
Point Blank
Point Blank
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À bien des égards, le Texas apparaît comme l’État le plus emblématique du Sud des États-Unis, représentant tous les excès du capitalisme extractiviste américain, la mentalité conservatrice voire passablement raciste, et la vie fantasmée de cowboy millionnaire. Houston, Austin, et bien sûr Dallas, autant de villes associées au Lone Star State qui suscitent un imaginaire cinématographique nourrie par des décennies de soft power étatsunien. Quant au Río Grande, il dessine plus élégamment la frontière poreuse avec le Mexique que n’importe quel mur, qui ne saurait gommer les hybridations culturelles d’un territoire autrefois mexicain, et cosmopolite depuis deux siècles.
Sur le plan musical, en l’occurrence en ce qui concerne le rock, le Texas semble se situer à la marge de la dynamique. C’est d’abord une périphérie du rock psychédélique californien qu’il subvertit avec une dimension Heavy (13th Floor Elevators, Josefus) et bien sûr, il ne devient une place forte qu’en s’appropriant le blues dans une version saturée : l’avènement de ZZ Top en 1970 offre enfin au Texas son groupe emblématique. Paradoxalement, malgré son inscription dans le Sud profond et son statut d’ancien membre de la Confédération (figurant parmi les premiers États sécessionnistes), le Texas n’a pas vu émerger de scène Southern Rock, à l’exception tardive de Point Blank.
Actif depuis 1974, le groupe cultive des liens avec ZZ Top puisque c’est Bill Ham, le producteur du trio barbu, qui le repère puis le prend en charge, permettant ainsi son émergence auprès du grand public. Il faut également souligner une proximité esthétique, car si Point Blank est bel et bien un groupe de rock sudiste, il se gargarise également de porter le flambeau du blues-rock à la manière de la locomotive texane. Le combo ouvre même son premier album sur le bluesy "Free Man", qui gagne en énergie dixie au moment du solo, suivi par "Moving" dans un style très proche de ZZ Top (auquel il emprunte le sens de la cadence et même certains plans) auquel Point Blank ajoute des aspérités sudistes. Le blues irrigue encore "Bad Bees" dans une interprétation plus convenue.
Rayon Southern-Rock, il faut d’abord mettre en avant la voix rauque de John O'Daniel, qui rapproche le groupe de Molly Hatchet, mais surtout rendre hommage à plusieurs compositions remarquables, à commencer par l’excellent "Wandering" qui, malgré sa longueur, a tout de l’hymne sudiste – jusqu’au contraste entre un riff puissant accompagné de magnifiques lignes épiques de guitares jumelles et des couplets bien plus apaisés. Plus loin, le groove de groovy "Lone Star Fool" répond à "That's the Law", qui épouse les mélodies de Creedence Clearwater Revival avec des stéroïdes, avant de devenir jazzy au moment du solo à la manière des Allman Brothers, une orientation qu’on retrouve sur "In This World", cette fois-ci mise au profit de beaux dialogues de six-cordes. Enfin, la ballade "Distance" déploie une ambiance éthérée fleurie de belles interventions, qui amènent à un final puissant, attendu mais très appréciable.
Certes, le Texas demeurera un territoire secondaire du Southern-Rock en comparaison avec la Floride et la Géorgie, mais ses quelques incursions sporadiques, avec Point Blank d’abord puis Whiskey Myers beaucoup plus tard, seront toujours impressionnantes. Il s’agissait de miser sur la qualité plutôt que sur la quantité.
À écouter : "Wandering", "Moving", "That's the Law", "Distance"
















