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Critique d'album

Yes


Aurora


(12/06/2026 - - Rock progressif - Genre : Rock)
Produit par

Note de /5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"Vieillir, c’est devenir ce que l’on aurait dû être. "
Daniel, le 20/06/2026
( mots)

F...ing guitarist

"Steve Howe is the greatest fucking guitarist in the world !"

Keith Levene (The Clash, Public Image Limited) avait raison. Tellement raison qu’il n’est même pas utile de traduire son fort élogieux propos. Le langage de l’âme est universel.

Premier guitariste à être intronisé au Guitar Player Hall Of Fame (il sera suivi par le génial Steve Morse) en 1981, Steve Howe explore une fois encore sur Aurora toutes les limites humaines de l’art de la six cordes. 

Ce type est un prodige absolu.


Greatest fucking guitarist...

Yes neuf

Ça peut paraître idiot, mais, bien que né il y a cinquante-huit ans, Yes est aujourd’hui un groupe tout juste pubère. Un quintet en phase de maturation. 

En fait, après les sept années de silence qui ont suivi le ratage de Heaven & Earth (2014), le "phénomène" actuel a débuté en 2021 avec The Quest pour évoluer en 2023 avec Mirror To The Sky

Aurora est par conséquent le troisième album d’un jeune groupe. Sauf que son leader, guitariste  et producteur, Steve Howe, ultime (et très légitime) gardien du temple, affiche soixante-dix-neuf printemps. 

Et son physique émacié et son teint spectral font qu’il semble en compter dix de plus. Au moins.

Mais, au-delà des outrages du temps, et même si la musique du quintet actuel puise son âme au cœur des très vénérables racines seventies du Yes d’antan, le Yes des twenties a réellement développé sa propre personnalité solaire pour s’affirmer comme ce qui peut se concevoir de définitivement meilleur en musique progressive (1) actuelle. 

Ni plus. Ni moins. 

Pour répondre aux grincheux et au censeurs, il n’est effectivement aucune comparaison  possible entre Aurora et les "classiques" du Yes originel dans la mesure où ce Yes actuel est en passe d’écrire sa propre histoire et ses propres classiques.

Ni plus. Ni moins. A nouveau.

Il suffit pour s’en convaincre d’écouter les six minutes et quelques de "Ariadne" qui rend hommage à la musique baroque (2) en mariant la solennité du Czech National Symphony Orchestra à l’incroyable puissance onirique du groupe. 

Tous les ingrédients magiques du rock progressif sont réunis : inspiration antique (3) aux saveurs très romantiques, orchestration classique, rythmique parfois ternaire, passages instrumentaux narratifs et virtuoses, chapitres contrastés, vocaux éthérés, … 

La seule particularité notable est que le titre dépasse à peine les six minutes, si fait que la concision – inhabituelle dans le style – apporte une réelle densité au propos. 

Yes à l’IE - No à l’IA 

L’ambiance générale est posée dès la longue plage titulaire où le groupe, accompagné ici également par le Czech National Symphony Orchestra, se dévoile au sommet d’un art (probablement suranné) et d’une créativité "pastorale", faite de poésie, de lumière et de beauté. 

Dans la foulée, "Turnaround Situation" développe une structure classiquement Yessienne qui développe un propos philosophique intéressant selon lequel il est parfois utile de se retourner – sans nostalgie aucune – sur ce que l’on a vécu pour mieux appréhender ce qui va suivre. 

Avec ses treize minutes (et ses six mouvements dont un chanté par Steve Howe) au compteur, la plus longue pièce de l’album, "Countermovement", est une charge puissante et convaincue contre l’intelligence artificielle. 

Yes ne nous a certainement pas habitués à des "protest songs". Il y a bien eu le mélodieux manifeste écologique "Don’t Kill the Whale" (sur l’infâme Tormato en 1978) mais c’est à peu près tout (4) en ce qui concerne les coups de gueule.

Je ne veux pas vivre sous une identité factice
Un simulacre ou une imitation de mon être
Je ne veux pas m’attarder sur le paraître
Sur une identité surfaite et prétentieuse (5)

"Emotional Intelligence", la plage conclusive, enfonce le clou en poursuivant l’offensive en règle contre un futur inhumain (ou déshumanisé) que les apprentis sorciers de la Silicon Valley tentent de nous imposer. Défendu avec énormément de conviction par son auteur, Jon Davison, le titre conclut en beauté un album décidément brillant d’un bout à l’autre. 

L'intelligence émotionnelle
Te conduira à ta propre excellence
Sans dépendre des circonstances
Sans l’aveuglement lié l’arrogance (6)

Mieux encore que sur l’excellent Mirror To the Sky, chacun des musiciens apporte la preuve que la virtuosité peut se ranger au service d’un collectif. A ce titre, la production de Steve Howe mérite des éloges tant l’équilibre sonore est parfait. 

S’il fallait mettre un membre du groupe en exergue, ce serait cette fois Jon Davison qui s’impose comme un auteur-compositeur essentiel au Yes contemporain. Soutenu par les cordes nylon de Steve Howe, son très romantique "Love Lies Dreaming" illustre des capacités artistiques et vocales inventives et abouties.


A filer des frissons.

Yes... terday

En 2026, Yes ne convoque aucun fantôme de son passé, aucune voix oubliée sur une cassette qui serait miraculeusement "enhancée" par une IA générative, aucune piste de batterie oubliée dans le tiroir d’un studio et ressuscitée par un cinéaste, aucun "trésor" miraculeusement retrouvé dans un grenier...

La seule concession à la rétro-temporalité reste finalement cette obstination des Yesmen à faire appel à Roger Dean pour l’artwork de leurs albums. Même si le graphiste d’Ashford a aujourd’hui tendance à confier la création de ses œuvres à son excellente fille Freyja Dean (7), il faut lui reconnaître la paternité éternelle d’un logo qui reste inspirant et, par nature, fédérateur.

Sélection

Les petits rockers pressés écouteront prioritairement (8) "Ariadne", les six mouvements de "Countermovement" et "Love Lies Dreaming".


(1) Le prog rock semble tellement stylistiquement daté aujourd’hui qu’il faudrait peut-être lui trouver un surnom mieux adapté que "progressif". Rétro-progressif ? Futur antérieur ?

(2) Mon académicienne d’épouse y a retrouvé des notes de Henry Purcell (1959 – 1695). Règle  n°1 : ne jamais contrarier une académicienne quand on parle de musique ! Ceci dit, je me suis amusé à lire les propos d’un rock critic qui reprochait à Yes d’avoir utilisé une musique "anglaise" pour illustrer une légende grecque. Chacun jugera selon ses convictions et ses compétences. Et je serais fort curieux d’entendre une musique grecque de l’époque antique...

(3) La légende d’Ariane fait partie du patrimoine immatériel de l’humanité. La jolie demoiselle avait offert à Thésée un mystérieux fil enchanté qui allait lui permettre de quitter le labyrinthe conçu par Dédale après avoir mené un combat sans merci contre le terrifiant Minotaure. 

(4) A ma connaissance du moins. Il est possible que des messages subliminaux de révolte m’aient échappé.

(5) Extrait de "Countermovement".

(6) Extrait de "Emotional Intelligence".

(7) Encore bel exemple de passage intergénérationnel de flambeau. Freyja Dean a développé un style qui s’inscrit dans la lignée paternelle sans s’interdire des visions apocryphes bienvenues.

(8) Ils noteront au passage que le coffret Deluxe contient deux bonus tracks.

Cette 158ème chronique pour AlbumRock est garantie sans intelligence artificielle. Elle a été imaginée par une "intelligence" (tout est évidemment relatif en ce qui me concerne) strictement émotionnelle et  humaine.

Je remercie les adorables lecteurs et lectrices qui corrigent mes textes, la femme qui partage ma vie et ma brave Gupette qui somnole paisiblement dans son panier aux côtés de son jouet préféré (l'os qui fait pouêt).


 

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