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Critique d'album

Iron Maiden


Somewhere in Time


(29/09/1986 - EMI - New Wave of British Heavy Meta - Genre : Hard / Métal)
Produit par Martin Birch

1- Caught Somewhere in Time / 2- Wasted Years / 3- Sea of Madness / 4- Heaven Can Wait / 5- The Loneliness of the Long Distance Runner / 6- Stranger in a Strange Land / 7- Déjà-Vu / 8- Alexander the Great
Note de 4/5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"Heavy spatial"
François, le 14/03/2026
( mots)

En août 1984, alors que les cinq premières dates du World Slavery Tour sont données en Pologne (à Varsovie, Lódz, Poznan, Wroclaw, Zabrze et Zeltweg), Bruce Dickinson est amené à discuter un fan de ce pays d’au-delà du Rideau de Fer. Après avoir déclaré son amour pour le Heavy Metal, ce dernier confesse son espoir de voir les musiques saturées adopter les synthétiseurs. Après tout, cette nouvelle lutherie électronique a les grâces des musiciens et du public dans les années 1980.


Le chanteur d’Iron Maiden est catégorique : "Tu ne peux pas jouer du Heavy Metal avec des synthétiseurs".


À cette date, Dickinson peut déjà être considéré comme un homme d’une bien mauvaise foi. On s’étonne de tels propos de la part d’un amateur de rock progressif reconnu, un genre musical où les claviers analogiques étaient souvent rois, de même que de la part d’un enfant du hard-rock britannique dont l’une des grandes caractéristiques était la présence d’orgues ampoulés (Deep Purple, Uriah Heep, Atomic Rooster) aux sonorités parfois expérimentales (Led Zeppelin, en particulier à partir d’Houses of the Holy en 1973). En outre, les débuts de la New Wave of Heavy Metal ne se sont pas privés de l’apport des synthétiseurs, comme en témoignent Saracen, Praying Mantis (que Di’Anno a toujours méprisé) ou White Spirit, dont les premiers sont d’une qualité remarquable à défaut d’avoir eu un impact historique substantiel (respectivement Heroes Saints and Fools en 1981, Time Tells No Lies la même année et White Spirit en 1980). Tout cela, Bruce Dickinson ne pouvait pas l’ignorer, d’autant plus que son ancien combo, Samson, avait intégré les synthés dès 1982 sur Before the Storm.


Ironiquement, c’est ce même chemin que suivra Iron Maiden en 1986 avec Somewhere in Time.


Pour la défense de Dicksinson, ce dernier avait beaucoup composé pour ce nouvel opus, mais ses morceaux ont tous été rejetés au profit des idées d’Adrian Smith, très influent sur cet opus : on peut donc y voir un musicien réduit à son seul rôle interprète, rancunier ou au moins dubitatif quant à l’évolution du groupe. En outre, le groupe est facétieux : il n’y a pas, à proprement parler, de synthétiseurs sur Somewhere in Time, mais des guitares et une basse synthétiseurs qui permettent aux membres du groupe d’adopter les sonorités des 80s sans faire appel à un claviériste. Enfin, il y a un contexte qui pourrait expliquer le jugement définitif du chanteur en 1984 : peut-être était-ce une attaque contre ses compatriotes de Def Leppard et plus largement, contre la scène Hard FM en plein essor, qui venait concurrencer les pionniers de la NWOBHM ? D’autant plus qu’avec l’essor parallèle du Thrash Metal aux États-Unis, Iron Maiden devait trouver un moyen pour se renouveler au risque d’être dépassé par sa droite ou par sa gauche (à vous de choisir la direction du Thrash et du Glam Metal).


L’adoption des (guitares) synthétiseurs confère de nouvelles sonorités et permet un approfondissement de la dimension progressive de l’album également portée par un très long travail d’écriture et de production au coût vertigineux (en partie du fait de nombreux déplacements internationaux entre Nassau, New York et les Pays-Bas). Un grand soin est aussi porté à la pochette, souvent considérer comme l’une des plus époustouflantes de leur discographie tant elle regorge de détails faisant référence à la culture populaire ou savante et à l’œuvre ou à l’histoire du groupe. En suivant les enseignes, on pourra passer de la "Phantom Opera House", à l’"Aces High Bar" ou à l’"Ancient Mariner Seafood Restaurant", selon ses préférences culinaires.


En matière de progressivité, les (guitares) synthés ne font pas tout. L’écriture se complexifie également et fait apparaître, ou plutôt impose, un nouveau format qui s’était actualisé avec "Powerslave" : celui du morceau Heavy étendu, dépassant allégrement les cinq minutes grâce à des rebondissements imaginatifs. Ainsi, vont "Caught Somewhere in Time", le chef-d’œuvre trop négligé "The Loneliness of the Long Distance Runner", ou encore "Heaven Can Wait" qui pêche légèrement par les lignes de chant du refrain (mais les chœurs et les traits de guitare léchés typiques des 80s lui confèrent un beau potentiel sur scène). Cette recette associant efficacité et construction ambitieusement dense est une innovation très heureuse qui participe beaucoup à la qualité de l’opus. Certes, Iron Maiden redouble de prétention avec la fresque épique et historique "Alexander the Great", ornée de développements instrumentaux centrés sur les guitares très bien menées, mais dont les couplets souffrent de lignes de chant scandées de façon trop heurtées, un peu à la manière du rap. Cette mise en musique de l’épopée du conquérant macédonien demeure néanmoins l’une des longues pièces les plus mémorables de la carrière du groupe.


La Vierge de Fer continue également d’offrir des titres énergiques, tous plus réussis les uns que les autres : "Deja-Vu", dont une ligne mélodique est un écho à "The Loneliness of the Long Distance Runner", "Sea of Madness" avec son riff de biker, son refrain prenant et son pont très années 1980, "Stranger in a Strange Land" qui est un parangon du son du groupe sur cet album et possède un beau un solo enlevé. Mais c’est bien l’excellent "Wasted Years" qui se démarque le plus, au point de pouvoir prétendre à être inscrit dans la lignée de "The Trooper" ou "Aces High".


Chef-d’œuvre, Somewhere in Time ouvre une nouvelle ère pour Iron Maiden qui adopte de nouvelles sonorités synthétiques et une écriture toujours plus progressive ; une évolution dont l’aboutissement sera Seventh Son of a Seventh Son en 1988 - avec de vrais synthétiseurs cette fois-ci.


À écouter : "Wasted Years", "The Loneliness of the Long Distance Runner", "Caught Somewhere in Time"

Commentaires
FrancoisAR, le 16/03/2026 à 07:42
Je me permets d'intervenir (pour éviter toute confusion avec l'autre François, j'ajoute AR derrière mon prénom pour AlbumRock - je suis l'auteur de la chronique). Je suis plutôt d'accord avec @Sébastien et je vais même être très sévère dans ma réponse à @Daniel : les artistes rock/metal peuvent surprendre par les thèmes traités (en l'occurrence, je suis plutôt client du tournant intellectuel d'Iron Maiden) et savent jouer sur la musicalité des paroles (en faisant des rîmes, c'est déjà ça), mais ce ne sont pas de grands littéraires et ils surestiment tous la qualité de leur écriture - pour preuve, leur culture littéraire qui reste très en surface (les références, très classiques, qu'ils manipulent en témoignent). Ainsi, le prix obtenu par Dylan est dû à la démagogie du jury. Par conséquent, les paroles peuvent être intéressantes pour une analyse socioculturelles, mais elles sont très pauvres d'un point de vue littéraire (du niveau des poèmes d'étudiants en L1, ou de lycéens) et on peut largement se contenter d'apprécier la musicalité du chant sans en apprécier le fond. Sinon, merci pour les retours sur la chronique !
François, le 15/03/2026 à 16:49
Autant les textes m'intéressent pour les artistes français (forcément, puisque je les comprend), autant pas du tout pour les artistes anglophones. Celles que je comprend sont souvent assez faibles (c'est une constante dans la pop au sens large) et j'ai la flemme de traduire. On peut aussi considérer la voix comme un instrument à part entière. Quant au qualificatif de "limité" (tout est relatif), je voulais signifier que la construction de leurs morceaux sont souvent semblables, les "cavalcades" de guitares, le duo de solos Murray - Smith... C'était Lars Ulrich qui avait d'ailleurs dit "ils ont toujours fait le même disque". Mais j'en ai quand même quatre dans ma CDthèque (dont celui-ci, pour les trois titres mentionnés). Et effectivement, cela peut s'appliquer à de nombreux artistes, de tous styles mais particulièrement à partir de l'arrivée du punk dans la musique populaire, éclipsant les "musiques de musiciens" telles le jazz fusion et le rock prog : simplification des formats, disparition progressive des solos, montées en puissance de l'électronique et du marketing...
Sébastien , le 15/03/2026 à 15:49
C'est un débat particulièrement intéressant. J'ai longtemps pensé exactement comme vous et ce d'autan que j'avais une véritable passion pour les "grands auteurs" de la chanson francophone. Comment peut-on réellement aimer quelque chose qu'on ne comprend pas ? Mais désormais, c'est presque l'inverse : l'incompréhension des paroles me permet de me focaliser sur la dimension musicale. Et d'ailleurs, c'est bien souvent le fait de comprendre les paroles des chansons francophones qui m'empêche d'y adhérer réellement. Leur pauvreté m'exaspère. Au moins, avec les chansons anglophones, je passe (en partie) à côté de ce problème. Je me doute bien que je passe à côté de quelques grands textes, mais si cela me permet d'apprécier l'aspect mélodique de 90 % des autres productions ? Par ailleurs, notons que nous avons tous déjà eu un coup de cœur pour une chanson que nous ne comprenons pas. Et ce d'autan que nous ne pouvons pas maîtriser toutes les langues de la planète. N'y a-t-il pas quelques choses de fascinant à ce que francophone, hispanophone ou arabophone, tous préfèrent écouter "Highway to hell" plutôt qu'un autre titre ? N'y a-t-il pas quelque chose qui dépasse les paroles ? Pour conclure, je reprendrai la réponse d'une Anglaise à un de mes amis qui lui demandait de traduire ce que disait Jimi Hendrix dans une de ses chansons : "je ne sais pas. Je n'écoute jamais les paroles."
DanielAR, le 15/03/2026 à 14:57
Je ne cherche absolument pas à polémiquer (j'ai horreur des engueulades stériles) mais le sujet me passionne vraiment. J'éprouve de la peine à comprendre comment on peut se passionner pour une forme d'art dont on ne "comprend" pas la moitié (ou dont on "se prive" de la moitié). Instrumentaux mis à part, le rock comporte de la musique et des textes. Je ne prétendrai pas que tous les textes sont intéressants mais, à tout le moins, il existe une ribambelle d'artistes rock qui "expriment" dans leurs textes des choses fort intéressantes. Parfois même autant, voire plus, que dans leur musique. N'écouter que les mélodies de The Kinks, Springsteen, Peter Gabriel, Bob Dylan, Patti Smith, Neil Young, Sparks, David Bowie, Nirvana, The Clash, ..., équivaut à se priver pratiquement de l'essentiel. Je ne me sens pas capable d'adhérer à une forme d'art à laquelle je ne comprendrais rien. C'est comme regarder "Star Wars" en noir et blanc. Ou "Apocalypse Now" sans le son. C'est incomplet. Et c'est précisément la raison de ma bouderie avec Maiden. Tant que le groupe parlait de "son monde", il le faisait avec talent, sincérité et ferveur. Mais quand Steve Harris a viré sa cuti pour pratiquer ce qui lui semblait être un "art supérieur", il s'est planté. Il n'avait pas le niveau pour adapter Coleridge pour "Rime Of The Ancient Mariner". C'est un peu comme si Trust avait adapté la "Légende des Siècles" de Victor Hugo. Ou si Johnny Hallyday avait réécrit "Hamlet" (lui, il l'a fait en vrai)... Bon, à ce moment-là, Dickinson sauvait encore l'essentiel en chantant avec une relative conviction. Mais quel ennui de voir ce truc se traîner sur scène. C'était vraiment pénible. Avec "Alexander...", Harris a encore passé un cap. Il ne maîtrise absolument pas ce dont il parle et il s'exprime avec des clichés réducteurs. Et Dickinson ne sait pas absolument pas ce qu'il chante. Réécoutons "Prowler" ou "Running Free"... Par la suite, le mythe du septième fils du septième fils a encore été plus mal abordé. Là, j'ai fui. Lâchement, probablement. Je ne fais pas de l'élitisme à deux balles. Mais il y a des domaines où l'amateurisme reste sympa sans plus. Harris a, selon ma modeste analyse, été clairement victime du Principe de Peter. Et ça a fait basculer le groupe dans une dimension qui ne luis convenait plus du tout. Ceci dit, il y a évidemment des problèmes plus graves... Paix sur Terre, petits rockers !
Sébastien , le 14/03/2026 à 19:18
Je suis plus sensible aux albums de la période 80-84 mais j'aime bien aussi celui-ci, notamment l'imparable "Wasted Years". Merci pour cette agréable chronique. Pour les paroles, je pense que ce n'est pas ce qu'écoute en priorité un amateur de rock... Quant à l'aspect "limité" du groupe, je ne comprends pas bien ? Si c'est le côté "répétitif" de la musique d'Iron maiden, je pense que c'est une critique que l'on peut faire à 90 % des groupes de rock, d'AC/DC à Nirvana en passant par les Stones, les Ramones, Motörhead et tant d'autres. On peut même étendre aux artistes de tous les genres.
François, le 22/02/2025 à 11:56
Ah ah ! J'avoue ne pas m'intéresser aux lyrics (en langue étrangère), même si je connais certains vers par cœur. C'est plutôt le côté "limité" de ce groupe qui me pose problème, même s'il demeure une "Madeleine de Proust" de mon adolescence.
DanielAR, le 21/02/2025 à 18:57
Et trois titres sur huit, ça ne fait malheureusement pas la moyenne. Cet album est à l'origine de mon "divorce" avec Maiden (ce dont le groupe se fiche probablement éperdument). C'est le titre "Alexander The Great" qui est à l'origine de notre brouille éternelle. "Il s'appelait Alexandre / A dix-neuf ans, il est devenu le roi de Macédoine / Il a juré de libérer toute l'Asie Mineure / Au bord de la mer Égée / En 334 avant Jésus Christ / Il a exterminé les armées de Perse..." Même Manowar (pourtant rompu aux contrefaçons militaires) n'a jamais osé proférer des banalités pareilles. Et je continue de plaindre ce pauvre Dickinson qui devait chanter des textes qui seraient refusés aujourd'hui sur Wikipedia. Je comprends pourquoi il opté pour l'escrime et le pilotage...
François, le 21/02/2025 à 14:26
Trois "gold" au menu de ce Maiden circa 1986, qui cède aux "guitar-synth", époque oblige : Caught somewhere in time, Wasted years et Stranger in a strange land (ces deux derniers de la plume d'Adrian Smith), avec de remarquables solos. Le reste est du Maiden pur jus (ils n'auront pas beaucoup évolué, faut dire) mais peine à se hisser à ce niveau d'excellence.