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De 2010 à 2020: dix albums à écouter selon Diego


Diego, le 15/11/2020

Nous vivons une époque où le terme « genre » nécessite un emploi pesé et réfléchi. Qu’il soit utilisé dans un contexte sociétal, personnel, ou culturel, chacun d’entre nous a en tête des contours sur la définition du mot qui lui sont propres. Ce n’est ni l’endroit ni l’occasion de débattre sur le genre, cela nous emmènerait sur un terrain glissant un peu trop éloigné de nos simples considérations de mélomanes. On peut toutefois s’entendre sur le fait que ce que l’on colle derrière une étiquette (dans l’hypothèse où l’on choisit d’en coller une) est profondément personnel.

Nous avons ainsi choisi de nous intéresser ici à des Œuvres Musicales Non Identifiées, ou OMNI, qui dépassent cette notion de genre, de par leur approche thématique, leur message universel ou leur style.

Vous l’aurez compris, ces élucubrations ont pour unique but de justifier la juxtaposition d’albums qui n’ont que très peu de choses en commun, si ce n’est une approche transgressive de l’exercice, et le fait d’être sortie entre 2010 et 2020. Tout ceci étant autant subjectif qu’assumé, c’est sans honte ni vergogne que je vous souhaite une bonne lecture et une bonne écoute.

 

Top 10 « Objets Musicaux Non Identifiés » 2010-2020

Gorillaz - Plastic Beach (2010)


La bande à Damon Albarn se retrouve représentée dans ce top « omni » de manière assez naturelle ; par définition, le projet Gorillaz est un ensemble hétéroclite, un concept hybride mélangeant musique et arts graphiques, pop, rock, rap et électro.


Le disque dont il est question ici a quasiment ouvert la décennie abordée dans ce dossier. Pas forcément le plus grand succès commercial de Gorillaz, difficile de dépasser les débuts en fanfare surdopée, Plastic Beach est cependant un petit chouchou des critiques (nous ne nous excluons d’ailleurs pas de cette liste, voir l’excellente chronique sur notre site).


Poussant encore plus loin l’exercice en incorporant des mélodies arabisantes au milieu de morceaux où se côtoient Snoop Dogg, Lou Reed, De La Soul et des titres "classic Blur", incluant des thématiques d’actualité, cet album est un sommet non seulement musical, mais aussi culturel.


A écouter : "Plastic Beach", "Some Kind Of Nature", "Superfast Jellyfish".

Sufjan Stevens - The Age of Adz (2010)


Une citation de Platon dit que "la musique donne une âme à nos cœurs et des ailes à la pensée". Et si la personnification de cet aphorisme était Sufjan Stevens ? Au-delà du fait qu’il se présente régulièrement sur scène arboré d’ailes angéliques, les productions musicales du multi-instrumentaliste revêtent un caractère presque divin. Le doublement des pistes vocales, les arrangements folk sirupeux, ou encore les engagements prophétiques du type « je vais sortir un album par état des Etats-Unis » participent à cet effet.


Pour autant, le disque dont il est question ici a battu en brèche toutes ces considérations et a vu Sufjan Stevens proposer une musique expérimentale audacieuse (la dernière piste fait 25mn….). La sensibilité et l’honnêteté sont toujours présentes, mais mélangées avec des jeux sur les textures sonores, les boites à rythme ou les passages symphoniques, ouvrant la voie à de nombreux exercices du genre (dont certains sont même dans cette liste !). Un album peut être difficile à digérer lors d’une première écoute, mais qui vous récompensera au centuple si vous vous accrochez. Un bijou.


A écouter : "Futile Devices", "Now That I’m Older", "Vesuvius", "Age of Adz ".

Vampire Weekend - Modern Vampires of the City (2013)


Coutumier du fait lorsqu’il est question de mélange de genres improbables, Vampire Weekend a récidivé et a même poussé l’exercice encore plus loin sur cet opus, sorti en 2013.


Après un premier album comportant des titres que n’aurait pas renié Paul Simon époque Graceland, puis un second qui enfonçait le clou, confirmant qu’il ne s’agissait pas ici d’un feu de paille, le groupe centré autour d’Ezra Koenig et Rostam Batmanglij propose avec Modern Vampires of the City, un album encore plus hybride. La limite de l’exercice probablement, puisqu’il s’agit de la dernière collaboration officielle de Rostam avec ses amis Vampires.


Le tapis électronique (y compris les modulations de voix sur "Diane Young" notamment) sur lequel les joyeux drilles s’adonnent à leur rock fusion repousse les limites du genre. C’est très réussi et c’est jouissif.


A écouter : "Step", "Diane Young", "Hannah Hunt".

Frank Ocean - Blond (2016)


Mais que peut bien faire Frank Ocean sur albumrock.net


Il suffit d’écouter "Ivy", "Self-Control" ou encore "Pink + White" pour se rendre compte que l’artiste originaire de la Nouvelle-Orléans (où le mixage culturel est une véritable identité) s’est attaqué à des structures typiques de l’indie-rock (mention spéciale à la dernière nommée et sa rythmique 3/4 qui rendrait fier Arcade Fire ou les Dessner brothers de The National). 


Nous contemplons ici une collection de chansons extraordinaires au sens propre du terme, qui a propulsé Frank Ocean au rang d’icône dépassant le cadre du RnB, dans lequel il avait déjà excellé avec son précédent opus Channel Orange


Que peut bien faire Frank Ocean sur albumrock.net ? Avec Blond, Frank s’arroge le droit d’aller où il veut, et surtout partout.


A écouter : "Nikes", "Ivy", "Self-Control".

Leonard Cohen - You Want It Darker (2016)


Inutile de présenter le poète, pionner et véritable légende Leonard Cohen. Pape de la musique folk, singer-songwriter emblématique et même moine bouddhiste (il a été ordonné suite à une retraite prolongée dans un monastère), Cohen ne le cache pas, il propose avec You Want It Darker, une véritable lettre d’adieu, un testament sans amertume.


Cet album est intemporel, il capture la fragilité de l’existence et la phase d’acceptation de la brièveté de notre passage sur terre avec une honnêteté sans pareil. "I am ready my lord", "I’m leaving the table", sont autant de manière de clamer haut et fort que la place au doute n’était pas permise. Cohen est bouleversant. Et la musique dans tout ça ? On trouve un savant mélange d’instrumentations classiques ("Leaving The Table" est une quasi valse, la dernière piste est une reprise du thème de "Treaty" par un ensemble philarmonique), mais également très modernes, comme sur la dynamique "On The Level" ou sur l’hypnotisant morceau éponyme.


A écouter : "On The Level", "Treaty", "You Want It Darker". 

Father John Misty - Pure Comedy (2017)


Sorti au cours de la fructueuse année 2017, Pure Comedy est le troisième opus de Joshua Tillman sous l’identité imaginaire de Father John Misty. Après s’être emmerdé sérieusement derrière les futs des Fleet Foxes de Robin Pecknold, Tillman a totalement assumé ses envies d’émancipation en tant que front man, soliste, singer-songwriter, avec brio sur deux premières galettes de haute volée.


Toutefois, sur Pure Comedy, il se dépasse réellement et transcende le genre de l’indie folk/crooner pour se métamorphoser en thérapeute du genre humain. L’album s’ouvre sur le morceau éponyme, véritable pamphlet qui traite des incohérences anatomiques et des délires modernes de l’humanité.


La forme n’est pas nécessairement novatrice mais –vous l’aurez compris, on s’arrange comme on veut ici-, la portée du message critico-cynique sur les Hommes, y compris depuis un point de vue extérieur (écoutez les sons stridents qui ornent la deuxième partie de la première piste, ils placent le "narrateur" en véritable alien, observant la race humaine depuis un piédestal cosmique) est tout bonnement universelle.


A écouter : "Pure Comedy", "Ballad of The Dying Man", "Total Entertainment For Ever".

Fleet Foxes - Crack Up (2017)


La folk enchanteresse des Fleet Foxes de Robin Pecknold nous régale d’harmonies parfaites et de réverb de cathédrale depuis Sun Giant, premier EP sortie en 2008, comportant le titre culte "Mykonos".


Deux albums plus tard, Fleet Foxes a conquis le monde. Notamment grâce à Helpnessless Blues, un album intemporel dans lequel Pecknold explore avec finesse et justesse sa place dans le monde. Après un break de 5 ans bien mérité, suite à un burn out compréhensible, les Fleet Foxes font leur retour en 2017 avec Crack Up, titre inspiré d’une nouvelle de F. Scott Fitzgerald. Et si l’on retrouve certains éléments qui ont fait le succès du groupe jusqu’à présent, on est également surpris par l’incorporation de nouveau éléments, jusque dans le phrasé du frontman, qui invente quasiment la "mumble folk", sorte de murmure déposé sur le velours instrumental. 


Les innovations vont également bon train : d’abord dans le format des chansons, déstructurées et toujours plus éloignées des recettes classiques, et aussi dans l’électrification du groupe, qui choisit, avec Matt Barrick des Walkmen à la rythmique, de se montrer sous un jour plus rock.


A écouter : "Fool’s Errand", "On The Other Ocean", "I Am All That I Need/Arroyo Seco/Thumbprint Scar".

Richard Swift - The Hex (2018)


Le regretté Richard Swift, tragiquement disparu en milieu d’année 2018, a passé une bonne partie de sa carrière dans l’ombre. Notamment dans celle de James Mercer, tête pensante de The Shins, groupe avec lequel Swift collaborait. La production des albums du génial Damien Jurado a également permis de jeter un peu de lumière sur le talentueux (doux euphémisme) multi-instrumentaliste. 


The Hex, dernier album de Swift, sorti à titre posthume, est un classique instantané. Le genre de galette inclassable, qui pourrait provenir des années 1960. La liberté totale d’exécution dont le californien dispose (il se l’est accordée, mais encore faut-il avoir le courage de le faire), a donné naissance à des bijoux baroques déstructurés, des morceaux instrumentaux (c’est plutôt une rareté aujourd’hui), le tout couronné d’une sensibilité palpable.


A écouter : "Broken Finger Blues", "Babylon", "HZLWD". 

Bon Iver - I,I (2019)


La claque folk de la fin des années 2000 avec For Emma, For Ever Ago et son successeur (deux opus appréciés de la rédaction d’albumrock), Bon Iver et sa tête pensante Justin Vernon ont pris un virage radical avec 22, A Million. Bien que globalement réussi, ce troisième exercice présentait un visage nettement plus expérimental, parfois à des années lumières de ballades guitare/ voix de tête qui avaient fait leur succès. 


Avec I,I, on retrouve les deux aspects de la musique de Bon Iver: l’intimisme lyrique mêlé à une production électronique variée. 


Si le premier disque du groupe sentait les mois d’enfermement dans un cabane du Wisconsin à se morfondre sur un cœur brisé, I,I est une invitation à ouvrir sa porte, et à laisser entrer Justin Vernon et sa clique. La liste de collaborateurs pour cet album est d’ailleurs pléthorique (Aaron Dessner, Bruce Hornsby, ou encore l’excellent James Blake).


A écouter : "Hey, Ma", "Faith", "Naeem"

Lana Del Rey - Norman Fucking Rockwell


Qu’on aime ou qu’on déteste, Lana Del Rey fait aujourd’hui partie des artistes connues de tous ou presque. En quoi est-ce un gage de qualité me direz-vous ? ça n’en est pas un vous répondrai-je ! Mais sur cette dernière galette, Norman Fucking Rockwell, sortie en 2019, l’autoproclamée poétesse californienne a pondu un des disques de l’année, et son plus réussi.


Tableau d’une Amérique désenchantée tellement à propos au pic d’une période Trumpienne, NFR enchaine les complaintes impeccablement arrangées et produites. On serait presque tentés d’employer le poncif de l’album de la maturité mais non, pas nous, pas ici.


Cette collection de ballades se permet même quelques intermèdes plus expérimentaux, comme le final de "Venice Bitch" ou la reprise du "Doin’ Time" de Sublime.


Succès critique, commercial et même source d’inspiration (à tendance plagiaire) pour une la méga pop star intergalactique Taylor Swift, qui s’est entourée de la crème de l’indie rock pour la composition de son Folklore, le dernier opus de Lana Del Rey est un sommet.


A écouter : "Mariners Aparment Complex", "Venice Bitch", "hope is a dangerous thing for a woman like me to have".

Commentaires
Le_Sanglier, le 17/11/2020 à 12:26
Merci Diego de nous faire découvrir ou redécouvrir ces albums pharaoniques! Un plaisir de te lire! ????????
Franck, le 16/11/2020 à 15:21
Très bonne idée de mettre en avant les OMNI. J'ai jamais pris le temps d'écouter la plupart de ces albums. Voilà une bonne raison de m'y mettre!
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Album de la semaine

Deftones


Ohms


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2000. Après deux albums beaucoup plus bruts de décoffrage, Deftones sort son magnum opus, White Pony, considéré par beaucoup comme l’un des sommets indépassables de ce curieux courant musical aujourd’hui moribond qu’est (que fut ?) le nü métal, fruit de cette improbable alchimie entre les guitares ultra-distordues à la Meshuggah qu’affectionne Stephen Carpenter et la new wave des The Cure, Duran Duran et autres Bad Brain dont raffole Chino Moreno, lequel met dès lors un point d’honneur à tempérer ses hurlements par des phases chantées en apesanteur. Cette union des contraires permet au gang de Sacramento de survivre dignement alors que les Korn, Limp Bizkit, Incubus et autres Linkin Park mordent successivement la poussière, de gré ou de force. Vingt ans plus tard, que reste-t-il de la verve deftonienne, de cet entre-deux si saisissant, de cette bouillonnante association de talents ? Eh bien force est de constater que la machine infernale californienne fonctionne du feu de Dieu, et ce ne sont ni le précédent Gore, ni l’actuel Ohms qui viendront démentir cette affirmation, bien au contraire.

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