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Critique d'album

The Jam


In the City


(20/05/1977 - Polydor Records - rock/soul - Genre : Rock)
Produit par

Note de 5/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Comme d'habitude avec Paul Weller, c'est bien plus qu'une somme d'influences."
Pierre D, le 07/07/2015
( mots)

The Jam c'est cornélien, par où les aborder ? Quel album choisir ? On a déjà parlé ici de la compilation Snap !, meilleure introduction au groupe car rassemblant plusieurs grands morceaux et surtout les singles. Mais si l'on parle de LP, la tâche est ardue. Même en éliminant les disques à moitié ratés (This Is The Modern World et The Gift) il reste encore quatre monuments. Dans le cadre d'un dossier sur The Who, le choix est plus aisé. Setting Sons, malgré sa reprise de Martha & The Vandellas, est avant tout un grand disque de pop anglaise. Sound Affects se pare des atours anguleux du post-punk. All Mod Cons est, comme son nom l'indique, totalement immergé dans la sous-culture Mod mais musicalement il s'éloigne des Who. Reste donc In The City.

En 1977 Paul Weller a 18 ans. Depuis sa banlieue de Woking à quelques kilomètres de Londres il construit sa culture dans son coin. Durant son adolescence, l'époque est au glam-rock qu'il considère comme des enfantillages. Il se plonge d'abord dans la culture skinhead originelle, celle des années 1968 quand ces jeunes gens écoutaient essentiellement de la musique jamaïcaine. Weller écoute avec attention les compilations Tighten Up du label Trojan Records spécialisé dans le ska, le rocksteady et le reggae. Il y a déjà ici, en germe, une bonne part de ce qui fera la discographie de Paul Weller avec ou sans les Jam. En parallèle il écoute Dr. Feelgood, groupe de pub-rock, soit du rythm n' blues joué avec une nervosité absente de la totalité des disques d'Eric Clapton.

Le véritable choc se produit lorsque Weller se procure My Generation des Who. D'une part ce disque est la matrice de Dr. Feelgood agrémenté d'un savoir-faire pop incroyable. D'autre part Weller se trouve confronté à la culture Mod associée à une partie de la jeunesse prolétaire anglaise. Il s'agissait alors pour ces jeunes gens de la fin des années 50 de dépenser leur salaire dans des fringues, des disques et des clubs. On revient plus en détail sur tout cela ailleurs dans notre dossier. Deux aspects fascinent Weller : l'origine working class de la culture Mod et son amour pour le détail dans la sape. En grand maniaque obsessionnel, le gamin fonce tête baissée, s'achète une parka fishtail et un scooter Vespa, lit et écoute tout ce qu'il peut sur ce pan déjà oublié de la jeunesse britannique d'après-guerre.

Cependant, comment concilier ce goût pour une culture axée sur la modernité avec le fait que la culture en question a disparu depuis une petite décennie ? La réponse apparaît à Weller lors d'un concert des Sex Pistols. Il serait ainsi possible de jouer du rock 'n' roll moderne. Dès le départ le punk est donc un moyen et non une fin. Décider de jouer du punk mène à des imbécilités au moins aussi ridicules que les groupes voulant être rock 'n' roll sans savoir en jouer. Les Jam s'en détacheront d'ailleurs très rapidement et définitivement avec All Mod Cons en 1978.

En 1977 Paul Weller est un jeune homme en colère. Il a serré les boulons de sa formation de lycée, The Jam, pour n'en garder que l'essentiel. Bruce Foxton à la basse, Rick Buckler à la batterie, Weller à la guitare, au chant et à l'écriture. On a souvent dit que le premier essai des Jam était un hommage aux Who et à Dr. Feelgood à une époque où il était de bon ton de brûler les icônes pop passées. Sauf que les Clash n'ont jamais eu de telles intentions, même en chantant "No Elvis, Beatles or Rolling Stones in 1977 !" (Mick Jones dira plus tard "On ne les détestait pas, on voulait juste être comme eux"). Et si Weller est en colère c'est d'abord contre ce qu'est devenu le groupe de Pete Townshend. À l'époque les Who se compromettent dans des opéras-rock ventrus et un simili hard-rock musclé et bas-du-front. Passés 30 ans ils chantent toujours "I hope I die before I get old". Place aux vrais jeunes! leur gueule Paul Weller depuis sa banlieue.

De fait, les textes d'In The City sont une ode régulièrement naïve à la jeunesse comme certains hymnes des Who de la grande époque ("The Kids Are Alright"). L'inaugural "Art School" laisse sonner un accord en écho à "Out In The Street", premier titre de The Who Sing My Generation, avant d'éructer un "One ! Two ! Three ! Four !" Totalement punk. Les Jam n'immolent pas leurs idoles, ils leur marchent dessus pour se hisser sur le podium. Les guitares acérées de Weller doivent beaucoup aux agissement de Wilko Johnson chez Dr. Feelgood pour parvenir à ce jeu sec et dégraissé. L'ensemble est encore assez fruste et, de même que Dr. Feelgood n'a jamais produit de grandes compositions, il manque à In The City la science de l'orfèvrerie pop que Weller acquérera à partir d'All Mod Cons. "Brick And Mortar" et "Takin' My Love" s'écoutent sans se retenir avec leurs suites d'accords rythm n' blues prévisibles.

12 titres, 33 minutes. Pas de fioritures, "In The City" est un parfait single punk dont Steve Jones se réappropriera la guitare 6 mois plus tard pour le "Holidays In The Sun" des Sex Pistols. Finis l'encens et la ganja, les amphétamines qui faisaient bégayer et grincer des dents les Mods sont de retour. Tous les sens en éveil pour danser toute la nuit. "Non-Stop Dancing" rend hommage aux soirées Mods, quand le dancefloor devient un lieu d'accomplissement personnel. "I've Got By In Time" possède juste ce qu'il faut de groove Motown, prouvant au passage que Rick Buckler n'est déjà pas à l'époque un simple métronome épileptique. Les reprises font figure de manifestes. "Slow Down" de Larry Williams et surtout "Batman Theme" qui incendiait les pistes de danse du temps de la Northern Soul à la fin des années 60. "Away From The Numbers" mêle arpèges délicats et power chords surpuissants où brille Bruce Foxton.

Weller tire le meilleur parti de sa formation en trio. Toute en nerfs, la formule des Jam se bonifiera encore avec Setting Sons et Sound Affects. Le tout est administré avec la fougue du banlieusard qui a des choses à prouver : "I know I come from Woking/ And you say I'm a fraud/ But my heart is in the city, where it belongs" ("Sounds From The Street"). Le temps n'est plus au retour à la terre hippie et à l'élevage de chèvres, la vraie vie se passe en ville. La culture Mod n'a jamais vraiment traversé la Manche ou l'Atlantique et les Jam ont surtout été des stars en Angleterre. Trop anglo-centrés sans doute ("The USA's got the sea/ Yeah, but the British kids' got the streets/ I don't mind, the city's right"). Entièrement tourné vers la jeunesse, Weller en est encore aux slogans mal dégrossis qui vous causent de "young ideas". Le monde se divise entre eux et nous. Comme dans les textes de Pete Townshend. Le punk partage d'ailleurs avec les Who une méfiance voire un dégoût pour la sexualité, loin de l'amour libre et du Summer Of Love. Pour Pete Townshend l'amour est surtout affaire de divorce ("A Legal Matter"). Pour Paul Weller il faut tout faire pour échapper au gosse et au prêt immobilier ("I've Changed My Adress").

Pete Townshend vénérait le punk, coup de latte salutaire selon lui. Il semblait même l'appeler de ses vœux sur Who Are You ("New Song", "Music Must Change") sans y faire grand-chose. Weller voulait faire partie de la scène punk mais cette dernière le méprise pour être rétro et provincial. Il enverra paître tout ce joli monde avec All Mod Cons et tuera même les Jam au faîte de leur gloire pour leur éviter de finir aussi mal que les Who, ce qui lui permettra d'être une des seules pop stars à savoir vieillir. Mais ceci est une autre histoire.

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Critique d'album

The Jam


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