. Un disque qui dépasse sa condition pour devenir le frère siamois de son époque, il s’inscrit dans un monde où la musique ne circule plus seulement par l’écoute intime, mais s’intègre à un flux continu d’images, de couleurs et de consommation, porté par la télévision et les nouveaux usages de masse. Son succès est d’une immensité telle qu’il en devient l’incarnation même : mérité par son exigence, disproportionné par son ampleur, clivant par sa lisibilité, et éreintant par ce qu’il imposa à ses créateurs.
Brothers in Arms, enfin, qui repousse les sens pour donner à la musique une consistance nouvelle et matérielle, devenant moins un simple disque que l'origine d'un nouvel objet culturel à part entière.


Vous l’aurez compris : inutile de chercher ailleurs, cet album contient son propre récit. De petites histoires, comme cette participation assez improbable de Sting au chant sur "Money for Nothing", ou encore "Walk of Life", sauvé in extremis par le manager Ed Bicknell quand Knopfler envisageait de condamner le titre à l’oubli. Et puis il y a ces choix, ces actes qui font date, ceux qui dépassent le simple cadre musical et inscrivent l’œuvre dans la légende. Son avant-gardisme technologique d'abord, avec une production entièrement numérique : de l’enregistrement au mixage, jusqu’au mastering. Une réalisation qui placera l'album en fer de lance du compact disc, soutenu par plus de 30 millions d’exemplaires écoulés. Et puis ses prouesses techniques, enfin, sur le terrain visuel cette fois, avec le clip en images de synthèse associé au single "Money for Nothing".
Reste l’essentiel : les chansons, et cette évidence de trois morceaux qui se sont imposés comme des succès massifs, chacun pour des raisons différentes, et comme de véritables piliers du disque. Son titre éponyme ("Brothers In Arms"), qui conclut l’œuvre dans une ballade d’une beauté troublante, capable de fissurer les certitudes les plus endurcies, traversée par un riff et un son de guitare d’une autorité tranquille, croisant la fragilité grave d’un Mark Knopfler à la voix chargée d’émotion. À l’opposé se trouve "Walk of Life" et sa gaieté communicative, portée par une rythmique country-rock dansante, hymne rassembleur qui fait mouche à chaque écoute. Et puis, évidemment, il y a le monument au cœur de la légende : "Money for Nothing" et son riff culte, celui sur lequel nombre de guitaristes se sont arraché les cheveux, tant sa sonorité est unique, marquée par cette note harmonique subtile qui en fait toute la singularité. Un riff qui traverse le temps, devient emblème du rock et fait taire les egos, jusqu’à conduire à des scènes presque irréelles, comme cette interprétation donnée le 15 septembre 1997 au Royal Albert Hall de Londres. Lors de ce concert de charité organisé pour la reconstruction de l’île caribéenne de Montserrat, Knopfler est alors entouré de Eric Clapton à la guitare rythmique, de Phil Collins à la batterie et de Sting aux chœurs.


À la lumière de ses accomplissements, j’imaginais cette œuvre culte à l’abri de toute contestation. En préparant cette chronique, j’ai pourtant découvert un paysage critique bien plus contrasté. "One World" concentre certains des reproches les plus radicaux, au point d’être qualifié par ses détracteurs de "pire composition de toute la discographie de Dire Straits". Il est vrai que cette avant-dernière piste, bardée d’effets (notamment sur la voix de Knopfler), y perd en authenticité. Elle n’en demeure pas moins un morceau en retrait plutôt qu’un échec, porté par une basse funk centrale, peu familière chez Dire Straits. À cela s’ajoute un autre reproche récurrent : celui d’un album qui se complairait dans sa propre ampleur, avec des morceaux étirés à n’en plus finir, comme "Why Worry". Question d’appréciation, certes, mais c'est justement la longueur du morceau, et plus encore ses dernières minutes d’échange entre la basse et les claviers, qui l’élèvent au-delà de la simple ballade fragile. Un développement à rebours des attentes, et même des évidences commerciales, qu’aurait pu susciter le morceau dans sa forme la plus immédiate. Et tandis que certains titres se déploient avec patience, d’autres frappent par leur audace et leur singularité, à l’image de "Your Latest Trick" et de son saxophone impudique à la présence démesurée. Certes, le morceau peut paraître un peu lourd et inscrit dans un style typique de son époque, mais quelle intelligence mélodique remarquable. On reprochera en revanche l’usage excessif du saxophone lors de l’immense tournée qui suivit Brothers in Arms. L’instrument, trop présent sur des classiques tels que "Expresso Love" ; "Private Investigations" et surtout "Sultans of Swing", en venait à étouffer leur énergie rock originelle, rendant ses interventions superflues et dénaturant l’agrément premier de ces morceaux. 


Plus généralement, c’est la dimension commerciale qui attire le regard critique, soulevant presque une interrogation philosophique : le rock peut il véritablement tendre la main à la société de consommation sans se trahir ? Dans le cas de Brothers in Arms, certains éléments sont pour le moins gênants. A l’image de ces affiches sponsorisées par la marque Philips pour promouvoir le format CD… et, accessoirement, leurs lecteurs. Un marketing qui fait mauvais genre à côté de la dénonciation des excès consuméristes du titre "Money for Nothing".
Mais peut-on pour autant juger la valeur d’un artiste et de sa musique à l’aune de sa portée commerciale ? Il est difficile de connaître, à l’époque, la part réelle de contrôle que le groupe exerçait sur la réappropriation de sa musique, ou s’il avait seulement les moyens de s’y opposer. Ce succès démesuré mérite alors d’être apprécié sous son aspect le plus noble : sa valeur méritocratique. Il y a une logique rassurante et satisfaisante dans cette popularité : rien n’a été acquis par hasard chez Dire Straits. Cette reconnaissance ne tombe pas sur un artiste surfant sur une tendance populaire passagère, mais sur un groupe qui avait déjà publié quatre albums remarquables. Des musiciens qui ont travaillé leur musique, la faisant découvrir et perfectionnant leurs morceaux sur scène aux quatre coins du monde. Des compositions portées par leur auteur principal, Mark Knopfler, véritable bourreau de travail, qui n’a eu de cesse de pousser chaque titre à son degré de détail le plus extrême, remettant systématiquement ses orientations en question à la lumière des dernières avancées technologiques. Brothers in Arms s’impose comme l’aboutissement de l’évolution du groupe, où l’énergie brute des débuts se mêle aux audaces expérimentales de sa discographie. Dire Straits ne se trahit jamais : chaque mélodie respire, même dans sa simplicité apparente. La piste d’ouverture, "So Far Away", en est le parfait exemple, d’une efficacité dépouillée qui ouvre une fenêtre sur l’immensité. L’auditeur est alors emporté dans des paysages sonores vastes et tangibles : la poussière d’un Ouest américain infini sur "Ride Across the River", la force d’un vent invisible sur "The Man's Too Strong", chaque note compose un horizon grandiose où la musique devient un espace à traverser, à ressentir, presque à habiter. 


Ainsi est ce disque, à jamais associé à l’immense succès qui l’accompagne, inscrit dans la légende du rock pour le meilleur et parfois pour le pire. Une popularité brutale, imposante, qui aura des répercussions à la hauteur de sa folie : une tournée interminable de près de 250 dates en deux ans, au terme de laquelle Knopfler en ressortira épuisé, ne jurant que par le retour à des choses simples, loin de la technologie et de la frénésie, vers la quiétude d’une country apaisante, le temps d'un album avec son groupe Notting Hillbillies.
Dire Straits disparaît pendant cinq ans, ne proposant qu’une seule performance en 1988 pour l’anniversaire de Nelson Mandela : l’apogée parfaite, celle qui aurait dû être la conclusion écrite au sommet de leur gloire. Ne resterait que cette guitare antique sur fond bleu comme l'éclat final mythique. L’histoire qui avait mérité de s’arrêter, mais ne l’a pas fait.
En 1991, les ondes FM crépitent sur un nouveau riff, au jeu et au son si singuliers, avec l’appel désespéré de "Calling Elvis". Un dernier recours nostalgique, où la mélancolie du passé rencontre la volonté d’explorer de nouvelles inspirations, mais dont le mariage reste fragile, incapable de rivaliser avec les légendes déjà gravées dans la mémoire collective. 

Note de 5.0/5 pour cet album
"Un des grands classiques de la musique Rock. Indémodable et indispensable."
Lulu, le 19/02/2006

Dire Straits ou la force tranquille. Jamais un groupe ne s’est plus moqué des modes musicales que celui-là. Mark Knopfler, chanteur, guitariste, compositeur et leader absolu du groupe est un amoureux des grands noms du Blues (de J.J Cale en particulier) et depuis toujours, sa musique ne correspond en rien à l’air du temps. Même à ses débuts, alors que le Punk règne en maître, Dire Straits connaît un énorme succès avec son premier album surtout grâce au fabuleux “Sultans Of Swing”. Puis se succèdent la New Wave, le Rap, le Grunge, l’électro... Peu importe, Dire Straits aligne les albums multi-disques de platine pendant de longues années, armé uniquement de son Rock Us mâtiné de Blues. Brothers In Arms est le chef d’oeuvre absolu de Dire Straits et certainement l’un des meilleurs albums de la scène rock des années 80.

Cela fait déjà belle lurette que Mark Knopfler et ses acolytes connaissent les ficelles du métier et maîtrisent leur art à la perfection. Cet album est superbement produit et renferme quelques perles monumentales et inoubliables. Avec “Money For Nothing” évidemment, a-t-on encore besoin de présenter ce riff gigantesque, cette petite critique acerbe envers MTV et des choeurs assurés par Sting lui-même ? Il y a aussi “Walk Of Life” et son thème à l’orgue qui a fait le tour du monde. Rien ne vient troubler le charme universel de cet album : tout est remarquable, que ce soit le saxophone de “Your Latest Tricks”, beau à faire pleurer, “Ride Across The River” et ses senteurs des îles du sud avec ses percussions si surprenantes ou encore l’ambiance très typée rock sudiste de “The Man’s Too Strong”. Même les chansons plus classiques se payent la part du lion, la tranquille “So Far Away”, la longue et triste “Why Worry” ou la très Rock Us “One World” sont d’un grand acabit. L’album se termine par l’inoubliable “Brothers In Arms”, émouvante grâce à ses nappes de synthétiseurs et les quelques notes de guitares disséminés de ci de là mais toujours au moment juste, histoire de faire surgir quelques frissons bien agréables.

Un album grand par les émotions, grand par les ventes et grandiose par sa richesse musicale. Mark Knopfler est un compositeur énorme qui n’a pas cessé de sortir des albums intéressants depuis trente ans. Et il est au sommet de son art pour ce Brothers In Arms indémodable qui connait à juste titre un gigantesque succès commercial. D’ailleurs pour la petite histoire, c’est le premier album a être vendu à plus d’un million d’exemplaires en format "Compact Disc". Il mérite pour toutes ces raisons de rentrer dans le panthéon du Rock.

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