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Chronique Livre

Burning Fight: The Nineties Hardcore Revolution in Ethics, Politics, Spirit, and Sound


Auteur: Brian Peterson
Editeur: : Revelation Records Publishing
Date de sortie: : 16 juillet 2009
Langue: : Anglais
"Le hardcore américain tient-il enfin sa bible?"
Didier, le 11/12/2010
( mots)
Bien que son grand frère, le punk, ait déjà été largement commenté, résumé, voire dépecé sous tous les angles, le hardcore restait jusqu’il y a peu le parent pauvre de la littérature musicale.

Comment en effet documenter de manière exhaustive un mouvement s’étalant sur près de trente ans, avec des ramifications dans toute l’Europe et sur une grande partie du continent américain ? Ajoutez à cela les disparités politiques, musicales, régionales, voire religieuses caractéristiques de certaines scènes locales, et vous obtenez une hydre à mille têtes quasiment impossible à cerner dans son entièreté. Peut-être le manque potentiel de portée commerciale d’un tel livre justifiait-il un tel immobilisme, toujours est-il que peu d’auteurs avaient osé se frotter au sujet. On se souviendra néanmoins de American Hardcore : A Tribal History de Steven Blush, paru il y a près de dix ans déjà. Bien que très documenté, l’ouvrage se cantonnait à la première vague américaine du style, de 1980 à 1986, et n’offrait pas de point de vue sur le développement du genre dans les années qui suivirent la période en question. Le All Ages: Reflections on Straight Edge de Beth Lahickey, paru quelques années plus tôt, était certes fichtrement bien balancé mais, comme son titre l’indique, se limitait à une thématique particulière, le straight edge, discutée exclusivement avec un nombre limité de grands noms de la scène U.S. Plus récemment, Trapped in A Scene, premier essai européen sur le sujet, jouait enfin la carte de l’exhaustivité en offrant une vue complète de la trop méconnue scène britannique. Bien joué mais sans doute trop obscur pour le lecteur peu averti.

Or, voici que déboule sur nos étagères un nouvel ouvrage, signé Brian Peterson, intitulé Burning Fight : The Nineties Hardcore Revolution in Ethics, Politics, Spirit and Sound. Soit littéralement "Feu brûlant (et surtout un hommage à la chanson du même nom par Inside Out), la révolution hardcore des années 90 en termes d’éthique, politique, de spiritualité et de son". Un bouquin disponible exclusivement en anglais et paru via le célèbre label californien Revelation Records. Un titre pour le moins ambitieux certes mais qui, au fil des pages, tient toutes ses promesses. Le hardcore américain tiendrait-il enfin sa bible? Dès l’introduction, Peterson, qui ne se prétend pas écrivain mais simple observateur impliqué de la scène américaine de ces vingt dernières années, nous propose deux postulats. Le premier, la scène hardcore américaine se base, outre la musique, sur quatre piliers indissociables et entremêlés, à savoir la politique, le straight edge, les droits des animaux et la spiritualité. Le deuxième, les groupes ayant fricoté, de près ou de loin, avec Revelation Records forment un fil conducteur autour duquel peut se bâtir une vue d’ensemble du genre, tout au moins aux Etats-Unis. De prime abord, une telle approche peut sembler abrupte. Elle est pourtant diablement efficace. Quatre piliers interchangeables qui, non seulement englobent une très grande partie des thématiques abordées par les groupes américains en général, mais permettent une approche systématique des sujets chauds ayant marqué l’évolution du mouvement. Et le choix d’une ligne de conduite basée autour de l’histoire d’un des labels les plus marquants de l’époque va rapidement prouver qu’effectivement, certains grands axes ont bel et bien eu un impact déterminant sur l’évolution d’une lignée de groupes souvent indispensables.

Passé la préface signée Robert Fish (ex-108 et The Judas Factor), nous voilà donc d’emblée plongés dans le vif du sujet : "Politics and Social Awareness". Politique et conscience sociale donc. La politique, et en général les idées allant à l’encontre du statu quo et du pouvoir en place, ont toujours fait partie du punk, et de ses mouvements dérivés, depuis ses débuts. Rappelons ainsi que, à la fin des années 70, le punk avait démarré comme un mouvement culturel iconoclaste se voulant provocateur et allant à l’encontre de l’establishment. Musique brutale et agressive, imagerie volontairement choquante, look tapageur, drogues, tout était fait pour aller à l’encontre de la norme en vigueur. Le hardcore, sorte d’enfant bâtard du punk, s’était d’abord défini comme un rejet de la nouvelle vague punk du début des années 80, celle qui semblait plus préoccupée par son image que par sa volonté politique de marquer le changement. Le hardcore, volontairement plus agressif et plus rapide encore, commença donc à se concentrer sur des points de vue bien accrochés et sur des aspects politiques défendus sans la moindre compromission possible. Quelque soit le niveau d’implication sociale ou politique d’un groupe, le mot ordre était simple : exister par sa propre volonté sociale et politique. Aucun groupe de l’époque n’aurait pu, de manière plausible, se revendiquer comme hardcore sans une telle implication.

Des deux côtés de l’Atlantique, des voix s’élèvent contre les politiques menées par Thatcher et Reagan, et contre les régimes conservateurs en place, perçus comme un carcan nuisible à la création et à la libre pensée. Lancé sur de telles bases, le mouvement ne va pas tarder – dès la moitié des années 80 - à évoluer et à s’intéresser à des problématiques nettement plus spécifiques. Plutôt que de se profiler par leur opposition au mainstream en général, les groupes se font les avocats de causes plus locales et plus alternatives. Ceci va rapidement mener à la création de sous-scènes, qui n’existent parfois que par les sujets spécifiques qu’elles traitent : straight edge, DIY, anti-racisme, anarchie, droit des animaux, féminisme ou défense de minorités. Bon nombre de ces sujets se recoupent, ce qui permet un flux continu d’échanges d’idées… et parfois de contradictions idéologiques. Ce chapitre politique se base sur les commentaires de bon nombre de groupes inspirés par toutes ces idées différentes, représentées plus ou moins fortement d’une époque à l’autre. On citera ainsi, entre autres, Born Again, Spitboy, Los Crudos, DownCast, Endpoint, Trial, Drop Dead ou Struggle. Les éditeurs de fanzines ne sont pas en reste, avec des commentaires des auteurs de HeartattaCk, Inside Front ou Slugs & Lettuce. Difficile bien sûr de commenter chacune des thématiques abordées en détails. Néanmoins, l’exposition de ces points de vue variés et, en général, une conscience culturelle et politique plus large que la moyenne ont sans conteste permis de créer une intérêt pour la politique et ses implications connexes bien plus important que n’importe quel autre courant musical. Pour beaucoup d’ailleurs, les années 90 ont cimenté l’idée que le hardcore doit à tout prix contenir des idées substantives, matérielles (au sens noble du terme) et applicables dans la vie quotidienne.

Le deuxième chapitre, s’attaque lui à l’un des concepts les plus décriés de la scène harcore : le straight edge. Défini à la base, dans la chanson homonyme du groupe Minor Threat, comme une décision personnelle de rejeter l’alcool et les drogues afin de s’assurer d’un contrôle complet de sa personne, permettant une meilleur qualité de vie, la définition du straight edge varie énormément parmi les personnes qui ont choisi de se considérer elles-mêmes comme telles. L’auteur pose ici une question essentielle : comment une simple décision à caractère complètement individuel a-t-elle pu évoluer en quelques années seulement en un mouvement à part entière qui n’a, depuis, jamais eu de cesse d’évoluer ? Considéré comme une simple décision nécessaire en termes de santé par certains, le straight edge permit à d’autres de justifier une action directe (le hardline, fort bien détaillé dans cet ouvrage), un certain élitisme, voire certains débordements à caractère politique. Peterson réussit avec brio à résumer l’entièreté du spectre straight edge, tout en restant neutre. Impressionnant ! Les deux chapitres qui suivent s’attardent sur les thématiques du végétarianisme – et par conséquent sur la problématique omniprésente chez certains groupes du droit des animaux – du végétalisme et de la foi au sens large. Ce dernier point ne manquera pas de surprendre le lecteur européen, moins exposé il est vrai à des mouvements comme le Krishnaïsme qui ont marqué, voire façonné des groupes aussi incontournables que Youth of Today, 108 ou Shelter. A fortiori plus dogmatique, ce passage du livre n’en est pas moins ultra-détaillé et remarquablement structuré, osant là couvrir l’un des aspects les plus vivement critiqués de la scène américaine d’une certaine époque.

Passé l’aspect théorique, place à la musique. Peterson a rencontré plus d’une trentaine de groupes afin de discuter avec eux de leur histoire et de leur musique en général, mais également de leur point de vue sur les sujets qui précèdent. Le tout est parsemé d’anecdotes juteuses et de détails piquants. Pas mal quand on sait que la lecture de la liste de groupes repris dans cet ouvrage ferait saliver plus d’un amateur du genre avant même d’en avoir lu la première ligne. Jugez plutôt : 108, Earth Crisis, Strife, Racetraitor, Inside Out, Shelter, Texas Is The Reason, Vegan Reich, Coalesce ou encore Trial. Autant de noms ayant défrayé la chronique tant par leur musique que par leurs discours et activités en général. Le lecteur en apprendra ainsi plus sur les connexions entre le mouvement Hareh Krishna et la scène new-yorkaise, sur la jeunesse de Zack de la Rocha et les débuts de Rage Against The Machine, sur la manière dont le frontman de Vegan Reich "inventa" le hardline et décida de passer à l’action pour faire valoir ses opinions sur le droit des animaux, ou encore sur l’activité anti-raciste de Chakah Malik, chanteur de Burn et l’un des premiers noirs dans un mouvement trop souvent blanc. Chacun des 31 chapitres consacrés aux groupes s’avère bien documenté et parsemé de citations structurées selon les tribulations musicales et personnelles de chaque combo. Le tout est richement illustré de nombreuses photos noir et blanc, et agrémenté des discographies et des différentes modifications de line-up des groupes en question. Difficile de faire plus complet !

Au final, Burning Fight remplit parfaitement sa mission et se pose d’ores et déjà comme l’ouvrage le plus détaillé disponible à l’heure actuelle sur le sujet. L’approche de Peterson, qui se pose bien plus en documentaliste pointu de son époque qu’en donneur de leçon, s’avère gagnante. La structure assez carrée de la rédaction fait de Burning Fight un livre qui non seulement ravira les puristes et les nostalgiques du genre, mais permettra également aux novices et aux lecteurs moins familiers avec ce type de musique de s’offrir une plongée dans un mouvement qui vaut très certainement le détour. En rêvant déjà à un ouvrage équivalent sur les différentes scènes hardcore européennes qui ont fait trembler tant de villes, de Rennes à Rotterdam, de Bruxelles à Stockholm et de Londres à Berlin, on regrettera néanmoins la distribution famélique de Burning Fight en Europe. Le livre est néanmoins disponible en ligne. L’un des plus grands plaisirs des fans de hardcore pré-internet n’était-il pas, après tout, de guetter l’arrivée du facteur et de ses colis remplis de trésors musicaux inattendus ?
En savoir plus sur Fugazi, Rage Against the Machine
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Black Mountain


Destroyer


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Cela vous aura peut-être échappé, mais Black Mountain a discrètement rendu l’âme il y a de cela un peu plus de deux ans. Oh, rien d’aussi dramatique qu’un split avec tambours et trompettes, rien qu’un départ en catimini, celui du couple Amber Webber - Joshua Wells à qui l’on doit le sémillant projet alternatif Lightning Dust, dont on attend par là même un nouvel album très bientôt. Sans annonce, communiqué ni explications, alors que les canadiens venaient d’écoper de leur plus beau succès critique avec leur magnifique IV. Bien sûr, les choses sont loin d’être aussi simples, et la note accordée à ce Destroyer vient d’ailleurs démentir la sentence prononcée en début de paragraphe. Néanmoins, une page se tourne, et autant on oubliera sans doute assez facilement le cogneur Wells - remplacé poste pour poste par Adam Bulgasem, autant il sera bien plus ardu de faire abstraction du chant mystique de Webber qui nous laissera à jamais orphelins.

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