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Blood Red Shoes
Blood Red Shoes
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1- Welcome Home / 2- Everything All At Once / 3- An Animal / 4- Grey Smoke / 5- Far Away / 6- The Perfect Mess / 7- Behind A Wall / 8- Stranger / 9- Speech Coma / 10- Don't Get Caught / 11- Cigarettes In The Dark / 12- Tightwire
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Constance. Voilà une maxime qui pourrait parfaitement s’accorder à la paire Steven Ansell - Laura-Mary Carter. Pensez : depuis leurs débuts, les Blood Red Shoes ont métronomiquement pondu un album tous les deux ans. 2008, 2010, 2012, 2014, et on peut d’ores et déjà prendre rendez-vous pour 2016. Mieux : lorsque l’on inspecte leur discographie sous l’angle de Metacritic, leurs trois derniers albums - le premier n’étant pas référencé - affichent la note de 70 tout rond. Difficile de faire plus régulier donc. Sauf que, bien évidemment, les nuances existent d’un disque à l’autre et qu’il est de notre devoir de les mettre en lumière.
On l’a peut-être déjà dit d’une autre manière, mais qu’importe : Blood Red Shoes , c’est de la balle. C’est une façon de penser la musique à guitare comme dans les 90’s, avec du son, du riff, du mordant et une énergie punk somme toute parfaitement cobainienne, mais aussi avec la manière d’administrer le rock des années 2000, en duo guitare-batterie, sans fioriture, avec ce refus de sombrer dans le bidouillage et l’hyperproduction. Dans cette optique, l’éponyme qui nous intéresse ici va encore plus loin dans cette démarche : réalisé à Berlin pendant six mois par les deux seuls Ansell et Carter, sans technicien, sans ingé-son et surtout sans producteur, Blood Red Shoes, paru sur le tout nouveau label du groupe, Jazz Life, est censé refléter le plus fidèlement possible l’esprit de son couple terrible.
Le première chose qui frappe à l’écoute de ce disque, c’est le son de la guitare. Plantureux, gras, violent et sexy, Blood Red Shoes opère une mue grave qui n’est pas sans rappeler un certain american way of rock. La bestialité du duo, déjà bien présente sur les trois disques précédents, transparaît en particulier sur le justement nommé "An Animal", moitié Dead Weather sur le couplet, moitié Arctic Monkeys passés à la moulinette desert rock sur le refrain. Du lourd, il y en a encore sur la truculente introduction instrumentale "Welcome Home" et sur le riff psychotique de "Everything All At Once", réalisant une entame particulièrement jouissive. Plus cohérent que In Time To Voices, qui partait souvent explorer des pistes relativement disparates voire antinomiques, Blood Red Shoes recadre le propos sur la percussion et l’efficacité, deux leitmotivs qui explosent sur le très réussi "Grey Smoke", climax de l’album qui se place parmi les tous meilleurs morceaux interprétés par les deux anglais. L’esprit 90’s éclabousse la galette par spasmes inattendus : ici on croit voir renaître le venin de Shirley Manson ("Speech Coma", bien vite assaisonné à la sauce de Brighton), là on se laisse bercer par les atours adoucis des citrouilles de Corgan croisés avec la pesanteur du Placebo adolescent ("Far Away"), sans oublier de faire une place à des hymnes crades et gentiment punk ("The Perfect Mess"). 90’s jusqu’au bout des ongles, qu’on vous dit. Les envolées plus ouvertement pop, comme "Behind The Wall" ou "Tightwire", demeurent réussies à défaut de casser la baraque, et les balades préfèrent la robustesse à la délicatesse ("Stranger") sans trahir la cohésion du disque. Constant, Blood Red Shoes ne s’abîme nullement dans ses derniers halètements, que ce soit le riff bondissant de "Don’t Get Caught" ou les coups de boutoir du nonchalant "Cigarettes In The Dark".
Plus constant et lisible que In Time To Voices, mais pas aussi morveux que Box Of Secrets et pas aussi mélodieux et abouti que Fire Like This, Blood Red Shoes remplit néanmoins très largement son contrat. Pas de prise de tête, de détours laborieux, de reniements ni d'atermoiements blasés : Laura-Mary la guitariste et Steven le batteur gardent le cap et durcissent le propos, sans génie particulier mais avec une conviction férocement communicative. A écouter, surtout si vous vous emmerdez musicalement depuis quelques semaines : les souliers rouge-sang se feront un plaisir de remettre vos pendules à l’heure.