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Critique d'album

Sharon Van Etten


We’ve Been Going About This All Wrong


(06/05/2022 - Jagjaguwar - Indie Rock - Genre : Pop Rock)
Produit par

1- Darkness Fades / 2- Home To Me / 3- I'll Try / 4- Anything / 5- Born / 6- Headspace / 7- Come Back / 8- Darkish / 9- Mistakes / 10- Far Away
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"L'album composite d'une compositrice de talent."
Diego, le 17/05/2022
( mots)

Nous avions quitté Sharon Van Etten en 2018, après la sortie de l’emballant Remind Me Tomorrow, album en forme de tournant stylistique dans la carrière de la chanteuse-compositrice-interprète. Les synthés et les touches électroniques étaient venus complémenter l’indie pop soyeuse et les compositions recherchées de l’artiste new yorkaise. Le disque, qui avait par ailleurs séduit une partie de la rédaction, laissait cependant planer le mystère sur les intentions futures de Van Etten.

Pas avare dans le domaine des collaborations, la chanteuse a marqué son retour par une première étape, en 2021, avec la sortie du single "Like I Used To", en duo avec l’excellente Angel Olsen. Frappée du sceau années 80, le titre voyait Van Etten assumer totalement le côté rétro, tout en retournant à un style plus conventionnel. Un nouveau single, "Porta", suivi d’un autre, "Used to It" préfigurèrent ensuite la sortie de We’ve Been Going About This All Wrong en février 2022 et contribuèrent à un nouveau brouillage de piste, accentuant les apports synthétiques (dans un esprit restant proche du style eighties…).
Il s’agit cependant d’un one shot, les deux morceaux ne figurant pas sur la dernière production de Sharon, sorti début mai.

C’est un point sur lequel l’artiste s’est voulue très claire : aucun single n’a téléguidé la sortie de (...)All Wrong. On ne peut que saluer la volonté -rare de nos jours- de promouvoir l’écoute de l’album dans sa totalité, sa chronologie et comme un tout artistique cohérent. Et c’est bien de cela dont il s’agit. Ce dernier opus de Van Etten est un joyau qui se laisse découvrir pas à pas, dans une ambiance ambivalente très bien représentée par la pochette. On y voit la chanteuse prendre la pose devant un pavillon aussi chaleureux que sinistre, dans lequel on peut se sentir abrité par les arbres en fleurs tout comme menacé par le ciel rougeoyant.

La première écoute complète de cette nouvelle galette est relativement décontenançante : l’appréciation de la qualité des titres qui la composent requiert un minimum d’effort, avec un quasi garantie de récompense. Puisque telle fut la volonté de sa génitrice, prenons les titres dans leur ordre d'apparition. Le bien nommé "Darkness Fades" (littéralement, "l’obscurité se dissipe") est une introduction presque parfaite à ce qui va suivre. La voix, parfois chaude sur les couplets, aérienne et perçante sur les refrains, nous promène sur cette balade tout en mélancolie. L’entrée de la section rythmique dynamise le titre et lui confère une grandeur presque cantique, amplifiée par les paroles parfois cryptiques.
La noirceur n’est pas tout à fait évacuée sur "Home To Me", dont le minimalisme contraste avec la gravité. Van Etten adresse ici sa récente maternité et son impact sur l’appréhension de son métier d’artiste : "The only child, don’t turn your back, don’t leave (...) I need my job, please don’t hold that against me" / "L’enfant unique, ne tourne pas le dos, ne part pas (...) j’ai besoin de mon boulot, s’il-te-plaît ne m’en veux pas". La justesse du chant de Van Etten, fil rouge de cet album et de sa carrière, est à nouveau à tomber.

La tension est palpable et se répercute en ricochet sur "I’ll Try", sur lequel les hostilités rock commencent : portée par une batterie percutante, l’artiste navigue sur un registre vocal assez hallucinant. "Anything", quant à lui, vient servir presque de rappel aux années guitare de Van Etten. Le mantra "You could have been anything" est autant déchirant qu’excitant. Le morceau montre la capacité de sa compositrice à continuer de jouer dans la cour des artistes les plus talentueux du genre (on pense notamment aux dernières compositions de Big Thief).
Les 5 minutes 02 qui suivent seront probablement les plus belles de votre journée si vous leur accordez une attention toute particulière. "Born", est une perle synthétisant les productions passées de Sharon Van Etten en une chanson : la voix est d’abord rauque, avant de laisser le timbre s’élever, l’instrumentation est d’abord restreinte, acoustique avant de basculer sur une base électronique au service de la mélodie et d’un finish épique.

"Headspace", qui suit, s’inscrit dans la droite lignée des compositions de Remind Me Tomorrow : grosse basse bien ronde, boîte à rythme et chant presque hypnotisant. Sharon martèle le refrain plein d’angoisse et presque de terreur "baby don’t turn your back to me" / "bébé ne me tourne pas le dos" dans ce style électronique qui lui sied désormais si bien (on y décèle même un héritage de PJ Harvey et Thom Yorke).
La finesse et la réflexion d’une vraie compositrice et arrangeuse conduisent la chanteuse à proposer comme enchaînement le titre "Come Back", qui voit un retour aux racines plus traditionnelles. La lente montée en puissance est poignante et la différence entre un bon et un grand morceau se fait, comme souvent, dans les détails : entre les couplets abstraits (poétiques pourrait-on dire), le refrain voit la répétition de "Come Back" devenir de plus en plus brouillonne, ne respectant pas la rythmique à la lettre. L’émotion transmise n’en est que plus grande, tout comme la promesse de prestations live dantesques.

La science du rythme au long court de Sharon Van Etten se démontre à nouveau avec le titre "Darkish", respiration acoustique voix-guitare (et encore, seulement des croches). "It’ s not dark, it’s only darkish" / "Il ne fait pas noir, il fait sombre" s’amuse presque Van Etten sur ce morceau qui aurait pu figurer sur le dernier Lucy Dacus.
La quasi-monotonie de "“Darkish" contrebalance parfaitement avec ce qui suit : "Mistakes" est probablement le titre le plus pop composé à ce jour par la néo californienne. Les paroles sont cette fois-ci d’une simplicité inhabituelle pour Van Etten : "even when I make a mistake, It’s much better than that" / "même quand je fais une erreur, c’est bien mieux que ça". La confiance presque narquoise de la chanteuse transpire et est contagieuse (c’était déjà le cas sur "You Shadow" sur son précédent opus). On finit par avoir envie de faire des erreurs avec Sharon nous aussi !

(...) All Wrong se conclut par "Far Away", parfait épilogue d’un album ayant su élégamment jouer sur l’alternance de styles entre les morceaux.

Sharon Van Etten fait ici une vraie proposition artistique : un album complet, à écouter dans son ensemble et à digérer peut-être avec une certaine latence pour réellement apprécier sa qualité. La chanteuse est une des rares artistes systématiquement citées en exemple ou comme source d’inspiration par ses pairs (de Phoebe Bridgers à TORRES, en passant par les très jeunes Clairo ou Snail Mail). Ce nouvel exercice, version Van Etten de l'album pandémique, ne fait que rembourrer un peu davantage le fauteuil de papesse du genre dans lequel elle est installée depuis maintenant des années.


A écouter : "Come Back", "Mistakes", "Born".

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