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Critique d'album

Dire Straits


On Every Street


(10/09/1991 - Mercury Records - - Genre : Rock)
Produit par

1- Calling Elvis / 2- On Every Street / 3- When It Comes To You / 4- Fade To Black / 5- The Bug / 6- You And Your Friend / 7- Heavy Fuel / 8- Iron Hand / 9- Ticket To Heaven / 10- My Parties / 11- Planet Of New Orleans / 12- How Long
Note de 4/5
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Note de 2.0/5 pour cet album
"Deus Ex Machina"
Julien, le 06/01/2026
( mots)

Conclusion anecdotique, épilogue dispensable : autant d’expressions que l’on a longtemps accolées au dernier album studio de Dire Straits. Comme si le groupe s’était heurté à ce mal discret mais tenace de l’achèvement manqué, ce faux pas final que l’on retrouvera plus tard dans certaines grandes séries : de Lost à Dexter, en passant, oui, par Game of Thrones.
Et pourtant, tout laissait penser que Dire Straits s’apprêtait à se retirer par la plus grande des portes. La longue et éprouvante tournée de Brothers in Arms semblait avoir mené le groupe à l’aboutissement naturel de son parcours. Le concert grandiose de 1988, donné pour l’anniversaire de Nelson Mandela, prenait alors des allures de dernière révérence, pour Mark Knopfler et ses compagnons. S’ensuivit la parution du best of Money for Nothing, la même année, comme une manière de sceller l’héritage des Britanniques dans le panthéon du rock.


Difficile, à première vue, de saisir ce qui pousse Dire Straits à refaire surface six ans après la parution de son précédent album. Les plus cyniques invoqueront sans doute l’appel de l’argent. Les raisons qui animent Mark Knopfler semblent pourtant ailleurs, plus intimes.
Depuis toujours, le chanteur-guitariste originaire de Glasgow nourrit une affection profonde pour les terres sonores de la country et du folk. Un goût pour la retenue, pour la simplicité, qui entre en friction avec la sophistication avancée de Brothers in Arms. Un disque d’une maîtrise éclatante, mais d’une densité jugée parfois écrasante. Dès lors, pourquoi ne pas mobiliser la machine Dire Straits afin d’exposer ces inspirations à l’immense public que le groupe sait fédérer ? Reste que l’ampleur même de Dire Straits impose un héritage sonore auquel il est impossible d’échapper. On Every Street se déploie ainsi dans cet entre-deux fragile : tiraillé entre la fidélité à son histoire et le désir d'ouvrir une parenthèse, plus personnelle, vers d’autres horizons musicaux. 


Ce goût pour l’épure se perd complètement dans ce disque, dont la production sophistiquée écrase tout relief. Knopfler qui a mis les moyens humains pour que ce sixième album voie le jour ; il a convaincu les batteurs Manu Katché et Jeff Porcaro (Toto) de rejoindre l’aventure et d'enregistrer dans les studios l’historique producteur de The Beatles, George Martin. On retrouve ainsi une orchestration, surchargée jusqu’à la démesure sur "Tickets to Heaven", titre symbolique annonçant la trajectoire solo, à venir, de Knopfler. Cette dernière qui étouffe les inspirations folks du morceau, qui aurait pourtant gagné à se révéler dans sa forme la plus simple et dépouillée. "My Parties" et "Fade To Black" prolongent cette tentative de minimalisme, frôlant parfois le registre crooner. Mais l’effet se dilue dans des longueurs disproportionnées, et l’intérêt s’éteint peu à peu, laissant derrière lui une atmosphère terne, renforcée par des interventions de cuivres maladroites qui semblent écraser plutôt qu’enrichir les morceaux. Le titre éponyme, "On Every Street", incarne le paradoxe de ce disque. Sa première moitié, piano-voix, s’étire, fade et insipide, comme si la musique hésitait à se révéler, reflet d’une idée musicale qui peine à s’imposer. Et puis, soudain, le morceau prend son envol : une guitare ensorcelante tourbillonne, s’élève dans une boucle rythmique ascendante, entraînant avec elle les sons, les émotions et l’auditeur. Autre instant marquant de cet ultime effort des Britanniques, "When It Comes To You" se distingue sans hésitation. Du début à la fin, le morceau s’impose avec une puissance contenue, puisant dans des influences blues d’une élégance discrète. La guitare de Knopfler, charismatique et enivrante, dialogue avec sa voix pleine de sensibilité, tissant un équilibre parfait entre magie instrumentale et émotion contenue. Ici, tout semble trouver sa place, dans un morceau où la sobriété apparente révèle, paradoxalement, sa puissance expressive.
Pour le reste, excepté peut-être "You And Your Friend", Dire Straits semble avoir perdu ce fil alchimique qui tisse ses mélodies intenses et capable de créer un lien captivant entre les différents instruments. Lorsqu’ils s’attaquent à des morceaux plus conformes aux sonorités classiques du groupe, l’excès prend souvent le pas. Pour donner de la consistance à cet album, Knopfler choisit de durcir certaines compositions, inspiré par l’énorme succès de "Money For Nothing" issu de l’opus précédent. Le résultat : un morceau comme "Heavy Fuel", construit sur des riffs imposants, des paroles cyniques et une voix orgueilleuse, déborde d’une testostérone excessive et mal venue.


Un modèle similaire, quoique moins caricatural, se retrouve sur "Calling Elvis", où Knopfler joue sur la nostalgie du King et énumère ses plus grands hits. Mais là encore, le morceau ne décolle jamais vraiment, plombé par un riff redondant qui rappelle, ironiquement, les critiques de Brothers In Arms, accusé de prolonger certaines compositions au-delà du raisonnable. Le single de On Every Street devient alors l’incarnation même de cette monotonie complaisante. Ne reste, dès lors, que "Planet of New Orleans" comme une oasis au milieu du désert pour les fans les plus radicaux de la formation britannique. Mais un beau solo de guitare suffit-il vraiment à faire renaître les gloires des productions passées ? À l’écoute de l’intégralité de cette piste, la réponse paraît tout sauf évidente.
Ce manque d’inspiration et cette lassitude se font sentir autant chez les auteurs que chez l’auditeur, particulièrement dans la dernière facette stylistique de l’album. Sur "How Long", Knopfler déploie ses influences country, sans que le morceau ne prenne véritablement vie, tandis que "The Bug" apparaît comme une reprise trop convenue, désincarnée, de "Walk Of Life". On n’osera pas parler de paresse chez Mark Knopfler, mais plutôt du témoignage d’une aventure arrivée à son terme : celle d’un groupe formé treize ans plus tôt et qui avait déjà atteint son apogée.


Pour la première fois de sa carrière, Dire Straits paraît dépassé par l'époque. Le groupe, habituellement si enclin à déjouer les tendances musicales, se trouve ici pris au piège de son propre décalage volontaire. Sans doute y a-t-il eu trop de temps entre Brothers In Arms (1985) et On Every Street (1991). Un début de décennie où tout allait très vite, où U2 et R.E.M. régnaient en maîtres, juste avant la tornade Nevermind de Nirvana, sortie vingt jours après On Every Street. Loin de moi l’idée d’assimiler les Britanniques à un groupe has-been, mais il semble que le public ait déjà consommé son deuil lorsque ce dernier album paraît. Il devient alors moins une révolution qu’une relique d’une époque révolue. Cela n’empêchera pourtant pas le groupe de partir pour une ultime tournée monumentale (229 dates) de celles que donnent les groupes appartenant à la légende du rock. Un choix, difficilement compréhensible au regard des répercussions de la tournée précédente. On imagine alors la gentillesse intrinsèque de Knopfler s'exprimer une dernière fois, désireux de satisfaire son public aux quatre coins du monde. Le résultat, cependant, est sans appel, et les conséquences sont radicales, exprimées en termes clairs par le leader britannique lui-même :
"Je ne veux plus entendre parler de Dire Straits pendant au moins dix ans."
Près de 34 ans plus tard, plus personne n’a entendu parler de Dire Straits autrement que par ses réalisations passées et son héritage. Un héritage auquel ce dernier album ne rend, vous l’aurez compris, que peu d'honneur. Dommage pour un groupe fort de si belles réalisations et exploits au cours de ses cinq albums précédents. Cela n’empêchera pas Mark Knopfler de continuer à rendre hommage à Dire Straits et à son public, désireux de le voir interpréter les morceaux du groupe au fil de sa carrière solo ; ce qu’il fera régulièrement, avec parcimonie. L’occasion est donc parfaite pour conclure cette série de chroniques sur l’œuvre studio de Dire Straits par ces quelques mots prononcés par Knopfler lors d’un concert à Londres, en 2009 :


"I really like to play the old songs but I've got to try keep something up in them that is the song  because they are landmarks for people. The songs are milestones for people in their lives and they use with them to live with and I love that."
("J’aime vraiment jouer les anciens morceaux, mais je dois essayer d’y préserver quelque chose de l’âme de la chanson, car ce sont des repères pour les gens. Ces chansons sont des jalons dans leur vie, ils les utilisent pour vivre avec, et j’adore cela.").


 


A écouter : "When It Comes To You" ; "On Every Street".

Commentaires
Quentin, le 06/01/2026 à 19:12
Et pourtant "You and Your Friend", mais quel morceau...
JéréProg, le 06/01/2026 à 12:00
Ah On l’attendait ce nouveau Dire Straits, moi ado à l’epoque mais déjà fan ! ! Le clip (génial) de calling Elvis nous faisait saliver. J'ai toujours aimé ce morceau original long, certes mais avec un Jeff Porcaro impeccable et sympathique solo de guitare. Alors oui Julien, comme toi, à l'achat de l'album j'ai été déçu. J'attendais bien sûr quelque chose de plus rock ... Ces comptines de Crooner, le côté un peu jazz d'un morceaux casse la dynamique de l'album. Mais je préfère largement The bug à Walk on life.. La chanson-titre est magnifique, merci jeff, encore...( mes 2 batteurs préférés de tout les temps présents sur le même album !! ) Bref, un album trop long, avec quelques morceaux un peu tristounes... Mais qui reflète parfaitement les goûts musicaux de son géniteur ... Sa carrière solo le révélera totalement.. Un bon album quand même, à la mise en son magnifique, Toujours un plaisir de le réentendre. Alors pour moi, plus trois étoiles et demi que deux. Et pour Money for nothing , ce sera l’inverse ;-) Plus trois étoiles et demie que 5. Merci pour tout ce travail de classement et tes commentaires !