
Tom Petty and the Heartbreakers
Tom Petty and the Heartbreakers
Produit par


Imaginez que vous soyez un jeune homme d’une quinzaine d’années vivant en Floride au milieu des années 1970, pas à Miami mais dans une ville moyenne du nord de l’État du genre de Gainesville (au hasard), et que vous vouliez devenir une star du rock. Quel choix s’offre à vous ? Même en ayant été bercé au swing d’Elvis Presley et à la pop inventive des Beatles, comme l’était Tom Petty, votre horizon est celui du rock sudiste, dont la scène est particulièrement dynamique dans la région de Jacksonville, soit à une heure et demie à peine en voiture, autour de Lynyrd Skynyrd qui sera bientôt suivis par Outlaws et Blackfoot.
C’est justement ce mélange d’influences 60s et d’atmosphère sudiste qui forme la base esthétique de Mudcrutch, la première formation fondée par Tom Petty qui servira de base aux futurs Heartbreakers : en 1973, le single "Up the Mississippi" mêle habilement la pop britannique aux aspérités dixies, sans être pour autant d’une originalité folle. C’est cette recette qui est encore employée sur "Rockin' Around (With You)", où la cadence country accompagne des lignes de chant dignes de la Mersey beat.
Il ne faudrait cependant pas exagérer la situation périphérique de Gainesville : loin d’être un trou paumé, la ville est le berceau de l’Université de Floride, accueillant une population estudiantine suffisamment importante pour fournir un public conséquent à Mudcrutch. Et avec, son quota d’ambitions. Ainsi, fort de ce premier succès local, Tom Petty décide de déménager le groupe en Californie, un État dont l’essor économique et musical est sans précédent, pour espérer trouver des opportunités et surtout, la gloire. Il y rencontre Leon Russell et par son entremise, Denny Cordell, le fameux producteur britannique de Shelter Records qui s’est installé à Los Angeles après avoir propulsé Procol Harum ou Joe Cocker dans les années 1960. Mudcrutch parvient à intégrer l’écurie Shelter Records mais, faute de popularité, il se sépare et laisse la place à Tom Petty & the Heartbreakers, une nouvelle formation en partie composée des mêmes musiciens.
C’est ce groupe qui met au monde un premier album bref, d’à peine plus d’une demi-heure, en partie héritier de la formation précédent. Le combo se meut dans les styles balisés du country-rock enraciné ("Hometown Blues"), du soft-rock américain emphatique ("The Wild One, Forever") ou du rock caribéen de la Floride méridionale ("Mystery Man"), et ses influences se manifestent assez clairement, que ce soit Ozark Mountain Dardevils ou J. Geils Band ("Anything That's Rock 'n' Roll" – avec un soupçon de Glam Rock), Stealers Wheel ("Strangered in the Night"), Grand Funk Railroad ("Fooled Again (I Don't Like It)"). Si cet excès de références constitue un manque d’originalité, il en ressort un album particulièrement agréable du fait de la variété des registres mobilisés, allant jusqu’à se montrer mystique lors de "Luna" dominé par les claviers.
En outre, deux tubes se détachent largement de l’ensemble, le flegmatique "Breakdown" qui se déploie dans une ambiance tamisée et jazzy à la Steely Dan, si ce n’est dans son refrain très accrocheur, et "American Girl" qui sonne comme une évidence. Deux pépites qui font de Tom Petty & the Heartbreakers un acte de naissance digne d’éloges.
À écouter : "Breakdown", "American Girl", "Mystery Man"
















