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My Morning Jacket
Z
Produit par John Leckie, Jim James
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Dans le petit milieu de l’indie rock américain, My Morning Jacket fait figure de fer de lance par son côté retro et décalé, définitivement en marge du branché, distillant une sorte de country expérimentale dans les pas de Wilco. De quoi se faire une petite renommée. Et pourtant, au milieu des années 2000, le groupe originaire du Kentucky est au bord de l’implosion. Après la sortie de leur troisième album, défendu sur scène lors de tournées harassantes, le groupe subit la défection du guitariste Johnny Quaid et du claviériste Danny Cash. Le chanteur Jim James se pose la question de poursuivre l’aventure mais décide finalement de faire passer des auditions avec à la clé le recrutement de Carl Broemel et Bo Koster, dont les arrivées insufflent un nouveau vent de créativité.
Prenant le contrepied des opus passés, la bande de Louisville n’enregistre pas dans sa ville natale mais s’enferme en studio et s’entiche des services du producteur John Leckie, connu pour son travail avec Pink Floyd, les Beatles, les Stone Roses mais surtout pour The Bends de Radiohead. L’arrivée de Carl Broemel et Bo Koster ouvre des perspectives instrumentales nouvelles, enrichissant l’univers psychédélique du groupe de sonorités variées de pedal steel guitar, saxophone, claviers Moog et Fender Rhodes sur lesquelles viennent se poser plusieurs couches de réverbération. Avec un son plus dense, compact et accrocheur, My Morning Jacket se réinvente et fait preuve d’une liberté grisante.
La pulsation électro "Wordless Chorus" qui lance l’album sur fond d’acrobaties vocales et de pizzicatos hawaïens entérine ce changement de cap loin de l’americana des premiers albums. Le groupe joue et se joue de nous, passant du rock garage marqué au fer des années 1990 sur "What a Wonderful Man" à la valse complétement allumée de "Into the Woods" où la voix lointaine de Jim James nous rappelle même un peu "Don’t Leave Me Now" du Floyd. Les Américains parviennent à exceller dans tous les styles, que ce soit sur la rythmique reggae chaloupée de "Off the Record" et sa coda brumeuse ou sur la frêle et sensible ballade "Knot Comes Loose" qui rappelle l’Amérique folkeuse chère à Neil Young. La bande originaire de la région du Bluegrass retrouve également les grands espaces lorsque les sifflotements d’Andrew Bird atténuent la tension sèche et la mélancolie obsédante de "It Beats for You" pour nous embarquer dans un western au soleil couchant.
Inutile de dire que le groupe a largement musclé son jeu, délaissant les tendances Lo-fi que certains observateurs pouvaient leur prêter et conviant au sein du même album des mouvances situées des deux côtés de l’Atlantique. L’excellent "Lay Low" et son solo de guitares flamboyantes entrecroisées conviant un héritage sudiste insoupçonné rivalise ainsi avec la brit-pop remuante d’"Anytime". Et que dire de la force addictive de "Gideon", aux faux airs de "Baba O’Riley", qui s’appuie sur un petit motif mélodique hypnotisant à la guitare et charrie toute la puissance vocale déployée par Jim James. Mais Z garde jalousement sa plus belle pépite pour la fin avec la longue suite "Dondante", écrite en hommage à un ami disparu, et introduite par un murmure sépulcral qui finit par exploser de ses lignes de guitares vibrantes et fébriles aux oreilles de l’auditeur abasourdi par un tel fracas conclusif.
Avant la sortie en mars de leur nouvel album baptisé Is, les Américains ont donc marqué de leur empreinte le monde de l’indie rock avec un mélange de rock, de country et de psychédélisme qui constitue à ce jour le sommet de leur carrière. Alors que les disques qui ont suivi ce coup d’éclat ont largement divisé les fans par leurs expérimentations, tant au niveau des compositions que des arrangements, il nous tarde de savoir ce que cette nouvelle production nous réserve. Rendez-vous le mois prochain.
Ps : et en plus pour ne rien gâcher la pochette de l'album est franchement chouette..