
The White Stripes - Under Great White Northern Lights
Third Man films
Sortie le 16 mars 2010
Au pays à la feuille d'érable, quelques pages de l'épilogue de l'histoire des White Stripes ont bien été tournées. Frénétiquement entamé à St-John's par le concert d'une seule note le ton du film est donné. Le noir et blanc de la majeure partie des scènes laisse quelques places au rouge sang du live et à la réelle couleur des interviews où Jack le bavard mène le duo à la baguette devant une Meg quasi muette (quand elle n'est pas sous-titrée à cause de la faiblesse de sa voix). Whitehorse ou Yelllowknife, les noms des villes explorées sont annonciateurs des vraies pépites de cette traversée. Dans un café, devant un couple et son bébé, dans un bus bondé et surexcité à Winnipeg, dans un bowling à Saskatoon ou à l'arrière d'un bateau à Charlottetown, les White prennent plaisir à jouer sous des regards nouveaux. Leur but recherché. Ces concerts originaux sont le sel de ce documentaire où Emmett Malloy montre rarement les morceaux dans leur intégralité. "We just make a lot of noise between us" avoue Meg sur la route à un camionneur. Pourtant, au fil de la traversée, elle a l'air de plus en plus fatiguée, presque absente. En pays Inuit, à la rencontre d'autochtones dans une maison de retraite le duo va cependant partager un moment de grâce. Jack leur joue une chanson à la guitare, une grand-mère sort son accordéon, une autre entre en danse, ils font un boeuf avant de goûter à du caribou cru ! Meg est souriante.
Mais le soir même, à peine sortie de scène, elle s'excuse devant Jack de ne pas avoir été à la hauteur lors du concert qu'ils viennent de donner. Sur une toundra gelée, l'un marche en ayant la tête levée, l'autre regarde où elle met ses pieds... Des mariés qu'ils ont peut-être été, on ne voit plus que des frères et soeurs assez distants. "Play faster Meg", lui glisse-t-il au milieu d'un concert joué en kilt à Halifax, Nouvelle Ecosse... Dans la dernière partie des interviews Jack nous parle enfin de son travail, de ses instruments et amplis d'un autre âge afin de garder son originalité et un brin de difficulté dans son expression scénique. En se nourrissant de la tension et de ses réactions face à la création, il est sans cesse en ébullition. A ses côtés, Meg est conviée de s'exprimer sur son absence de prise de parole face aux journalistes : "What can I say ? I'm quiet..."
Après l'évocation de leurs débuts, les images du concert de leur dixième anniversaire, donné le 14 juillet 2007 à Glace Bay, nous entraînent dans leur danse. L'ultime... Emmet Malloy leur confie qu'en dix ans ils n'ont pas changé. Jack jette alors un troublant regard vers Meg. Si vous aviez encore quelques espoirs de voir les White Stripes jouer de concert ce film devrait définitivement vous les ôter. Sans aspérité apparente, une vérité inéluctable va finir par crever l'écran, à défaut d'un abcès ou de quelques excès. Dans la scène finale, seuls dans une pièce, Jack commence à jouer du piano et chante sa ballade "White Moon", Meg est assise à ses côtés et se met à pleurer. C'est un crève-cœur, sorti de nulle part. Ces larmes sont vraisemblablement le signe avant-coureur de l'anxiété invalidante qui a frappé Meg peu après le film, obligeant les Stripes à annuler les dernières dates de la tournée 2007. En plus d'être intéressante à suivre, la traversée de Under Great White Northern Lights dévoile ainsi, tout en pudeur, la probable fin de l'un des groupes les plus fascinants de la dernière décennie.