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Critique d'album

Queen


Made In Heaven


(06/11/1995 - - Glam Rock - Genre : Rock)
Produit par

1- It's A Beautiful Day / 2- Made In Heaven / 3- Let Me Live / 4- Mother Love / 5- My Life Has Been Saved / 6- I Was Born To Love You / 7- Heaven For Everyone / 8- Too Much Love Will Kill You / 9- You Don't Fool Me / 10- A Winter's Tale / 11- It's A Beautiful Day (reprise) / 12- Yeah / 13- Untitled
Note de 4/5
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Note de 3.0/5 pour cet album
"Album mineur musicalement, mais à l'aura immense"
Maxime L, le 06/11/2020
( mots)

06 Novembre 1995, sortie de Made in Heaven,  dernier disque de Queen, (non les pseudo tentatives avec Paul Rodgers et Adam Lambert n'ont jamais existé).


Tenter de chroniquer Made in Heaven,  c'est avant tout essayer de répondre à une question très simple : Que vaut l'impact historique et émotionnel d'un album face à son contenu analysé froidement et objectivement (si tant est que l'objectivité soit possible en matière d'art) ?


En d'autres termes, peut-on parler de Made in Heaven uniquement sur un strict plan musical, en occultant tout le contexte autour de sa fabrication, de son enregistrement et de sa sortie ? Je pense que non, et une fois n'est pas coutume, comprendre et connaitre le contexte autour de Made in Heaven permettrait presque de pardonner quelques erreurs, ou tout du moins, de ne pas leur accorder trop d'attention.


Attendre la sortie d'un dernier (au sens ultime) album de son groupe préféré, au moment où nos oreilles s'éveillent à la musique est une véritable expérience en soi, une réelle chance, à plus forte raison quand il s'agit d'une des formations les plus emblématiques des 30 dernières années. Sans faire tourner cette chronique autour de mon cas, j'ai eu la chance d'attendre sa sortie le jour J, à l'ancienne, patientant fébrilement jusqu'à l'ouverture du magasin de disques.


Après l'attente interminable du trajet retour entre le disquaire et mon lecteur cd, vient la petite pointe d'énervement, symbolisée par ce blister en plastique enveloppant l'objet si pénible à ouvrir, une ouverture difficile qui contribue à la sacralisation de la découverte musicale, une fois s'être délesté d'une somme assez conséquente, bien souvent au-dessus des 100 francs de l'époque (15,24 EUR pour les plus jeunes qui nous lisent).


Les souvenirs des 13 autres albums écoutés, les dizaines d'articles lus ici et là dans les magazines d'époques, des documentaires et interviews, poncés et analysés sur VHS, tout s'accumule dans ma tête et c'est avec des fourmis dans les mains et des espoirs plein les oreilles que je vais enfin pouvoir vivre ça : la première écoute du dernier disque de Queen, LE groupe de mon adolescence naissante.


Car c'est aussi ça, parler de Made in Heaven : être objectif et tenter de mettre un voile sur ce souvenir presque palpable, 25 ans après.


Alors non bien sûr, ça n'est pas le meilleur album de Queen. Mais c'est l'ultime disque, le dernier effort, le baroud d'honneur, celui du dernier souffle, dont une partie est enregistrée dans les dernières heures de l'immense et irremplaçable Freddie Mercury.


Made in Heaven sortira de manière posthume, 4 ans presque jour pour jour après sa disparition. En cela, c'est déjà une oeuvre particulière, mais elle l'est d'autant plus parce que c'est un véritable puzzle, et que Brian May et Roger Taylor, responsables de la production, ont passé des heures à recoller et rapiécer tous les fragments. Certains enregistrés par un Freddie Mercury au crépuscule de sa vie, à bout de souffle et à bout de force, d'autres empruntés à certaines oeuvres solo de May et Taylor et revisités pour l'occasion.


Le disque en ce sens manque cruellement de cohérence, mais il serait injuste d'en tenir rigueur au groupe pour toutes les raisons évoquées. Made in Heaven comporte deux autres gros défauts, bien plus évidents que l'absence de fil conducteur : "I was born to love you" et "You don't fool me" , deux chansons parmi les pires produites par les quatre anglais. La première est empruntée au premier album solo de Mercury, Mr Bad Guy (lui aussi très dispensable) et rafistolée pour Made in Heaven  La seconde, à peine plus acceptable remonte à 1991 et est signée Taylor et Mercury.


Certains pensent même que ces deux morceaux, très "dance music" (et déjà un peu ringards en 1995) préfigurent de ce qu'aurait peut-être été la suite en solo de Freddie Mercury, comme un prolongement de l'affreux "Living on my own" (même si c'est surtout l'horrible remix qu'on entendit à l'époque).


Ces deux ratages complets, s'ils sont de gros cailloux dans la chaussure, ne doivent pas pour autant faire oublier le reste du disque, tout à fait la hauteur de ce qu'on est en droit d'attendre d'un tel groupe, à ce moment là de leur carrière.


Prenons la piste inaugurale, "It's a beautiful day", formidable hymne méditatif et qui prend une toute autre tournure lorsque Freddie Mercury, conscient de sa fin imminente, chante :


"It's a beautiful day, the sun is shining, I feel good and no one's gonna stop me now"


("c'est une belle journée, le soleil brille , je me sens bien et personne ne peut m'arrêter")


Ces mots résonnent évidemment comme un écho à "Dont stop me now" en 1979, où Freddie Mercury était alors au top de sa forme, qu'elle soit physique ou créatrice.


"Let me live" un peu plus loin, flirte avec le gospel, un Gospel "RTL2" s'offusqueront certains, mais ça n'en fait pas moins une chanson intéressante. Si on est habitué à entendre les voix de Mercury, Taylor et May ensemble sur des couches de choeurs chargées, c'est peut être la seule fois de toute la carrière de Queen qu'ils chantent successivement chacun un couplet, renforçant l'idée selon laquelle Queen possédait deux très bons chanteurs en plus d'un extra-terrestre.


La légende raconte même que la genèse de ce titre concernait une quatrième voix, celle de Rod Stewart, qui aurait enregistré une première version avec Queen au début des années 80, mais qui ne verra jamais le jour. Et là encore, en se penchant sur les circonstances d'enregistrements de Made in Heaven, difficile de ne pas avoir le coeur serré en entendant des phrases en apparence naïves mais qui prennent ici tout leur sens :


"All you do is live, all I do is die (...) So let me live"


("Tout ce que tu as à faire c'est vivre, tout ce que je fais, c'est mourir(...) laisse-moi vivre").


Made in Heaven est un album avec des paroles simples, directes, mettant en scène sans détours les dernières heures de la vie de Mercury et par extension, de celle de Queen. Le meilleur exemple étant très certainement "Mother Love", complainte d'une tristesse inouïe, palpable, où Freddie Mercury, épuisé et à bout de forces n'aspire seulement qu'à un peu de calme et de sérénité


"I've walked too long in this lonely lane


"I've had enough of this same old game"


"I'm a man of the world and they say that I'm strong"


"But my heart is heavy, and my hope is gone"


("J'ai marché trop longtemps sur cette rue déserte"


J'en ai assez de ce même vieux jeu


Je suis un homme du monde, et on dit que je suis fort


Mais mon coeur est lourd, et mon espoir s'est envolé")


Ces mots dans "Mother Love" sonnent tragiquement dès lors que l'on sait qu'il s'agit du dernier enregistrement de Mercury (certaines retouches peuvent d'ailleurs s'entendre). C'est Brian May qui en chantera le dernier couplet, Freddie n'ayant pu aller au bout de la chanson. Le sommet du morceau (voire du disque ?) étant la toute fin, et garantit les frissons, entre extraits du Live at Wembley, pleurs d'enfants et la voix de Mercury reprenant "Going Back" de Carole King (que le groupe avait repris dans les années 70 sous le pseudo de "Larry Lurex").


S'en suit un gros passage à vide, avec les très faiblards "My life has been saved" et "I was born to love you", heureusement vite gommé par l'efficacité d' "Heaven for Everyone", premier des 6 singles sortis à l'époque.


"Heaven for Everyone" est un titre que l'on doit à Roger Taylor et son projet parallèle "The Cross", paru dès 1988 sur l'album Shove it.  Les deux versions sont relativement proches, des choeurs ont été rajoutés en lieu et place des paroles de Taylor et la version de Queen apparait en cela davantage produite. Et si son titre est plein d'espoir, elle comporte ce je ne sais quoi d'un peu mélancolique, et qui malgré sa multi-diffusion sur toutes les radios à l'époque, n'en demeure pas moins une excellente chanson, sorte de mid-tempo tout en progression.


Toujours au rayon des textes tire-larmes, la ballade "Too much love will kill you" occupe une place de choix. Ce pourrait même être l'un des plus beaux textes compte tenu des circonstances, sauf que la chanson remonte en réalité à 1988, sur le disque solo Back to the light de Brian May. La version présente ici est réarrangée et surtout sublimée par le chant magnifique de Freddie Mercury, même si ce n'est pas le titre qui a le mieux vieilli, défaut inhérent à beaucoup de productions du milieu des années 90.


Le dernier vrai beau moment du disque est sans conteste "A Winter's Tale", chanson reconstituée de toutes pièces, entre les voix de Mercury enregistrées en 1991 durant les sessions d'Innuendo, et complétées en 1995 par les parties instrumentales. Si la composition en soi n'a rien d'extraordinaire, le chant de Mercury, volontairement très en avant, se fait très contemplatif, réhaussé par de très beaux choeurs, et un solo de Brian May à l'effet retenu, presque étouffé, mais participant à l'aspect feutré général, et qui permet surtout de terminer sur un texte plus optimiste, plus léger, presque aérien.


Alors non ça n'est pas tout à fait la fin de l'album, puisque suivront une reprise du titre inaugural (plus électrique et agrémentée d'un extrait de "Seven Seas of Rhye" notamment) ainsi qu'une piste cachée, long instrumental de plus de 20 minutes, dont le seul interêt réside dans les deux dernières, pour y entendre (un peu) résonner une dernière fois la voix de Freddie Mercury.


Il va de soi que Made in Heaven peine à tenir la comparaison musicalement avec ses illustres prédécesseurs, c'est un disque qui a été difficile à faire, bricolé, découpé, rafistolé, manquant sans doute un peu de personnalité et qui n'est pas tout à fait un album de rock (ici, pas ou peu de moments marquants à la guitare notamment). Mais cela reste une oeuvre à la portée historique certaine et à la charge émotionnelle évidente. Et bien plus que toutes les innombrables compilations honteusement sorties, Made in Heaven reste le testament officiel de Queen.

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