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Compte-rendu de concert

Brigitte


Date : 05/05/2015
Salle : Olympia (Paris)
Première partie :

Leçon de féminisme à paillettes par Brigitte

Raphaëlle, le 13/05/2015
( mots)

Brigitte est ce duo féminin dont vous avez forcément entendu parler, que ça soit pour leur reprise sensuelle de "Ma Benz", leur tube épuré "Battez-vous" ou même pour leur sens de la mode. Leur premier album mélangeait pop et folk avec une nuance de chanson française. Le second affirme une personnalité nettement plus marquée. Ciao les néo-hippies, sortez les paillettes, Brigitte fait du disco! Les mélodies de leur second album, A bouche que veux-tu, sont tout simplement irrésistibles. Les écouter, c'est avoir envie de danser instantanément. Au milieu de tout ça, il semble difficile de cerner leur réelle personnalité. Qui sont réellement Sylvie Hoarau et Aurélie Saada, les deux chanteuses cachées derrière cet unique pseudonyme? N'en font-elles pas trop, à jouer sur le registre de la sensualité? Les deux chanteuses sont bien plus futées que ça et leur concert à l'Olympia est l'occasion d'en faire la magistrale démonstration, en nous dévoilant toutes les facettes de leur personnage. Ainsi, Brigitte est…

…Ultra-féminine
Ces derniers temps, on se demande beaucoup dans les médias (essentiellement féminin, soyons réaliste) si la nouvelle féministe n'est pas une femme d'une sensualité affirmée. Beyoncé et autres Miley Cyrus le répètent à longueur de journée: être une femme qui s'assume, c'est ne pas avoir peur d'être sexy. Les lecteurs se feront une idée par eux-mêmes de cette nouvelle façon de penser, le but de ce live report n'est pas d'entre débattre. Du côté de l'Olympia, Brigitte défend l'image d'une femme féminine jusqu'au bout des ongles: longues robes pailletées fendues jusqu'en haut de la cuisse, coiffure blonde platine, les deux chanteuses jouent sur leur similarité physique pour présenter l'image unique d'une femme imaginaire, la fameuse Brigitte, qui revendique ses formes et sa sensualité. D'ailleurs, Brigitte est aussi soucieuse du détail, car tout le concert est millimétré. Outre les tenues, rien n'est laissé au hasard, ni les chorégraphies ni les lumières. Le tout se déroule devant un superbe décor évoluant devant différentes freques.

…Facilement amoureuse
Les premières ritournelles entamées présentent Brigitte comme soumise aux hommes, victime consentante de l'amour qu'elle leur voue. "L'échappée belle", première piste du second album, démarre sur les chapeaux de roues avec son rythme disco imparable. "Oh Charlie Chéri" décrit un homme qui fait chavirer le cœur et les sens. Au début du concert, les deux chanteuses sont postées l'une à côté de l'autre et je crains la mise en scène un peu figée, surtout qu'elles s'appliquent à respecter leur chorégraphie à la lettre. La spontanéité commence à arriver au moment de "Cœur de chewing gum". Brigitte regrette de ne pas pouvoir se retenir de tomber amoureuse: "Irrésistiblement amoureuse/ c'est emmerdant… /Si j'avais le cœur comme de la pierre/j'embrasserais tous les garçons de la terre/mais moi j'ai le cœur comme du chewing-gum/ Tu me goûtes et je te colle". Cette ballade aux accents yéyés n'est pas franchement révolutionnaire mais les filles autour de moi entament la chanson en chœur, l'Olympia déborde de bonne humeur. A la fin du concert, Brigitte chante aussi son amour pour Jésus, pour des raisons pas vraiment pieuses: "Jesus sex symbol", il fallait oser!

… Décidée à assumer son désir
D'une voix haut perché, les chanteuses entament "Embrassez-vous", dont les paroles laissent deviner poétiquement que Brigitte a envie de s'envoyer en l'air. Rarement a-t-on chanté le désir féminin avec autant de délicatesse. Comme une transition, Brigitte assume la passion folle dans "A bouche que veux-tu" et ses paroles nettement plus cash.
Au cas où on n'aurait pas compris, Brigitte sait aussi employer les grands moyens. Lorsque les chanteuses laissent traîner un évocateur "Sur mon Seine Saint Denis fonk…", la foule hurle de joie. Parue sur le premier album, leur reprise sensuelle de "ma Benz" est au chœur du succès fulgurant de Brigitte. Mais en live, elles ont choisi cette fois d'y aller plus franchement. Finie l'interprétation l'air de pas y toucher. Sur l'intro, les lumières blanches les éclairent par derrière, cachant leur visage énigmatique. Cette fois, les chanteuses incarnent bien plus les paroles, sans toutefois verser dans le vulgaire. Comme deux femmes conscientes de leur pouvoir de fascination… Voilà qui me rappelle curieusement les chanteuses de pop citées plus haut. Faire sonner le rap de NTM comme un hymne féministe, il fallait y penser !
Surtout quand elles enchaînent avec "la vengeance d'une louve". Un brin de colère dans la voix, elles incarnent la femme blessée et jalouse à la perfection, surtout quand Sylvie tape avec conviction sur son tambour. Dans le même genre, Brigitte décrète "Les filles ne pleurent pas" sur un beat d'électro conquérant. Brigitte est une femme qui n'a pas peur, qu'on se le dise. Fini le petit oiseau fragile, Brigitte est une femme émancipée. Tiens, Beyoncé…? Quel que soit le registre, les chanteuses marient leurs harmonies à la perfection. Leurs voix sonnent juste du début à la fin, fragiles ou puissantes.

… Parfois fragile
Brigitte n'est jamais aussi touchante que quand elle se confie à cœur ouvert. "J'sais pas" est le clin d'œil le plus appuyé au funk avec sa ligne de basse et son "j'ai peur" répété en boucle. Dans "le déclin", on devine l'émotion dans leur voix, lorsqu'elles relatent pudiquement le coup de foudre, puis la passion qui s'efface et le doute qui s'installe. Le moment le plus émouvant intervient juste après "Embrassez-vous", lorsque Sylvie entame "Je veux un enfant". On entend soudain sa voix qui se serre et Aurélie à côté d'elle ferme les yeux. On la devine concentrée sur son chant plus aigu, comme si sans elle, Sylvie allait s'effondrer. "La fille je sais faire/ la pute je sais faire/ mais je ne sais pas donner la vie". Lorsque le guitare-voix s'arrête, tout le monde reste un instant silencieux avait d'applaudir, la gorge nouée.
A la fin, elles prennent le temps d'introduire "Plurielle", en hommage à leurs mères présentes ce soir-là et tant qu'on y est, "à toutes les nanas parce qu'on vous aime". Sur un air reggae, les paroles appellent les femmes à se libérer des différents impératifs: assurer en amour, assurer au boulot, assurer à la maison, assurer avec les enfants… "Oser l'envie, oser jouir/ De ma liberté chérie et pourquoi pas (…) Je veux tout et son contraire/Je suis plurielle/La femme et la mère". Au bout de près d'une heure quinze de concert, on comprend enfin: en fait, la femme fantasmée des deux chanteuse est libre avant tout. Libre aussi comme les corps des chanteuses, qui se laissent enfin aller à plus de sensualité. La difficulté d'assumer son corps est incarnée, presque involontairement, par les deux chanteuses. Sylvie joue vite la carte de la femme sexy au déhanché ravageur. Mais Aurélie, plus menue, met plus de temps à assumer son corps moulé dans son fourreau pailleté. Ses gestes sont plus timides, plus mesurés. Sylvie, dont la voix est plus puissante, a l'élégance de parfois se mettre en retrait pour laisser sa comparse occuper l'espace. Petit à petit, ses gestes prennent de l'assurance et gagnent en grâce.

… Pleine de vie
Cette liberté si chèrement conquise, Brigitte s'autorise alors à la déposer aux pieds de l'heureux élu. "Hier encore, mon cœur était sans roi / Aujourd'hui ma maison c'est toi" chantent-elles sur "Hier Encore", porté par une son disco sautillant. Le public chante et danse en chœur, conquis, sur cette chanson d'amour lumineuse, apaisée, solaire. Les chanteuses virevoltent sur la scène, explosion de paillettes à l'appui, pour célébrer l'amour joyeux. La communion entre le public et Brigitte est totale, et la foule répète "Aujourd'hui ma maison c'est toi" dans un bel ensemble.
Ce n'est pas le rappel qui prouvera le contraire, avec ses deux classiques: "Battez-vous" et "Oh la la". L'Olympia commence à se vider pendant que les spectateurs continuent de les rappeler sur scène. Dans les gradins, les gens les aperçoivent hésiter à revenir, et leur font de grands signes pour les encourager.
Finalement, elles se reviennent sans micro, émues. Elles interprètent a cappella le doux-amer "Encore un verre", comme une triste conclusion. La salle est suspendue à la parfaite harmonie de leurs voix impeccablement maîtrisées. Après un dernier merci, elles se retirent et la foule, conquise, s'extirpe de l'Olympia.

Du coup, j'ai assez peu parlé de musique dans ce compte-rendu. Difficile de classer la musique de Brigitte au-delà de la simple dénomination de pop francophone… D'ailleurs, l'important n'est pas tellement leur musique, dont la bonne humeur en live est communicative. Leur principal atout, ce sont les textes à la fois riches et très drôles. Le public est totalement acquis à leur cause et elles sont très démonstratives, en manifestant leur émotion sur scène et en nous remerciant longuement. Résultat, l'ambiance est radieuse pendant les presque deux heures de concert et leur prestation donne envie de sourire pendant longtemps. Et en bonus, ça donne aussi l'occasion de parler de féminisme sur Albumrock !

 

Set List:

L'échappée Belle
Oh Charlie Chéri
Coeur de chewing gum
Embrassez-vous
Je veux un enfant
A bouche que veux-tu
Ma benz
La vengance d'une louve
Le déclin
Les filles ne pleurent pas
J'sais pas
La poudrière
Plurielle
Jésus sex symbol
Hier encore
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Battez-vous
Oh la la 
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Encore un verre

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Opeth


In Cauda Venenum


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De parangon du death-metal suédois à inclinaisons progressives, Opeth est passé en moins de dix ans à coqueluche du monde progressif tout court avec ses albums mélodiques et techniques typés 70’s. Gloire permise aussi par une esthétique affirmée ; il y a bel et bien un « son » Opeth qui est né depuis Heritage(comme il y a avait une identité claire dans la première période du groupe), et celui-ci n’est pas du tout renié dans ce nouvel opus tant attendu. En effet, In Cauda Venenum est dans la claire lignée des albums précédents, dont le dernier en date était le chef-d’œuvre Sorceress aux qualités exceptionnelles. 

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