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The King Of Limbs : l'avis de la rédaction


Nicolas, le 01/03/2011
La sortie d'un nouvel album de Radiohead constitue toujours un événement majeur pour l'ensemble de la planète rock. Pourtant, cette fois-ci, la situation semble prendre une tournure encore plus folle que d'habitude. De par son annonce express, son contenu difficile d'accès et les rumeurs qu'il continue encore à susciter, The King Of Limbs prête le flanc à tous les assauts. Chacun, du rock critic chevronné au simple internaute mécréant, amateur ou non de la formation d'Oxford, y va de son commentaire passionné, tantôt enflammé, tantôt outragé, rarement raisonnable. C'est un fait : si l'objectif de Thom Yorke et de ses collègues était de faire parler d'eux, c'est une totale réussite. A la rédaction, on s'est vraiment demandé comment traiter avec le plus de justesse possible le huitième album studio de l'un des groupes les plus influents de la scène rock mondiale. C'est ainsi que vous n'aurez pas droit à une, ni à deux, mais à quatre critiques différentes de ce disque phénomène. On s'est intéressé à tout : communication, mode de sortie, contenu, accessibilité, place dans la disco des anglais, plus value apportée (ou non) à leur œuvre, et pas mal d'autres choses en bonus. Si nos approches et nos avis divergent, ils n'en sont pas moins le reflet de l'effervescence du web un peu plus d'une semaine après la sortie de cet opus événement. Et si l'avenir nous dira vraiment quelle place mérite ce roi des branches au sein de l'œuvre de Radiohead, autant essayer, malgré tout, de jouer dès maintenant aux extralucides, non ? Dossier réalisé par Jérôme, Nicolas, Pierre et Pierre D.


Radiohead à contre-pied

Autant ne pas jouer les hypocrites. Quoi que l’on puisse en penser, Radiohead est bel et bien un groupe à part. Un de ces groupes capables de nous surprendre à chaque sortie, aussi bien d’un point de vue musical qu’en termes d’approche du public. Avec le virage pris à l’époque de Kid A, chaque sortie était déjà l’occasion de toutes les spéculations. Mais depuis In Rainbows, Thom Yorke et les siens ont poussé encore plus loin leurs talents extra-musicaux. On les savait capables de créer le buzz en se passant de maison de disques tout en laissant l’auditeur payer la somme qu’il jugeait acceptable pour s’offrir la version digitale de leur dernier album, voilà t’il pas que le gang d’Oxford se transforme aujourd’hui en maître de la communication. Et oui, à l’heure de la sur-médiatisation, alors que la moindre déclaration peut faire le tour du monde en quelques clicks et que les nouvelles productions sont annoncées des mois et des mois à l’avance, Radiohead choisit une nouvelle fois le contre-pied.

Et celui-là, personne ne l’avait vu venir. Alors que les nouvelles du groupe, pas forcément trépidantes, tombaient au compte-goutte, l’annonce d’un nouvel album aurait déjà suffit à mettre le web en ébullition. Mais lâcher une telle bombe seulement cinq jours avant la date fatidique (et avancer cette même date d’un jour) a véritablement fait office de raz-de-marée numérique. Rendez-vous compte. Quatre jours… A peine de quoi écouter le premier single et voir l’ami Thom se déhancher. Pour un peu, on se serait cru retourner à une époque que les plus jeunes n’ont pas eu la chance de connaître. Celle où il fallait se presser chez notre disquaire préféré le jour J sur la seule foi que l’on pouvait porter au groupe et parfois au single qui pouvait passer sur les ondes. Pas de streaming, pas de pré-écoute. Pas de téléchargement plus ou moins légal avant l’heure. Juste le temps de précommander l’album. Et de faire ressurgir cette petite pointe d’impatience au creux de l’estomac. Rien que pour ça, l’expérience The King Of Limbs ne peut qu'être saluée.

Pour le reste, d'un point de vue strictement musical, ce nouvel opus est une nouvelle fois de haute volée. Les ambiances sont comme toujours travaillées, peaufinées et d'une richesse rare. Chaque titre est d'une précision sans faille. Sauf que l'ensemble peut s'avérer très difficile d'accès lors des premières écoutes. On pourrait même se laisser à penser "tout ça pour ça..." La faute peut être à l'absence totale de singles en puissance, de titres qui permettraient à l'auditeur de se raccrocher à quelque chose de plus facile d'écoute afin de reprendre un peu son souffle dans les méandres de ce King Of Limbs. Car comme pour chacune des productions du groupe, il faut prendre son temps pour réussir à apprivoiser ces huit pistes. Pour passer outre l'impression de bouillie sonore de "Bloom" et la fausse simplicité d'un "Codex", ou pour apprécier à sa juste valeur la froideur d'un "Feral". Et c'est seulement à ce prix que toute la beauté de certaines pièces prendra corps. Comme "Lotus Flower", ce premier single aux accents trip-hop qui se retrouve sublimé par le chant et la mélodie imprimée par Thom Yorke, ou encore "Morning Mr Magpie" et son gimmick limite hypnotique. Et que penser de "Separator" et de son déroulement atypique entre mélopées pop et rythmiques répétitives réclamant à n'en plus finir une conclusion ?

Mais à chaque sortie de Radiohead, le gros risque est plus ou moins le même. Se focaliser plus sur le groupe et son attitude en marge que sur la musique en elle-même. Se lancer dans des analyses sans fin sur le détachement et le désintéressement clairement affiché par le quintet. De taper sur la formation pour ce qu'elle représente sans réellement se pencher sur ce qu'elle produit. Il faut dire qu'il y a tellement peu de faille dans la musique de Radiohead pour qui sait l'apprécier que cela doit forcément finir par énerver.
Jérôme

Note : 4/5


L'excellence au delà de l'exigence

Pas facile d'aborder ce huitième album du combo d'Oxford. Non pas qu'il soit mauvais, ce serait plutôt l'inverse, mais il faut bien comprendre que l'on touche ici aux limites de la critique rock traditionnelle. Car après vingt ans d'existence, Radiohead confirme une fois encore son statut de pierre angulaire de la musique contemporaine. En clair : il n'est désormais quasiment plus possible de s'attaquer à la matière que le groupe nous procure. On peut toujours, avec plus ou moins de mauvaise foi, vilipender Thom Yorke et ses sbires pour la froideur et le côté déshumanisé de leur approche, pour l'affectation du chant ou pour le sérieux extrême de leur attitude, mais on ne peut décemment plus toucher à leur œuvre ni renier l'influence énorme qu'ils opèrent sur tout un pan de la scène rock mondiale. Radiohead est un groupe essentiel. Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, le fait est avéré et il n'y a rien à ajouter.

The King Of Limbs, comme attendu, ne change absolument rien à l'affaire. Peu importe, finalement, les éléments marketings savamment mis en place par le groupe pour attirer l'attention à lui, l'essentiel tient toujours dans la musique et celle-ci reste égale à ce qu'on est en droit d'attendre d'une formation de ce calibre : profonde, fouillée, immersive et poignante. Avec ce huitième jet studio, le quintette tourne le dos à une certaine facilité formelle retrouvée avec Hail To The Thief et In Rainbows pour plonger de nouveau dans des méandres sombres et synthétiques, quelque part entre Amnesiac et l'essai solo de Yorke, The Eraser. L'album s'avère assez difficile d'accès, mais s'il est vrai que sept écoutes minimum doivent être opérées avant d'apprécier un disque de Radiohead, on reste à peu près dans les clous. Par ailleurs, ce roi des branches prend le parti de la concision (huit titres, trente quatre minutes) et de l'absence de singles commercialement viable, quoiqu'à la réflexion "Lotus Flower", nimbé dans sa rythmique jazzy et ses arrangements graves et caressants, possède une mélodie suffisamment accessible pour pouvoir être passée sur bande FM. En lieu et place est préférée une esthétique cohérente, une recherche d'organicité tour à tour inquiétante et chaleureuse édifiée par le biais d'une électro nuancée à l'extrême. Chaque détail se trouve à sa place : le motif de basse indolent qui rythme l'atmosphère grouillante de "Bloom", le jeu de guitare discret qui illumine le sublime "Morning Mr Magpie", les subtiles dissonances qui déséquilibrent en permanence "Little By Little", le piano désarmant de simplicité et les cuivres radieux de "Codex". Thom Yorke, comme toujours, s'y révèle un vocaliste prodigieux et un mélodiste hors pair, capable de jouer sur de subtiles variations de demi-tons pour susciter l'émotion ("Little By Little", encore lui) ou trouvant le timbre juste pour amener l'auditeur dans le recueillement le plus absolu ("Codex", encore lui). Bref, c'est à la fois simple dans l'esprit, terriblement complexe dans la mise en application, et foutrement génial dans la délivrance.

Le seul regret, finalement, concerne les rumeurs persistantes quant à un éventuel double album caché. Il est vrai que ces bougres d'anglais ne sont plus à une facétie marketing près, et on imagine bien leur tronche hilare à la lecture de critiques reliées à un album transitoirement tronqué. Oui, The King Of Limbs est court, oui, ça et là quelques indices peuvent laisser croire à une suite, oui encore, "Separator", longue mélopée emportée par ses motifs rythmiques répétitifs en totale opposition avec le chant planant du frontman, fait vraiment office de conclusion pour le moins atypique. On n'ose y croire, évidemment, et on ne peut qu'espérer que cette critique ici présente, ainsi que toutes les autres, devront être revues à l'aune d'un album qui s'avèrerait d'une toute autre ambition. Mais bien évidemment, tkol1 se suffit largement à lui-même, n'est-ce pas ?
Nicolas

Note : 4,5/5


Un grand cru

Les albums des grands groupes se font souvent désirer. Pendant des mois, parfois des années, ils dessinent leur contour dans l'esprit des fans. Avant même leur sortie chacun s’est déjà fait sa petite idée sur le produit final, bien aidé par une vidéo youtube crachotante, la fameuse annonce du "retour au source" ou l'ébauche d'un mystérieux artwork qui se balade sur le web. The King Of Limbs, huitième album studio de Radiohead, a déboulé sans prévenir. Seulement cinq jours entre son annonce et sa sortie, à peine le temps de créer l'effervescence sur la toile. Une quasi instantanéité qu'on avait jamais vu chez les grosse cylindrées du rock international. Alors très vite il a fallu en parler. Quelques heures après la sortie du disque les premières chroniques fleurissent, relayant un premier avis mitigé et dérouté. C'est que ces adeptes du web 2.0. ont oublié la règle d'or avec Radiohead : toujours se laisser surprendre.

Ce principe intégré, l'écoute de ce King Of Limbs ne constitue pas en soit une déception, mais nécessite un temps d'adaptation. Car, n'ayons pas peur des mots, il s’agit d’un album exigeant, où l'épure est poussée à l'extrême : boucles de batterie minimalistes, mélodies jamais évidentes, guitares diffuses. Pourtant là où face à un autre groupe l’auditeur aurait lâché prise dès la première écoute, les gars d’Oxford parviennent à distiller une intrigante maîtrise qui donne envie d’en découdre avec ce King Of Limbs. Un combat qui se révèle plus gratifiant à chaque écoute. Qu’il est bon de gratter sans cesse derrière les rythmes froids de "Bloom", le titre d’ouverture, pour découvrir des arrangements finement ciselés. Toutefois, il est inutile de chercher ici l’efficacité. On ne chantera pas ce nouvel opus sous la douche : Radiohead a quitté la sphère de la pop pour chercher à amener ces auditeurs vers une transe profonde.

Ce constat ne signe pas pour autant la mort du grand Radiohead tant les huit morceaux proposés mettent en avant une symbiose parfaite entre les différentes facettes du groupe. Les expérimentations parfois douteuses faites sur le diptyque Kid A/Amnesiac ou sur l’escapade The Eraser ont porté leur fruit et le groupe affiche désormais une pleine maîtrise de l’univers des machines. La basse aérienne de Colin Greenwood flotte sur chacun des titres avec volupté, les guitares exploitées avec précautions tapent toujours juste. Les rythmiques synthétiques échappées d’un disque d’Amon Tobin ne font qu’amplifier une impression lancinante qui plonge l’auditeur dans un puissant coma. De la boucle hypnotique de "Morning Mr Magpie" au sublime final de "Separator", Radiohead diffuse une émotion constante en construisant une bulle dans laquelle le spectateur vient se lover avec paresse. La voix de Thom York, fil rouge des différents albums du combo anglais, plus plaintive qu’à l’accoutumé accompagne ces mélopées avec soin. Gracieux sur "Bloom", agonisant sur le splendide "Give Up The Ghost" son chant est toujours aussi varié. Sur la fin ("Codex" et "Give Up The Ghost"), les Anglais osent même un retour vers de sonorités plus organiques, comme pour rappeler qu’ils restent les maîtres de l’émotion pure.

The King Of Limbs fait partie de ces albums avec lesquels il faut batailler pour trouver son plaisir. Difficile d'accès, déroutant, presque extrémiste dans sa démarche, il nécessite patience et envie pour en venir à bout. Pourtant, une fois assimilé ce nouvel opus, donne sans compter et révèle à chaque nouvelle écoute des trésors insoupçonnés. Preuve, s'il en fallait une, qu'on peut encore faire de la pop en proposant une musique exigeante.
Pierre

Note : 4,5/5


L'amorce du déclin

La sortie d'un nouvel album de Radiohead semble aujourd'hui souffrir du symptôme des idoles. Certains leur pardonnent tout, d'autres les attendent au tournant et ne leur passent rien. Difficile après ça d'éviter le déchaînement de passions décuplé par le contexte et le mode de distribution de l'album.

Pour aborder The King of Limbs la dichotomie pré/post OK Computer ne fonctionne à l'évidence plus. Il serait vain d'attendre de Radiohead qu'ils reprennent leurs guitares pour composer des chansons pop dans le style de “The Bends” ou “Electioneering”. Les fans de la 1ère heure qui considèrent qu'à partir de Kid A le groupe a perdu ses qualités mélodiques au profit d'expérimentations pas toujours très heureuses ne risquent pas de changer d'avis à l'écoute de The King of Limbs. Puisque les mélodies sont absentes il faut aborder le disque sous l'angle de l'émotion procurée par la musique. Et là il faut bien bien dire que c'est assez faible. Les morceaux ne décollent jamais, la faute à des rythmes désespérément uniformes qui plongent l'auditeur dans une sorte de coma léthargique. La dynamique d'album n'est même pas menée à bien car les morceaux se coupent abruptement pour passer à la piste suivante, difficile d'y voir une cohérence ou une construction réfléchie.

L'autre grille de lecture pouvait être celle de l'innovation. Après tout Radiohead, comme David Bowie ou Blur, a toujours considéré la stagnation comme une petite mort et tente donc de se renouveler à chaque disque, Kid A étant l'exemple le plus frappant. Mais ici tout transpire la paresse. Les boucles électroniques faiblardes (“Bloom”, “Little By Little”) auraient pu être tolérées venant d'un groupe débutant mais pas d'une formation confirmée. La plupart des morceaux sonnent comme une matière première non exploitée où aucune sonorité ne vient emmener la musique vers des contrées nouvelles comme c'était le cas sur Hail To The Thief. Radiohead semble considérer la musique pop (couplets, refrains, ponts) comme destinée aux petits enfants et l'a donc abandonnée mais ce faisant il opère une régression musicale et laisse passer des bidouillages enfantins (“Feral”) indignes de lui.

Pourtant le groupe, et c'est là sa force, est toujours capable de fulgurances. Même lorsqu'on considérait Kid A comme assez pauvre question mélodies, “Idioteque” en jaillissait comme un single évident. Ici “Codex” est une ballade d'une simplicité qui confine au sublime. Un piano, une voix, une mélodie, rien de plus mais tout y est. Un morceau pop, n'en déplaise au groupe, où l'utilisation de l'électronique vient soutenir la chanson au lieu d'en être le point de départ bancal. Autre temps fort, “Separator” qui conclue l'album avec des entrelacs instrumentaux d'une richesse inattendue et un chant à la puissance émotionnelle intense (ce “wake me up” final...).

En un sens Radiohead rejoint peut-être Oasis avant sa dissolution. Leurs grandes années sont derrière eux, on n'attend plus de coup de génie de leur part mais juste un peu de plaisir renouvelé. Les auditeurs continueront à attendre les disques du groupe mais tout ceci manquera sans doute de passion des deux côtés.
Pierre D

Note: 2,5/5

Ecouter l'album en streaming sur Pretty Much Amazing

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Opeth


In Cauda Venenum


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De parangon du death-metal suédois à inclinaisons progressives, Opeth est passé en moins de dix ans à coqueluche du monde progressif tout court avec ses albums mélodiques et techniques typés 70’s. Gloire permise aussi par une esthétique affirmée ; il y a bel et bien un « son » Opeth qui est né depuis Heritage(comme il y a avait une identité claire dans la première période du groupe), et celui-ci n’est pas du tout renié dans ce nouvel opus tant attendu. En effet, In Cauda Venenum est dans la claire lignée des albums précédents, dont le dernier en date était le chef-d’œuvre Sorceress aux qualités exceptionnelles. 

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