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Critique d'album

Dominique A


Toute Latitude


(16/03/2018 - Cinq 7 / Wagram - Chanteur littéraire - Genre : Chanson / Folk)
Produit par

1- Cycle / 2- Désert d'hiver / 3- Toute latitude / 4- Les deux côtés d'une ombre / 5- La mort d'un oiseau / 6- Aujourd'hui n'existe plus / 7- La Clairière / 8- Enfants de la plage / 9- Lorsque nous vivions ensemble / 10- Corps de ferme à l'abandon / 11- Se décentrer / 12- Le Reflet
Note de 3/5
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Note de 3.0/5 pour cet album
"Le dernier Dominique A manque d’un brin de véhémence, mais est amené à très bien vieillir."
Benjamin, le 27/04/2018
( mots)


Depuis la sortie de son premier LP au début des années quatre-vingt dix, Dominique A n’a jamais été déchu de son statut de chouchou des critiques musicales. Avec quelques confrères tout aussi estimables (Miossec, Arthur H), Dominique A s’est immédiatement démarqué d’une production française sclérosée, dominée par quelques guignols sirupeux qui depuis gèrent leur fin de carrière en tant que jurés de télé-crochets, pour la plupart. Idole des bobos fins gourmets, systématiquement encensé par Inter ou FIP, le chanteur a de quoi éveiller la méfiance des amateurs de rock pur et dur, ceux qui ne conçoivent pas la musique sans solos de grattes, break de batterie ou chevelure peroxydée. Effectivement, Dominique A n’a pas une tronche à faire du Hair Metal. C’est un raffiné, un artiste appliqué et soigneux dont l’intelligence se ressent à chaque œuvre, même les moins abouties. En trente années de carrière, Dominique A a pu donner l’impression de se répéter, mais toujours avec la même honnêteté intellectuelle, toujours avec le même travail acharné.


 L’annonce de ce douzième album, Toute Latitude, pourrait réveiller l’enthousiasme des fans blasés. On connaît le grand talent du bonhomme pour signer de splendides textes intimistes, son don pour le mot juste éveillant le souvenir ému de l’auditeur. Mais pour la première fois ici, Dominique A ne fait pas dans le drame humain et familier. Toute Latitude disserte de la tragédie à grande échelle, celle du rapport entre l’Homme et son espace vital, sa planète. Bien sûr, les plus cyniques des mélomanes sortent leur flingue, et on leur donnerait pas forcément tort, tant la traditionnelle chanson engagée franchouillarde a pu accoucher d’immondes hymnes tire-larmes et démago. Si la sincérité de Dominique A n’est pas à remettre en cause, on n’ira pas pour autant prétendre que Toute Latitude est un sans faute, les meilleures intentions du monde ne suffisant jamais à éviter les pièges que tend l’exercice.


« J’en avais marre de fermer ma gueule », déclara en interview l’intéressé lorsqu’on l’interrogea sur les orientations politiques de son dernier né. C’est vrai, le paysage actuel n’a rien de réjouissant, et pour un artiste doté d’une conscience, il devient compliqué de détourner l’attention. L’œuvre à message, c’est tentant, mais souvent très casse-gueule. Le chanteur engagé voudrait fédérer tous les publics avec des paroles pleines de sens, mais la plupart du temps il ne fait que prêcher des convertis. C’est pourquoi une chanson se voulant politique ne doit surtout pas être inoffensive ; elle doit marquer les esprits, offusquer, poser de vraies questions. Le premier écueil dans lequel tombe Toute Latitude est de ne jamais vouloir regarder ses adversaires en face. Dominique A choisit prudemment d’invoquer la responsabilité collective face à cette nature dévastée, ne touchant ainsi que ceux qui se sentent déjà concernés, laissant les indifférents vaquer à leurs occupations non-biodégradables. Qu’on se rappelle des Smiths, grand groupe de rock végétarien, et de leur radical "Meat Is Murder". Morrissey poussait ses opposants idéologiques à un examen de conscience brutal, et, que l’on soit d’accord ou pas avec les propos de cette chanson, il était difficile d’y rester indifférent. L’approche de Dominique A n’est pas frontale, le combat est mené timidement, et c’est bien cela qui fait défaut à Toute Latitude.


Musicalement, c’est un album qui se défend remarquablement, pour peu qu’on ne soit pas lassé des textures synthétiques 80’s. Blindé de boîtes à rythme frénétiques comme sur La Fossette, traversé de nappes électroniques aliénantes ou envoûtantes, l’œuvre a l’intelligence de ne pas utiliser ces sonorités comme des gimmicks accrocheurs, les compositions absorbant ces éléments modernes à leur impeccable structure. "Cycle" est une bien belle introduction, avec son refrain précieux qui fera rapidement fuir les plus bourrins. Curieusement, on pense à Up, l’album « électronique » de R.E.M. (autre grand groupe vegan-friendly) dont le premier titre "Aiportman" dégageait une sérénité mélancolique similaire. Le texte est plus problématique. Si certains vers font mouche, les couplets sont étriqués dans une figure de style qui ravira les amateurs de conjugaison (« Ce qui sera de ce qui est / Ce qu'il faudra de ce qu'il faut / Ce qu'on devra de ce qu'on doit / Ce qu'on fera et ce qui sera fait »)  et laissera les autres dubitatifs. Passé "Désert D’Hiver", deuxième piste honnête mais oubliable, le morceau titre est la première franche réussite. "Toute Latitude" est un parfait exemple de ce que Dominique A sait faire de mieux. Son chant affecté, magnifié par un vibrato naturel et inimitable, est idéal pour évoquer la fin de l’insouciance infantile, cette ignorance confortable et suicidaire, ce temps où l’on pouvait se laisser dorer par le soleil sans songer à quelque conséquence catastrophique. Plus vindicatif, "Aujourd’hui N’Existe Plus" s’articule sur le même thème avec une urgence prenante, mais "Lorsque Nous Vivions Ensemble" commence à sentir la redite. Le plus gros point faible de l’album étant peut-être "La Mort D’Un Oiseau". L’instrumental nerveux n’est pas à blâmer, car c’est bien le texte trop convenu qui gâche la fête. L’auteur se repose sur un classicisme élégant et un symbole fort, espérant capter efficacement l’attention de l’auditeur, mais ses mots manquent cruellement d’invention, et le titre frôle la caricature. Dans le même registre, "La Clairière" est bien plus réussi.


Heureusement, Toute Latitude se conclue remarquablement par trois morceaux superbes. Jusque là, l’album privilégiait un son aérien aux arrangements mélodieux, les machines y semblaient gagnées par l’humanité. "Corps De Ferme A L’Abandon" est une rupture dérangeante et inattendue. Une basse ultra-saturée en guise de structure, le morceau fait la description d’une vieille bâtisse désertée dont les murs décrépis renferment de sordides secrets. L’instrumental se fait de plus en plus étouffant, avec ses percussions tranchantes et ses nappes de synthétiseur patibulaires. Le texte en prose, murmuré par un Dominique A sous hypnose, cultive le mystère et les non-dits malsains, on croirait entendre les prémices d’un fait divers macabre. Après la série noire, la colère froide : dans "Se Décentrer", Dominique A intériorise sa rage. Les dents serrées, il dispense quelques leçons d’humilité à une humanité exaspérante d’irresponsabilité.


« Il serait bon d’être des hommes / Non pas des gosses dérégulés »


D’une grande simplicité, "Se Décentrer" atteint son objectif grâce à sa justesse de ton. Un beat venimeux, un synthé majestueux comme une section de cordes, et bien sûr la voix splendide de Dominique A, dont la moindre inflexion est minutieusement pensée. Avec son chanté-parlé qui ne doit pas grand-chose à Serge Gainsbourg, "Le Reflet" clôt l’album sur une méditation zen après deux titres tendus, une ultime touche d’espoir à un album empli d’inquiétude saine.


Il ne faudrait pas trop se fier aux mornes trois étoiles de la note, car si elle prend en compte les instants inégaux du disque, elle ne synthétise en rien la qualité de Toute Latitude. C’est une œuvre intelligente et sensible (comme toutes les précédentes, serait-on tenté de dire) qui mêle des pôles opposés, la douceur ("Enfants De La Plage"), la noirceur ("Les Deux Côtés D’Une Ombre"), le pessimisme ("Aujourd’hui N’Existe Plus"), l’espérance ("Cycle"). Avec, et ce n’est pas négligeable, au moins trois véritables pépites : "Toute Latitude", "Corps De Ferme A L'Abandon", "Se Décentrer". Comme beaucoup d’autres ouvrages du même auteur, elle gagnera à être réécoutée, et il ne fait aucun doute que certains morceaux peu convaincants s’enrichiront avec le temps.

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