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Critique d'album

Xiu Xiu


Plays the Music of Twin Peaks


(16/04/2016 - Bella Union - Art Rock / Experimental - Genre : Rock)
Produit par

1- Laura Palmer's Theme / 2- Into the Night / 3- Audrey's Dance / 4- Packard's Vibration / 5- Nightsea Wind / 6- Blue Frank / Pink Room / 7- Sycamore Tree / 8- Harold's Theme / 9- Dance of the Dream Man / 10- Falling / 11- Love Theme Farewell / 12- Josie's Past
Note de 3/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Une réappropriation sombre et intelligente du mythe de Twin Peaks."
Valentin, le 13/09/2016
( mots)

Des changements de line-up incessants, des albums qui s’enchainent hâtivement sans constance ni logique, et surtout, une tendance à l’expérimentation un peu trop clivante : il y a de fortes raisons de prendre peur lorsque l’on est confronté à un groupe comme Xiu Xiu. Ainsi, Jamie Stewart, le cerveau du groupe, nous gratifie depuis bientôt 15 ans d’un rock synthétique foncièrement pessimiste et toujours à la limite de l’indécence, autant au niveau des paroles que des instrumentations. Si l’artiste nous a offert quelques albums de très bonne facture au début du millénaire, notamment avec la triplette Knife PlayA PromiseFabulous Muscles, la suite de sa discographie s’est révélée assez déconcertante, voire même inquiétante par moments, avec par exemple le projet Kling Klang (dont on vous laisse en découvrir la nature par vous-même). C’est pour cela que, lorsqu’un musée d’art moderne leur commande une reprise de la bande originale de Twin Peaks, on se dit naturellement que l’album correspondant n’intéressera pas d’autres sphères que celles du monde artistique qui a fait naitre le projet. Pourtant, Xiu Xiu vient bel et bien de sortir son disque le plus écoutable depuis des années, et peut-être même son meilleur depuis Fabulous Muscles.

Plays the Music of Twin Peaks revisite ainsi 12 morceaux parmi tous ceux composés en 1990 par Angelo Badalamenti pour la série culte de David Lynch. Une bande son, rappelons-le, d’une justesse hors-norme pour les standards télévisuels de l’époque, puisqu’elle réussit à soutenir l’ambiguïté de ton si particulière qui transcende ce show aussi naïf qu’inquiétant. Les morceaux d’origine piochent ainsi dans toute la variété du jazz pour jouer sur cette contradiction, avec même quelques touches de dream pop pour les scènes les plus oniriques. Un univers donc à priori assez éloigné de celui de Stewart, mais ce dernier nous a montré récemment qu’il maitrisait aussi très bien les codes du jazz avec Nina, un tribute album dédié à Nina Simone.

Cette relecture de la musique de Twin Peaks reste fidèle aux racines jazz des titres de Badalamenti, ce qui n’empêche pas l’ensemble de se montrer bien plus noisy et expérimental qu’à l’accoutumée. Mais la différence fondamentale n’est pas ici : il se trouve en effet que Plays the Music of Twin Peaks est un album très sombre, définitivement plus anxiogène que la bande originale. Pour preuve, ce titre d’ouverture qui donne le ton de tout l’album, où le son lourd du piano et des percussions écrase les quelques niaiseries du "Laura Palmer’s Theme" au profit d’une atmosphère angoissante. Celle-ci est même renforcée par l’utilisation de sons proches des bruitages caractéristiques du cinéma d’épouvante : on entend presque la fenêtre claquer et le parquet grincer sous nos pieds. De nombreuses idées de ce genre viennent ainsi favoriser l’immersion dans cette nouvelle version de l’œuvre de Lynch, mais on retiendra surtout le choix courageux d’inclure au milieu de l’album un long morceau atmosphérique, "Nightsea Wind". Ces sept minutes de dark ambient nous transportent sans peine dans une de ces mystérieuses nuits où le village de Twin Peaks est tourmenté par le chaos de la Black Lodge.  

Ce ne sont pourtant pas les titres où le travail de réinterprétation est le plus intéressant. Une bonne partie des morceaux prennent ainsi les libertés nécessaires pour affirmer une réelle identité au disque, là où les tribute albums ont souvent tendance à se montrer trop sage ou, à l’inverse, à oublier toute notion de cohérence. Dans cette perspective, la tempête électronique de "Packard’s Vibration" nous rappelle les précédents méfaits de Xiu Xiu, et on se laissera surprendre par ces guitares écrasantes, dont la rythmique martiale ne déparerait pas un album de heavy. "Into the Night", quant à elle, arrive presque à nous faire oublier que le morceau d’origine versait dans la dream pop. Le chant lumineux de Julee Cruise se voit ainsi remplacé par les incantations maléfiques de Stewart, alors que les claviers laissent leur place à un jeu de guitare tremblant. On retrouve même le vibraphone, déjà très présent dans la bande originale, mais dont l’utilisation particulière dans ce morceau nous permet de réaliser à quel point le groupe a réussi à se réapproprier intelligemment l’univers de Twin Peaks. En effet, Xiu Xiu s’amuse ici de la fausse innocence de l’instrument pour installer davantage de tension, alors que ce dernier accompagnait habituellement les moments les plus légers de la série. 

De la même manière, les meilleurs morceaux du disque tirent leur force d’une production exemplaire. "Sycamore Tree" cumule ainsi les prouesses : d’un part, le travail sur l’espace et les silences est rendu formidable par de fines textures électroniques et une réverbération parfaite ; d’autre part, la distorsion sur le piano est maitrisée au point où on mettra un certain temps avant de remarquer l’absence de guitare. Oui, Stewart marmonne un peu et n’aura jamais le charisme que Jimmy Scott pouvait avoir, mais la prestation reste tout de même honorable. Sa présence sera cependant bien plus appréciable sur le troisième et dernier morceau chanté de l’album, "Falling". Avec son crescendo rayonnant nous plongeant tout droit dans un puissant déluge de guitares, cette reprise du thème le plus emblématique de la série constitue le dernier moment fort de Plays the Music of Twin Peaks. On ne savait pas Xiu Xiu capable de remanier des compositions aussi lumineuses sans en plomber l’ambiance.   

Cet album atypique dépasse donc largement le simple statut de curiosité, malgré quelques déconvenues, comme "Audrey’s Dance", qui part dans toutes les directions sans jamais vraiment décoller, ou bien "Josie’s past", avec son monologue irritant et sans intérêt. L’univers reconstruit autour des morceaux de Twin Peaks est fascinant, tant il épouse instinctivement celui de Xiu Xiu tout en respectant la mythologie de la série. Cet album ambitieux nécessitera sans doute quelques écoutes pour en apprécier toutes les finesses. Cependant, il reste accessible en comparaison aux précédents travaux du groupe, et ce quelque soit votre degré d'implication dans le monde de Twin Peaks. En tout cas, Plays the Music of Twin Peaks est un beau cadeau qui nous donne une raison supplémentaire d’attendre de pied ferme la troisième saison de la série qui sortira l’année prochaine. Parce que si c’est pour donner naissance à d’autres albums de cette trempe, on est définitivement partants.


Morceaux conseillés : "Into the Night", "Packard's Vibration", "Sycamore Tree" et "Falling"

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