
Osees
Abomination Revealed At Last
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1- Abomination / 2- Sneaker / 3- God's Guts / 4- Infected Chrome / 5- Glue / 6- Ashes 2 / 7- Coffin Wax / 8- Ashes 1 / 9- Fight Simulator / 10- Protection / 11- Glass Window / 12- Glitter-shot


Les Thee Oh Sees (dont le nom oscille avec Osees) viennent tout juste de nous révéler leur dernier album, Abomination Revealed At Last, qui s’inscrit dans l’apparent objectif de rentabilité annuelle du groupe. Aussi furieux que les précédents, ce nouvel épisode nous plonge encore une fois dans l’univers des ténèbres psychédéliques et des monstres de série B.
Dans cet univers, nous rencontrons des guitares branchées à fond sur des tas d’effets délirants, la patte du groupe, couplées à des jeux batterie virtuoses qui rappellent certaines formes extrêmes de metal. D’autant plus que les gars sortent tout juste d’une phase punk rock hardcore dont les stigmates se ressentent encore à travers le son et surtout dans cette façon qu’à John Dwyer de vociférer sur certains titres. Ame sensible s’abstenir.
Ainsi, la signature qui a toujours été celle du groupe, au travers de différentes circonvolutions, peut parfois créer une distance entre leur musique et un public qui serait non averti. Sur « Coffin Wax », tout le monde est parfaitement en place et cogne avec cœur son instrument mais les cordes semblent tellement engluées dans leurs pédales d’effets qu’on ne peut s’empêcher d’interroger la pertinence de cette étrange rencontre entre le hardcore et la musique psyché. C’est ce second versant, largement assumé sur l’album, qui nous rappelle que Thee Oh Sees est avant tout un groupe ancré dans la tradition californienne du psychédélisme qui, s’il avait mis de côté cet aspect ces dernières années, renoue pleinement avec en faisant explicitement référence à son Mutilator Defeated At Last de 2015. Les leads de guitare bourrés de fuzz font ainsi leur retour triomphant. De la musique pour l’esprit donc, quitte à en faire peut-être un peu trop avec le phaser et la distorsion.
On se retrouve ici avec des morceaux aussi virulents que ceux présents sur A Foul Form (2022), comme « Fight Simulator », mais frelatés avec des interludes vaporeux qui peuvent faire penser aux expérimentations de Panther Rotate (2020), essaierait on de livrer une œuvre toit à toute cette (riche) discographie ? Les titres sont relativement courts, loin des épopées acides des premiers temps, et possèdent pour la plupart ce côté brutal que l’on retrouve particulièrement avec le chant et les déflagrations émises par la batterie. Un peu comme sur l’album précédent, SORCS 80 (2024) où l’on croyait pratiquement entendre par endroits des tentatives de death metal. Le line-up changeant de Thee Oh Sees semble ainsi avoir voyagé aussi bien à travers les styles que les âges au cours de ce périple long de presque deux décennies.
En fait, tout ce glorieux vacarme n’a pas empêché Dwyer et sa bande de pondre des mélodies vraiment savoureuses, sur des morceaux où le dosage des ingrédients rend la recette digeste, comme « Glue ». La question reste de savoir si l’on accepte de supporter quelque chose comme « Ashes 2 » ou « Ashes 1 » tout en évitant dès l’introduction de se laisser déconcerter par « Abomination » et ses curieuses phrases. En fin de compte, cet album est peut-être la synthèse plus ou moins aboutie, mais techniquement bien exécutée car l’œuvre conserve une certaine cohérence de bout en bout, de l’univers propre à l’un des groupes reconnus les plus singuliers de son temps.