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Critique d'album

Manu Chao


Viva Tu


(20/09/2024 - - world music - Genre : Rock)
Produit par Manu Chao

1- Viva tu
Note de 4/5
Vous aussi, notez cet album ! (11 votes)
Consultez le barème de la colonne de droite et donnez votre note à cet album
Note de 3.5/5 pour cet album
"Yo te cielo, así mis alas se extienden enormes para amarte sin medida."
Daniel, le 10/10/2024
( mots)

On ne traduit pas littéralement Frida Kahlo. Parce que, généralement, les sentences surréalistes de la peintresse moustachue ne sont pas correctes grammaticalement. Mais celle-ci est vraiment trop belle (comme son auteure et l’œuvre d’icelle).

Et elle incarne idéalement l’utopie de Manu Chao : déployer des ailes assez grandes pour embrasser (le monde) sans mesure.

Pas n’importe quel monde. Le monde des petits, des sans-grade, des pauvres, des culs-terreux, des toi et moi, des chiens à trois pattes, des pouilleux et des bouseux. Le monde de tous ceux à qui il manquera toujours cinq sous pour faire un billet de cent. Ou un litre d’essence pour fuir leur misère. Ou une note pour composer une gamme.

On peut considérer que l’art n’est vraiment abouti que lorsqu’il est "engagé".  Je ne parle pas d’un engagement de pure convenance qui se satisfait d’un mince vernis de bienveillance universelle sur une œuvre sans intérêt "humain". Non, je parle de ces artistes qui retroussent leurs manches pour révolutionner leur monde.

A coups de pinceau, comme Frida.

A coups de mélodies, comme Manu.

Auto-contradiction et amour infini

Dix-sept ans après La Radiolina et dix-sept ans après avoir juré ne plus jamais sortir d’album physique, Manu Chao publie Viva Tu, disponible en CD, en vinyle noir, en vinyle bleu et en picture-disc multicolore.

La première écoute des trente minutes de Viva Tu est sensiblement malaisante. Chacun des treize titres aurait pu figurer à l’identique sur les albums précédents de notre punk franco-espagnol et altermondialiste préféré (1). Ceux et celles qui recherchent un peu d’innovation passeront leur chemin. Le temps s’est comme arrêté il y a longtemps. Et, forcément, ça gratte un peu parce que l’on attend logiquement d’un ouvreur de pistes qu’il nous précède et qu’il nous entraîne vers des paysages nouveaux.

L’avantage est que l’on achète une œuvre immédiatement vintage. L’inconvénient est que Viva Tu s’écoute avec une sensation déplaisante de déjà vu (ou de déjà entendu en l’occurrence).

Évidemment, le propos déborde d’amour et de bonnes intentions humanistes et universalistes. Mais c’est parfois tellement sucré que ça colle des caries aux yeux fragiles quand on y regarde de trop près.

Bien évidemment, les treize titres acoustiques, volontairement enregistrés en mode lo-fi, sont truffés de petites curiosités sonores qui rappellent, si nécessaire, que Radio Chao (à défaut de Radio Bemba qui a cessé d’émettre) reste très sensible aux interférences de son monde, de son climat et de son temps.

Mais, malgré ses couleurs primaires et ses promesses joyeusement roboratives d’une revolucion (hélas, sans evolucion), l’ensemble est, de prime abord, assez monotone.

Il faut quelques écoutes successives pour enfin dénicher des rythmes divergents puis quelques jolies perles, comme "Vecinos en el mar" (qui introduit paisiblement l’album), le joyeux single "Viva tu", l’enjoué "Curaçao no mar", le délicat "Cuatro calles" (extraordinairement "interprété"), l’amusant "Sao Paulo motorboy" ou le joliment conclusif et attachant "Tantas tierras.  

Il y a aussi cet instant inouï de pertinence :

Je connais l’enfer sur la terre
Je connais la fille du marchand
Je connais les yeux du néant
Et je sais que la guerre…
… reviendra naguère ("La couleur du temps")

La sublime licence poétique qui exprime un "naguère" au futur pour le faire rimer avec "la guerre" a un parfum d’intemporalité et d’actualité. Et aussi un parfum résigné. C’est assurément la plus belle (et la plus lucide) phrase de l’album (2).

Il est par contre plus difficile d’adhérer à une ritournelle comme "Tom et Lola" qui surprend tant elle semble convenue et à la limite de l’exercice stylistique.

Dans la même optique, les deux featurings ne sont pas non plus déterminants. La rappeuse Laetitia Laeti Kerfa (qui connaît bien l’univers de Manu Chao pour l’avoir déjà pratiqué) ne me semble pas essentielle sur le joli "Tu te vas". Et la voix du (très) vieux Willie Nelson est un peu brouillée dans le mix du parfaitement excellent "Heaven’s Bad Day" (3)

Personne n’est venu visiter mon paradis aujourd’hui
Personne…
C’est un mauvais jour pour le paradis
Un mauvais jour, un mauvais jour pour le paradis

Que reste(ra)-t-il de nos amours?

Est-ce que Viva Tu résonnera dans d’autres tympans que ceux des fans nostalgiques ? Il n’y a que le Temps pour répondre à une question de ce genre.

Pour autant qu’il soit utile ou important d’y répondre...

Je ne t’aime plus mon amour. Je ne t’aime plus nuit et jour...

Prémonition ? Futilité ?

C’est que la route a été longue pour Manu Chao. Depuis les gammes au piano classique. Depuis la découverte de la guitare. Depuis Joint de Culasse, Hot Pants, Los Carayos, Mano Negra ou 13 à Table.

Quarante-huit années de musique... Et une dépression carabinée dont l’artiste a pansé les blessures mentales en parcourant le monde au hasard des routes et des rencontres.

Je l’ai déjà écrit mais je le répète : la meilleure façon de se (re)trouver est de savoir se perdre.

Et José Manuel Tomas Arturo Chao s’est retrouvé. En solo.

Peu importe, finalement, que Viva Tu soit un opus un peu léger au regard de ce que l’on pouvait attendre d’un artiste de cette envergure et après autant d’années de patience. Finalement, l’actualité de Manu Chao donne l’envie de replonger dans son excellente discographie passée et c’est déjà ça de pris… Longue vie à lui !

Longue vie à toi
Toi mon voisin du dessus
Toi du septième ciel
Toi mon voisin du coin
Je suis heureux quand je te vois
Longue vie à toi
Vive toi (« Viva Tu »)


(1) Au point qu’un webzine évoque un "Best Of" de Manu Chao. Ironie ?

(2) A ceci près que mon interprétation n’est pas "certaine". Les notes de pochette mentionnent "la guerre" au lieu de "naguère" tandis qu’à l’écoute attentive du CD, j’entends clairement "naguère" (ce qui est confirmé par la retranscription des paroles sur plusieurs sites dignes de foi sur la grande toile universelle). Un mystère rock de plus...

(3) C’est mon titre préféré de l’album. Et la puissance évocatrice du vieux countryman (né en 1933) est telle que nos camarades de Rock&Folk y ont même entendu de la slide guitar. Comme je vous l’écris...

Pour l’extrême anecdote, cette chronique est la centième que je rédige pour votre webzine préféré. Je profite de l’occasion pour remercier très sincèrement ceux et celles qui prennent la peine de me lire (et de me corriger), de voter pour les albums dont je parle ou de laisser des messages sur le site. Il me semble important de complimenter également la rédaction du webzine au grand complet qui, depuis plus de trois ans et six mois, supporte avec philosophie les délires d’un vieux rocker/boomer (pléonasme) ingérable. Respect, les ami.e.s ! Et keep on rockin’, people !


 

Commentaires
DanielAR, le 03/01/2025 à 15:22
Merci beaucoup pour le message et en route vers la 200ème...
Roro, le 03/01/2025 à 10:25
Très très belle chronique ! Bravo pour la 100e et merci !