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Compte-rendu de concert

Porcupine Tree


Date : 13/10/2009
Salle : Olympia (Paris)
Première partie : Robert Fripp
Nicolas, le 21/10/2009
( mots)

Étonnant ce que le rock peut nous faire faire, non ? Dans le cas qui  nous occupe ici, il aura fallu que votre serviteur s'octroie deux demi journées de congé et un aller-retour pour Paris en train (plus une planque d'un soir chez un pote compatissant), tout ça pour ne pas manquer l'un des seuls passages de Porcupine Tree sur le sol français en cet an de grâce 2009. Cher payé ? C'est ce que je me disais aussi. Mais je n'allais certainement pas laisser passer l'occasion de voir en live l'un des tous meilleurs groupes en activité, dusse-t-il appartenir à la frange progressive de la rockosphère. Et au vu du concert ébouriffant auquel j'ai assisté, je ne peux rétrospectivement qu'être plus que satisfait des sacrifices consentis pour l'occasion.

A peine débarqué du métro avec un bon quart d'heure d'avance, je dois déjà faire face à un parterre de fans qui se bousculent affectueusement pour investir l'Olympia au plus tôt. De fait, le concert de ce soir est sold-out depuis déjà deux bons mois, et je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée émue à l'égard des nombreux amateurs égarés qui tenteront par tous les moyens de se dégotter une place en rab à un prix exorbitant auprès des habitués du marché noir. Un coup d'œil plus attentif à la population qui m'entoure m'étonne au plus haut point. Difficile, en effet, de caractériser un public type pour Porcupine Tree : entre les jeunes étudiants à la rock attitude affirmée (les plus nombreux), les métalleux soft alliant T-Shirt Iron Maiden, coupe courte et petites lunettes, les collégiens passionnés accompagnés de (ou ayant trainé) leurs parents, les sages couples de la quarantaine habillés avec goût, et les retraités musicophiles propres sur eux, l'assistance est aussi diversifiée que le rock de Steven Wilson est éclectique. A moins que la première partie n'aie été la principale motivation de la venue des plus âgés ?

En effet, c'est le célèbre Robert Fripp qui se charge d'ouvrir le concert. Voir l'un des meilleurs guitaristes prog assurer la première partie de Porcupine Tree, c'est un peu le monde à l'envers, preuve que l'avenir appartient bien aux derniers et non plus aux déclinants King Crimson. Quoi qu'il en soit, ce set relativement bref (25 minutes à tout casser) se révèle très étrange, puisque Fripp s'est mis en tête de faire réagir le public avec un seul long morceau ambiant, à mille lieue de toute velléité rock. Mais le plus étonnant, c'est la façon qu'il a de créer sa musique : assis sur une chaise avec sa guitare, une dizaine de pédales d'effets disposée à ses pieds, l'intéressé transfère les différents sons produits par son instrument dans une volumineuse console de mixage, enchainant riffs, arpèges, changements de pédales, interruptions et répétitions de samples sans discontinuer, avec au final un rendu proche des efforts studio de Bass Communion (le projet ambient de Steven Wilson). Alors bien sûr, la manière de produire ces sons et la musicalité éprouvée par Robert Fripp sont évidemment remarquables, mais on ne peut que rester coi devant l'intérêt de ce type de prestation en première partie d'un groupe de rock qui, s'il ne rechigne pas à quelques élans de délicatesse, flirte de plus en plus avec le metal expérimental et le bruitisme indu. Perplexité, quand tu nous tiens...

Heureusement, 30 minutes plus tard, c'est à un tout autre son de cloche que l'on a droit. Entré sous les vivas, le quatuor majeur du prog contemporain prend immédiatement place sur scène et nous envoie en pleine figure les riffs metal époustouflants du couple "Occam's Razor" / "The Blind House". Sur album, c'était déjà la baffe assurée, mais en live, c'est le coup de grâce avant l'heure. Tout le concert va ainsi se dérouler avec la même impression : celle d'entendre du Porcupine Tree puissance 10, toujours aussi sensible dans son interprétation mais bien plus dynamique sur le plan du son et de l'énergie. Puis Steven Wilson prend la parole et annonce que le groupe va interpréter "The Incident" dans son intégralité et sans interruption. Aïe, on craint irrémédiablement quelques flottements ou quelques enchaînements pas bien en place. Que nenni : même l'alternance risquée entre rock appuyé et balade diaphane ("Great Expectations" / "Kneel and Disconnect") passe comme une lettre à la poste, et voit Wilson se précipiter sur le côté de la scène pour ôter sa Paul Reed Smith avant de sauter sur le tabouret du piano et d'emballer les titres comme si de rien n'était. Gonflé, l'animal. En tous cas, si les trois autres membres du combo ne sont pas très démonstratifs en concert, on ne pourra pas en dire autant de l'âme forte de Porcupine Tree, aussi à l'aise face au public que devant ses consoles de mixage. Le voir arpenter la scène frénétiquement, se caler devant son micro avec prestance, aligner ses riffs jambes tendues et asticoter ses compagnons en les visitant dès que l'occasion s'en présente fait réellement plaisir à voir. Par ailleurs, Wilson s'est trouvé un compagnon de scène très convainquant en la personne de John Wesley, cinquième homme de Porcupine Tree en live et véritable alter-ego de la tête pensante de la formation, assurant les doublures du maître à la guitare et en backing vocals avec une classe folle. C'est d'autant plus vrai que Wilson ne le cantonne jamais dans un rôle de seconde zone, car Wesley effectue durant le set la grande majorité des solos de guitare. Pas très étonnant de la part du patron de la soirée, génie modeste mais surtout éternel adolescent qui s'éclate plus à balancer du riff plantureux qu'à triturer son manche en autiste. Ce n'est certainement pas son style que de s'accaparer toutes les lumières, même si l'attention de la foule est immanquablement attirée par son charisme et sa présence scénique. Et en parlant de gros son, comment ne pas signaler la force inouïe dégagée par "Time Flies" en live ? Jamais je n'aurais cru qu'une guitare acoustique aurait été capable de me scotcher de la sorte : justesse, sonorité, rythme, puissance, tout dans le jeu de Steven Wilson est absolument prodigieux. Même les envolées metal ultérieures ("Octane Twisted", "Circle Of Manias"), si elles scotchent les esgourdes et provoquent d'irrépressibles mouvements de headbanging, n'ont pas la force rare de ce morceau transcendé par le live.

Déjà une heure de concert, et on n'a pas vu le temps passer. Le groupe prend une pause bien méritée, dix minutes en coulisse au rythme d'un compte à rebours égrené sur écran géant, avant de nous revenir plus dispos que jamais. On se frotte les mains d'avance, car ne nous leurrons pas : si The Incident, dernier album de l'arbre en date, se laisse déguster sans déplaisir, le fan hardcore sait bien que le meilleur du concert reste à venir. La seule question qui demeure est : quels titres Wilson va-t-il choisir de jouer ? N'ayant que l'embarras du choix, il opte finalement pour un set assez éclectique et surprenant, délaissant des hits absolument évidents ("Blackest Eyes", "Shesmovedon", "Arriving Somewhere But Not Here" ou même "Sentimental") pour des compos moins connues mais tout aussi délectables qui se répartissent sur les quatre albums précédents (de Lightbulb Sun à Fear Of A Blank Planet). On apprécie particulièrement d'entendre en live les parfaites réussites que sont "Start Of Something Beautiful" et surtout "Russia On Ice", l'un des titres les plus décoiffants de Lightbulb Sun. Mais c'est surtout "Anesthetize" qui crée une grosse impression, même si Wilson a opté pour une version raccourcie se focalisant sur la partie médiane (la plus bourine) de ce titre exceptionnel. Là, on doit faire face à une succession de directs du droit et du gauche sans interruption, sans pour autant sacrifier sur la qualité mélodique et lyrique de l'engin. Et quelle énergie stupéfiante dégagée par Gavin Harrison derrière ses fûts ! "Lazarus" s'enchaîne ensuite après les remerciements chaleureux de notre binoclard de service, un pur bonheur que ce titre qui compte parmi les plus émouvants du groupe. Un petit coup de In Absentia avec le compact "Strip The Soul", puis c'est "Normal" qui s'égrène jusqu'à nos oreilles avec son intro acoustique très rythmée. Pour les non connaisseurs, rappelons juste que ce morceau est une variation du sublime "Sentimental" qui se trouve sur l'EP Nil Recurring. Force est de constater qu'en live ce morceau passe encore mieux que sur album, son petit côté medley ajoutant un charme certain à l'ensemble de la prestation. Et pour finir, nous avons droit à un "Flicker" haletant et transporté par ses envolées metal arabisantes, parfaite conclusion d'un set comme on en voit que rarement, très rarement.

Le rappel s'effectue en roue libre avec deux tubes habituels du groupe : "The Sound Of Muzak", et bien sûr l'incontournable "Trains" et son riff acoustique génial. A la dernière note du concert, toute la salle, je dis bien toute la salle, est debout et acclame longuement un combo qui goûte comme il se doit à cette standing ovation amplement méritée. Et si les quatre autres musiciens se contentent de quelques gestes de la main à l'égard du public, Wilson, visiblement très ému par cet hommage enflammé, prend un temps considérable à remercier son assemblée et à saluer chaque coin de la salle avec affection. Preuve que, même si les années passent et que le succès de Porcupine Tree va en grandissant de jour en jour, l'homme fort de l'arbre à porc-épic a su garder sa simplicité et son appétit de musique et de scène, délivrant au final le meilleur concert auquel il m'ait été donné d'assister en ce bas monde, pas moins. Il n'y a plus qu'à attendre le prochain, en espérant cette fois-ci que la tournée française du groupe soit un peu moins confidentielle...

Setlist

The Incident

Start Of Something Beautiful
Russia On Ice
Anesthetize part 2
Lazarus
Strip The Soul
Normal
Flicker

The Sound Of Muzak
Trains

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