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Critique d'album

Nico


The Marble Index


(01/11/1968 - Elektra - Précurseur gothique - Genre : Autres)
Produit par John Cale - Frazier Mohauk

1- Prelude / 2- Lawns of Dawn / 3- No One Is There / 4- Ari's Song / 5- Facing the Wind / 6- Julius Caesar (Memento Hodie) / 7- Frozen Warnings / 8- Evening of Light / 9- Roses in the Snow / 10- Nibelungen
Note de 4/5
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Note de 5.0/5 pour cet album
"Premier opus légendaire d’une trilogie gothique fondamentale, réservée aux adultes avertis. "
Benjamin, le 11/05/2018
( mots)


Plus de trente années sont passées depuis que Nico, la muse sixties affranchie du The Velvet Underground, a trouvé une mort digne de Bela Lugosi dans les films de la Hammer. C’est le soleil qui vint à bout de la grande prêtresse gothique, et on pouvait difficilement trouver fin plus adaptée pour cette artiste ténébreuse. De tous les monstres engendrés par la Factory de Warhol, Nico fut peut-être le plus effrayant. Ce qui n’est pas peu dire quand on songe à ses ex-comparses, Lou Reed et John Cale, pas les rois de la gaudriole non plus. Après son départ du groupe le plus culte de l’histoire du rock’n’roll, Nico embrassa une carrière solo aussi captivante qu’éprouvante à laquelle adhérèrent une minorité de fanatiques transis. Employée par Andy Warhol pour sa beauté, jurant radicalement avec les tronches patibulaires des membres du Velvet Underground, il n’était pas franchement évident que Nico dévoilerait plus tard une fibre artistique si singulière. Il est bien compréhensible que le public soit passé à côté de la musique sordide de la muse germanique ; on préférait s’encanailler gentiment avec la Britsh Invasion plutôt que se farder ses chansons cauchemardesques. Résultat, l’art unique de Nico est superbement ignoré des médias depuis des lustres, comme un souvenir traumatisant que l’on range prudemment dans son subconscient. Et puis hop, aujourd’hui en 2018, miracle, on annonce un biopic narrant ses derniers instants tragiques, et  voilà que la belle sorcière se retrouve en couverture de Rock’n’Folk, ce qui change agréablement des momies Jagger et Richards. L’occasion parfaite pour rendre hommage à une trilogie d’albums fabuleux qui en leur temps choquèrent même le saint patron de la critique rock siphonnée, Lester Bangs. Avant les chefs-d’œuvre Desertshore (1970) et The End (1974), il y eut The Marble Index, en 1968.


Cette pochette, déjà. Nico, que l’on connaissait blonde platine, est revenue à sa couleur originelle : le noir, le noir absolu. Sa frange nonchalante couvre le haut de son visage d’une blancheur maladive et, esquissant un faux sourire glacial, elle vous fixe d’un regard transperçant, magnétique. Son œil droit crache une lueur sublime, ses joues sont creusées et son nez, écrasé par la perspective, n’est perceptible que par les deux minuscules orifices faisant office de narines, lui donnant des airs de reptile ne sortant que la nuit. L’ancien mannequin n’exploite pas son physique avantageux, en fait, elle est lassée de sa proverbiale beauté. Dès les premières mesures du "Prelude" instrumental, il apparaît clair que Nico n’a pas pour vocation de séduire l’auditeur avec de la pop sucrée. Pas de batterie, pas de basse, et encore moins de guitare. Juste quelques notes d’un piano ombrageux et une ritournelle stridente au glockenspiel. Pour le moins minimaliste, cette introduction de tout juste une minute apparaît bien légère en comparaison de ce qui va suivre. Car lorsque résonne la mélodie antipathique de "Lawn Of Dawns", tout en demi-tons, un malaise diffus s’empare de l’auditeur. C’est ici qu’entre en scène l’instrument atypique qui caractérise tant le son lugubre de The Marble Index : l’harmonium de Nico, sorte de fusion entre l’orgue et l’accordéon qui pèse un mort, et que le rock-critic Nick Kent se souvient avoir trimballé sur son dos lorsqu’il suivait la chanteuse en tournée. Un bidule impossible à accorder, un cauchemar pour qui doit se charger des arrangements. Mais John Cale n’est pas le requin de studio né de la dernière pluie, comme l’atteste son CV déjà bien chargé de l’expérience Velvet, mais aussi de collaborations avec des pointures contemporaines comme LaMonte Young ou le légendaire (et quasi-homonyme) John Cage. Sur The Marble Index, hormis l’harmonium, il joue tous les instruments. Piano et glockenspiel donc, mais aussi violon électrique, cloches et sheng, un instrument à vent asiatique venu du fond des temps. Certes, il y a aussi de la basse et de la guitare, mais rendus totalement méconnaissable par l’utilisation qu’en fait Cale. Le bourdonnement glauque se nichant dans "Lawns Of Dawn" semble provenir d’une basse ? Une guitare doit bien être maltraitée dans le fatras apocalyptique de "Facing The Wind" ? Il est bien difficile de l’affirmer. L’approche conventionnelle n’est pas envisageable, et tous les choix de Cale se font en fonction de cet harmonium indomptable. Ainsi, il donne vie à une sorte de monstre de Frankenstein musical, un patchwork morbide en quête d’humanité. L’accompagnement parfait pour la voix incroyable de Nico, celle d’une jeune ingénue possédée par l’âme d’une Reine des Enfers.


Et que dire des compositions ? Une chose est certaine, à l’époque, on n’attendait pas tellement l’ex égérie de Fellini sur ce terrain. Nico était alors considérée comme une interprète pleine de charme et de personnalité, mais elle n’avait jamais chanté autre chose que les compositions de ses prestigieux anciens amants. Décomplexée par les conseils de Jim Morrison, elle va se découvrir auteure, et pas n’importe laquelle : car en terme de noirceur et d’originalité, elle dépasse sans mal même ses concurrents les plus torturés. Ses chansons dégagent un parfum de contes légendaires pour enfants vraiment pas sages ou psychopathes précoces. Comme si les titres avaient été écrits il y a des siècles, par un croquemitaine reclus,  saturé de tourments et de rancunes. Les textes dépeignent un monde en ruines aux paysages désertiques et glacials, peuplés de forces obscures et maléfiques. Dans ses instants les plus sombres, The Marble Index est un véritable film d’épouvante expérimental prompt à repousser les oreilles fragiles. La montée en puissance inéluctable de l’effroyable "Evening Of Light", le chaos létal de "Facing The Wind", son piano martelé et sa chanteuse séquestrée par quelques esprits frappeurs, le climat étouffant de "Lawns Of Dawn"… Ces véritables instants de terreur ne sont même pas nuancés par les moments les plus « tendres » de l’album, tant ils reflètent la tristesse insondable d’une inadaptée incurable.


Puisqu’"Ari’s Song" est une chanson dédiée à son fils, on espère une certaine démonstration de bienveillance ? Perdu. Les ultrasons qui ouvrent le morceau sont déchirants au-delà de l’imaginable. C’est bien un berceuse que susurre Nico, mais la plus désespérante qui soit. « Now you see that only dreams can take you where you want to be », le prévient-elle. Non reconnu par son père, le très élégant Alain Delon, le jeune Ari devra vite se faire aux cruels aléas de la réalité. "No One Is There", apparemment dédiée à Richard Nixon, semble avertir l’auditeur d’un danger imminent et invisible. John Cale y concocte une somptueuse polyphonie de violons moroses pour accompagner la prophétie macabre de la chanteuse. Rarement juste du temps du Velvet Underground, le chant de Nico est désormais clouant, d’une majesté tourmentée. Sur le final de "No One Is There", sa voix est dédoublée pour se perdre en échos célestes, pendant quelques secondes d’une beauté transcendante, à vous coller la chair de poule pendant des semaines. Car là est bien la grande ambiguïté du disque : en remuant la mauvaise conscience du monde, en pointant du doigt l’horreur nichée dans les moindres recoins de l’existence, Nico et John Cale parviennent à bâtir une musique belle à crever. A l’image de l’exceptionnelle "Frozen Borderline", une menace étrangement zen proférée par une chanteuse en état de grâce, portée par Cale et ses longs larsens somptueux, se délitant peu à peu en une pluie de poignards scintillants venus lacérer vos tympans et les initier aux plaisirs de la torture. 


En pleine période psychédélique, inutile de préciser que The Marble Index, avec son intransigeance européenne, s’est sévèrement planté. « Le suicide se vend très mal », analysera John Cale, plaisantant à peine. En studio, les géniteurs de The Marble Index ont passé leur temps à se hurler dessus, abrutis à l’héroïne. Mais lorsque John fit écouter les premières bandes du disque à Nico, cette dernière, en général peu démonstrative niveau émotions, fondit en larmes. « Oh, John, c’est si beau », réussit-elle tout juste à bégayer. Et ça l’était. Jamais Nico, femme fatale, mascotte ironique du quart d’heure de célébrité inventé par Warhol, ne se serait pensée capable d’une œuvre si bouleversante, très loin de l’univers superficiel et préfabriqué de la Factory. Ce n’était pourtant que le premier chapitre d’une discographie certes peu fournie mais unique en son genre, à laquelle vont bientôt se référer les inventeurs d’un tout nouveau courant au romantisme exacerbé et funèbre : la musique gothique.

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Commentaires
Peter, le 14/05/2018 à 17:55
Succomber au chant envoûtant de Nico, se laisser bercer par l'atmosphère mélancolique (que d'aucuns auront tôt fait de qualifier de mortifère...) qui en émane, passer complètement à côté de "Nico 1988" (n'adhérer qu'à de rares moments au jeu "improbable" de Trine Dyrholm dans le rôle-titre), s'en remettre en écoutant en boucle "My Only Child" sur Desertshore, et goûter avec délice à cette analyse, et attendre avec impatience les prochaines... Merci pour ce moment !
remi, le 11/05/2018 à 20:06
Merci pour cette belle analyse, et la découverte d'un album aussi original que bouleversant ! A vite pour l'analyse des prochains chapitres ;)
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