
Anubis
The Unforgivable
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La scène progressive australienne s’est enrichie à la fin des années 2000 d’un groupe particulièrement talentueux bien que moins connu que ses compatriotes plus virulents de Karnivool ou Caligula’s Horse. Brouillant les repères géographiques, la troupe emmenée par le chanteur Robert James Moulding a souhaité mettre en avant le dieu égyptien maître des nécropoles et protecteur des embaumeurs Anubis, promesse d’une musique sombre et mystérieuse affectionnant les concepts ésotériques.
En 2024, le groupe sortait son dernier album en date, The Unforgivable, concept-album renouant avec la narration du premier opus phare baptisé 230503. La genèse de cet album remonte à la période de crise sanitaire pendant laquelle le claviériste David Eaton et le chanteur Robert James Moulding ont composé de nombreux fragments de musique tout en s’intéressant à divers documentaires portant sur les cultes religieux. Réunissant ces différents fragments en un seul long morceau de 46 minutes divisé en dix sections, The Unforgivable raconte ainsi l'histoire d'un jeune homme attiré dans les griffes d'une secte religieuse du Midwest américain connue sous le nom de "Légion des Anges", dont il parviendra finalement à s'échapper malgré un endoctrinement féroce.
Le haut potentiel de l’album est perceptible dès son entame. Après une courte introduction marquée par quelques accords de piano et une guitare floydienne, "Part II – The Mark of Cain" impressionne tant par l’assise rythmique conférée par le batteur Steven Eaton que par la prestation de haut vol de Robert James Moulding qui livre un refrain particulièrement épique et marquant. Une entrée en matière parfaitement exécutée qui peut rappeler par sa puissance et son expressivité les ballades frappadingues de The Mars Volta ("The Widow" notamment).
Cette sensibilité exacerbée constitue assurément le point fort du groupe emmené par le charisme vocal de son chanteur. Ce dernier est éblouissant sur la ballade "Part V – One Last Thing" qui bénéficie par ailleurs d’une superbe partition de guitare, alors que c’est davantage la basse qui mène la danse sur le poignant "Part VI – All Because Of You". La fluidité au cœur de l’album est remarquable, chaque section se fondant avec la suivante de façon naturelle, sans pause, afin de ne pas altérer la narration. On passe ainsi dans difficultés du groove déstabilisant et de l'ambiance inquiétante de "Part VII - The End of the Age" marqué par la présence vocale de Becky Bennison à la flamboyante renaissance symbolisée par les refrains fédérateurs de "Part VIII – Back".
Si le groupe assume son penchant metallique sur le riff sombre de "Part III – Alone", qui s’efface cependant devant un refrain très mélancolique, les aspects progressifs prédominent surtout sur le titre suivant "Part IV – The Chains" et son pont conviant solo de basse, chœurs aériens et de solo de guitare dégoulinant de Wah-Wah. Enfin, le libératoire "Part IX – Shadows Cloak the Gospel" s’enrichit d’une très belle envolée de guitare très inspiré par David Gilmour tout comme le titre conclusif qui brille sur sa section finale malgré une mélodie un peu trop convenue.
Influencé par la sensibilité de la mouvance néo-progressive en y incorporant des éléments métalliques plus modernes, Anubis signe un très bel album de rock progressif pour un style qui n’est décidément pas près d’être momifié…
















