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Critique d'album

David Bowie


Space Oddity


(01/11/1969 - Mercury Records - - Genre : Rock)
Produit par Tony Visconti, Gus Dudgeon

1- Space Oddity / 2- Unwashed and Somewhat Slightly Dazed / 3- Letter to Hermione / 4- Cygnet Committee / 5- Janine / 6- An Occasional Dream / 7- The Wild Eyed Boy from Freecloud / 8- God Knows I'm Good / 9- Memory of a Free Festival
Note de 4/5
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Note de 2.0/5 pour cet album
"Houston, nous avons perdu le Major Tom..."
Franck, le 22/06/2026
( mots)

Le fait de se replonger dans la discographie de David Bowie permet de se rendre compte à quel point la longévité d’un artiste repose sur une bonne dose de persévérance et de détermination. Au milieu de l’effervescence des années 60, beaucoup auraient en effet jeté l’éponge face aux échecs à répétition et à l’absence quasi totale de reconnaissance pour leur travail. Après un premier disque passé largement inaperçu, le chemin du succès semble pourtant enfin s’ouvrir pour notre chanteur encore en quête d’identité. La chanson "Space Oddity" s’avère être le single parfait pour attirer la lumière, notamment grâce à un concours de circonstances favorable et à une bonne dose d’opportunisme. Le titre est publié en juillet 1969, quelques jours avant la mission Apollo 11, et se voit même utilisé par la BBC comme bande-son pour accompagner les images des premiers pas de l’homme sur la Lune. Le deuxième album de Bowie paraît quelques mois plus tard, avec l’espoir de capitaliser sur ce coup de projecteur.


Pour maximiser ses chances, "Space Oddity" est placée en ouverture du disque, déployant d’emblée son emprise grâce à sa mélodie solennelle, sa montée en intensité irrésistible et, surtout, son compte à rebours devenu absolument culte. Rien à redire : nous avons là l’un des morceaux les plus iconiques de l’artiste britannique, un trip cosmique fascinant qui dépasse largement sa simple inspiration puisée dans 2001 : l’Odyssée de l’espace. On peut aisément voir dans le personnage du Major Tom une métaphore des angoisses, du sentiment d’isolement et de la dérive d’un artiste sombrant à l’époque dans une consommation plus qu’abondante de cocaïne.


Le problème avec cet album, c’est que la mise en orbite reste de courte durée… Le retour sur Terre n’en est que plus brutal avec un programme qui, s’il n’est pas totalement dépourvu de fulgurances, se révèle bien souvent inégal et globalement assez anecdotique. Le contraste avec son morceau d’ouverture n’en est que plus saisissant. Difficile alors de s’extasier devant le blues rock de "Unwashed and Somewhat Slightly Dazed" dont la qualité d’exécution et le solo d’harmonica très "dylanesque" ne parviennent jamais à masquer une persistante sensation de banalité tout au long de ses six longues minutes.


Au rang des titres oubliables, "Wild Eyed Boy from Freecloud" s’avère poussif et ennuyeux, englué dans un lyrisme dégoulinant et des accents de music-hall qui peinent à convaincre. "God Knows I’m Good", de son côté, se révèle tout aussi insipide, porté par des mélodies sans relief et interprétées sans grande conviction. Mais ces morceaux restent encore largement plus recommandable que l’insupportable "Janine", paresseux dans son écriture et particulièrement agaçant avec ses chœurs discordants.


Pourtant, tout n’est pas à jeter dans ce Space Oddity, loin de là. Ce sont même les instants où Bowie adopte une approche plus épurée et spontanée qui s’avèrent les plus convaincants, à l’image de la rafraîchissante escapade folk "An Occasional Dream" ou de la touchante ballade "Letter to Hermione", à travers laquelle l’artiste britannique revient avec sincérité sur la fin de sa relation avec la danseuse Hermione Farthingale, rencontrée à une époque où il s’essayait au théâtre, au mime et à la comédie musicale. Enfin, s’il souffre de quelques longueurs et maladresses évidentes, "Cygnet Committee" dévoile - du long de ses 9 minutes - une véritable ambition de composition. Son approche plus progressive et théâtrale, ponctuée de plusieurs sections audacieuses, culmine dans une seconde partie où Bowie semble littéralement habité, laissant entrevoir le formidable potentiel créatif qu’il exploitera pleinement sur ses œuvres à venir.


Toujours en quête du succès auquel il aspire, le jeune David Bowie signe un deuxième album – qui ne prendra le nom de Space Oddity qu’à l’occasion de sa réédition en 1972 – inégal, où le meilleur côtoie un ensemble disparate et souvent insipide. Il s’agit avant tout d’un opus de transition dans lequel l’artiste se cherche encore, multiplie les expérimentations et laisse entrevoir un potentiel évident pour toucher un public plus large. Si la consécration est encore loin d’être acquise, le chanteur aux multiples visages commence déjà à esquisser les contours de son identité artistique, une identité qui prendra toute sa dimension dès l’album suivant, The Man Who Sold the World.


  


A écouter : "Space Oddity", "Cygnet Committee"

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