
Eagulls
Arrivent les mouettes, avec leur allure titubante, leur position pseudo ébrieuse tout droit sortie de l'Hacienda, un temps qu'on croyait révolu donc. Le chanteur arbore un pantalon trop large pour sa silhouette gracile, qu'il doit bien serrer avec une ceinture. Le bassiste fait la balance, on se demande s'il a bien entendu que c'était trop fort. Ah non, pour lui c'est ok. Et le concert démarre franchement et sans détour. C'est à ce moment là que le dictaphone bugge et n'enregistrera rien du concert. Punk, hein.
Des litres de sueur, des mains qu'on ne voit plus sur les cordes, le tout à un volume de taré (les bouchons, on avait dit). Le batteur est carrément assis sur des serviettes éponges pour tenter (vainement) de contrer les dégoulinades. Pas de place à la fantaisie, la setlist se composera des trois quarts de l'album éponyme et de deux chansons de l' Ep de 2012 ("Moulting"et "Coffin"). On se demande quand même s'il y en a pas un d'entre eux dont le palpitant va lâcher avant la fin du set. On prie un pour qu'ils tiennent ce rythme effréné, accéléré par rapport à l'album. Le chanteur yeux fermés tend son coup de frêle poulet (on reste dans les volatiles) vers le public, sans aller les titiller de plus près, sans aller péter un instrument dans un coin. Et c'est sans doute cette sincère retenue qui rend le concert si beau. Le public n'en est pas moins conquis, et danse, tape de la tête ou du pied la rythmique (sur les titres les plus connus surtout, "Possessed" et "Tough Luck"). Certains sautillent carrément, mais point de pogo, ni de chahutage intempestif. Seulement un moment de punk carré, propre. Il n'y a pas eu d'intervention médicale, le chanteur n'a pas perdu son pantalon. Tout va bien. Les Eagulls sont parvenus à livrer une musique sans en faire trop, sans surjouer un son qui se suffit à lui même. Pas besoin de jeu de scène pour porter ces titres tellement cisaillés de tas de subtilités mais livrés en un bloc. Aller, on va carrément se prendre un t-shirt, histoire de pouvoir féliciter les boys, et de garder un bout concret de cette belle soirée.
Les Eagulls ont présenté un set aussi impeccable que leur album qui les place en espoir du post punk avec les Holograms et the Orwells notamment. La prestation fut honnête, sans participation du public ( dont on connaît la manie de taper les rythmes à contre temps, et de chanter faux). Quelques mètre carrés de scène utilisés de manière essentielle, de la spontanéité au plus juste de la musique. Pour ça merci. Un concert qui, à défaut d' être dans le dictaphone, restera en tête pour un moment et qui confirme ce gros coup de cœur de 2014, avec des mouettes qui volent haut, très haut.