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Critique d'album

Silverchair


Diorama


(31/03/2002 - Eleven/Atlantic - post-grunge - Genre : Rock)
Produit par David Bottrill, Daniel Johns

1- Across the night / 2- The greatest view / 3- Without you / 4- World upon your shoulders / 5- One way mule / 6- Tuna in the brine / 7- Too much of not enough / 8- Luv your life / 9- The lever / 10- Luv your life / 11- My favourite thing / 12- After all these years
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Le trio aussie entreprend un virage pop aussi surprenant qu'envoûtant."
Maxime, le 19/05/2011
( mots)

Est-ce possible ? Par quel miracle cette ex pisse-copie de Nirvana (on rigole encore de leur "Lie To Me" imitant piteusement "Territorial Pissings") a-t-elle mué son post-grunge acnéique en usine à mélodies ciselées ? La pop est imprévisible, en ce que ses trésors peuvent sortir des malles qu’on n’aurait pas pensé explorer. Pourtant, en ouvrant celle-ci, on ne trouve rien de moins que trois jeunes gens à peine sortis de l’adolescence se donnant pour objectif de se mesurer aux travaux de Phil Spector et Burt Bacharach dont la recette s’est à jamais perdue, armés de leurs Gibson double micro de leur ampli Marshall. Damned !

On aurait pourtant dû avoir la puce à l’oreille dès Freakshow. En marge des périssables "Freak" et autres "Abuse Me", des titres comme "Cemetery", "Pop Song For Us Reject" ou encore "Petrol & Chlorine" tentaient de s’extraire du cirque alternatif des années 90. Le frontman Daniel Johns s’efforcera de poursuivre cette émancipation sur l’opus suivant, mais le cul coincé entre désir de renouveau et scies grungy déjà périmées, Neon Ballroom avait l’allure d’un canard boiteux. Bien décidé à faire table rase du passé, Johns jette à la poubelle la première mouture de son quatrième album et congédie le producteur historique Nick Launay. Entre temps, on lui diagnostique une arthrite réactive qui le cloue sur chaise et lui interdit de pratiquer la guitare. Le chanteur jette alors son dévolu sur le piano, à partir duquel il donnera naissance à ses nouvelles compositions. Le trio s’enferme ainsi une bonne partie de l’année 2001 dans son fief australien et recrute David Bottrill, producteur canadien habitué à confectionner les délires alambiqués de King Crimson, Tool ou Muse. Sur ses conseils, il s’adjoint les services du compositeur Van Dyke Parks, célèbre pour ses collaborations avec les Byrds, Tim Buckley ou The Everly Brothers, également orfèvre du Smile des Beach Boys, qui apporte sa science des arrangements sur trois titres (Larry Muhoberac se charge du reste). Cordes, violoncelles, cuivres, orgue Hammond et pedal steel entrent dans la danse. Sur les photos du livret, on voit tout ce beau monde s’appliquer sur ses instruments, le parquet du studio recouvert de tapis orientaux. Le visage poupin de Daniel Johns s’est transformé en une figure d’angelot diaphane de 22 ans, une ombre mélancolique couvre son sourire.

Le résultat est stupéfiant de majesté. "Across The Night" laisse pantois, ouverture lyrique progressant du doux confort d’une nuit avec l’être aimé à la peur dévorante de la solitude. Ça commence comme une déclaration d’amour et ça finit en supplique. Brillante démonstration de pop progressive, avec ses orchestrations flamboyantes, ses mouvements distincts et ses refrains à tiroir, ce sublime titre donne le ton au reste de l’album. Diorama est une porte ouverte sur un arc-en-ciel de couleurs et de sensations. Plusieurs sentiments, parfois contradictoires, s’enchaînent au sein d’un même morceau, à l’image de "Without You" où la rage contenue le dispute à la suavité. Le piano mène indubitablement les débats sur la quasi-majorité du disque. Ce sont sur ses notes que la rythmique se cale et que les cordes se déploient. Il y avait de grandes chances pour que tout cela sonne pompeux, maladroit, et finalement creux. Il n’en est rien, tant tous les éléments s’enchainent et se répondent avec harmonie. Jamais le groupe de rock n’est mis en péril par l’orchestre qui l’accompagne. Les violoncelles s’enroulent autour des guitares, trompettes et orgue convolent avec la basse. La production orne avec prestance des chansons fourmillant de détails et d’afféteries se révélant limpides comme le cristal et aussi claires que le jour. Elles dressent un pont improbable entre King Crimson, Pearl Jam et les Zombies. On navigue ainsi entre pop baroque ("The Greatest View", fascinant de plénitude, "Too Much Of Not Enough", "World Upon Your Shoulders") et ballades admirables hésitant entre contemplation et emphase ("Tuna In The Brine", "Luv Your Life"). Silverchair y prend une dimension inédite, empreinte de sérénité et d’humilité, mais également d’une maturité effarante. L’évidence mélodique règne dans les moindres recoins. L’ensemble frappe par sa subtilité, son sens des détails, sa grâce feutrée, exactement tout ce que le rock australien n’a jamais revendiqué être.

Le spectre de Diorama ne se limite pas à passer du rose pastel au bleu profond. Il se risque à plonger dans la pénombre, où les forces maléfiques guettent derrière la porte. "One Way Mule" fulmine de colère électrique, déchaîne les éléments avant de s’apaiser lors de courtes accalmies. "Lever" convoque un oppressant mur de guitares progressant dangereusement vers une rage sans cesse sur le point d’exploser. En renouant sporadiquement avec sa hargne métallique tout en la domptant aux dimensions de l’album, Silverchair parvient à déjouer les ornières dans lesquelles tant de Metallica et autres Deep Purple se sont embourbés en voulant marier brutalement rock et ornementations classiques. S’il se révèle être un songwriter de haute volée, Daniel Johns n’en demeure pas moins un chanteur techniquement limité, peinant dans les graves et flirtant avec la rupture dans les aigus, notamment sur l’envoûtant "My Favorite Thing". Mais sa capacité à habiter les moindres couplets et refrains transcende tout. Illuminant le disque de sa présence fragile, presque fantomatique, c’est seul au piano qu’il fermera un voyage somptueux débuté au crépuscule et s’achevant sur une aube radieuse le long d’un "After All These Years" à la pureté aveuglante.

On pouvait alors tout espérer de Silverchair. Mais Diorama restera un hapax miraculeux, condamné à demeurer orphelin, le trio retournant avec Young Modern sur les terres d’un rock plus académique saupoudré de pop anecdotique. Il y a de grandes chances pour qu’il ne retrouve plus l’état de grâce qui l’avait habité lors de la gestation de ce tour de force. On peut malgré cela continuer à espérer, Daniel Johns n’ayant après tout que 31 ans. Peut-être lui faudra-t-il évoluer en dehors de son groupe originel pour marcher à nouveau sur les traces de son chef d’œuvre. Rassurons-nous, s’il y arrive, il finira comme son disque : il vieillira bien.

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Black Mountain


Destroyer


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Cela vous aura peut-être échappé, mais Black Mountain a discrètement rendu l’âme il y a de cela un peu plus de deux ans. Oh, rien d’aussi dramatique qu’un split avec tambours et trompettes, rien qu’un départ en catimini, celui du couple Amber Webber - Joshua Wells à qui l’on doit le sémillant projet alternatif Lightning Dust, dont on attend par là même un nouvel album très bientôt. Sans annonce, communiqué ni explications, alors que les canadiens venaient d’écoper de leur plus beau succès critique avec leur magnifique IV. Bien sûr, les choses sont loin d’être aussi simples, et la note accordée à ce Destroyer vient d’ailleurs démentir la sentence prononcée en début de paragraphe. Néanmoins, une page se tourne, et autant on oubliera sans doute assez facilement le cogneur Wells - remplacé poste pour poste par Adam Bulgasem, autant il sera bien plus ardu de faire abstraction du chant mystique de Webber qui nous laissera à jamais orphelins.

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