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Critique d'album

Return to Forever


Romantic Warrior


(00/03/1976 - - Jazz Rock - Genre : Autres)
Produit par

1- Medieval Overture / 2- Sorceress / 3- The Romantic Warrior / 4- Majestic Dance / 5- The Magician / 6- Duel of the Jester and the Tyrant
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Le point de rencontre entre le jazz-rock et le rock progressif"
François, le 27/06/2026
( mots)

Le petit rockeur (marque belge déposée) pourrait être étonné de voir que dans les années 1970, le jazz-rock et le rock progressif étaient parfois logés à la même enseigne : bon nombre d’amateurs du second étaient également friands du premier, si bien qu’il est possible de retrouver intégrer à la catégorie "prog’", bon nombre de formations jazz-rock. En outre, plusieurs sous-courants de la scène progressive empruntent beaucoup d’éléments au jazz, si bien que la frontière est parfois difficile à tracer – nous pensons ici à l’École de Canterbury, à certains courants du Krautrock ou à la Zeuhl. Le moyen le plus efficace, bien qu’imparfait, pour séparer le grain progressif de l’ivraie jazz-rock, est de prendre en considération le point de départ des musiciens et du groupe étudié : viennent-ils du rock ou du jazz ? Quel est le point de départ, la base, et qu’est-ce qui relève de l’emprunt ? 


Si ce sont des jazzmen, il s’agit donc de jazz-rock, et dans les années 1970, des héritiers de la période fondatrice de Miles Davis jalonnée par In a Silent Way (1969) et Bitches Brew (1970), d’où proviennent les musiciens de Mahavishnu Orchestra, Weather Report et Return to Forever. Ce dernier groupe est mené par Chick Corea qui, dès ses premiers albums, proposait un jazz-rock riche en hybridations, de l’influence classique et hispanisante à l’inventivité de l’emploi des claviers électriques. Pour autant, qu’il s’agisse de Return to Forever ou de n’importe quel autre groupe de cette scène, les différences stylistiques avec le rock progressif canonique demeurent flagrantes et il serait abusif d’en faire un sous-genre progressif – tout au plus, le jazz-rock participe à la même dynamique globale de complexification des musiques populaires dans les 70s.


Néanmoins, le sixième opus de Return to Forever, Romantic Warrior pourrait être le plus à même de brouiller les pistes, le point de rencontre presque parfait venu du jazz-rock entre ce dernier et le rock progressif (comme un miroir de Relayer de Yes). De fait, Chick Corea est l’un des rares musiciens de ce courant à avoir affirmé son goût pour Yes ou Emerson, Lake & Palmer, entre autres formations britanniques de renom. Ainsi, Romantic Warrior est l’occasion d’actualiser cet amour, et ce dès la pochette, remarquablement réalisée dans un univers Renaissance qui s’inscrit parfaitement dans les tropes graphiques et thématiques du rock progressif.


Et si la direction esthétique reste bien inscrite dans le jazz-rock, elle développe une orientation progressive indéniable, à commencer par l’introduction, "Medieval Overture", où les claviers redoublent d’inventivité pour dévoiler des contrées multiples déjà visitées par le rock progressif britannique, en l’occurrence Gentle Giant et King Crimson (lors des interventions de guitare), mêlées à des rythmiques chaloupées, quasi funk (Stanley Clarke est de la partie). "Magician" regarde davantage vers Yes, alors que "Duel of the Jester & the Tyrant" culmine dans ce registre lors de son introduction symphonique et de ses moments les plus aventureux, expérimentaux voire médiévaux dans la veine de Gentle Giant – la présence du "bouffon" dans le titre aurait pu être un signe, tant cette figure est appelée à s’imposer dans le champ progressif.


D’autres titres s’inscrivent davantage au sein du jazz-rock, qu’il soit assez tamisé ("Sorceress") ou plus agressif voire aux frontières du rock’n’roll ("Majestic Dance", qui développe des duels instrumentaux magistraux). Enfin, "The Romantic Warrior" commence avec une introduction à la guitare acoustique, presque hispanique, et des ondes de piano aux notes diluviennes, qui sortent de leur lit lors de démonstrations virtuoses collectives et époustouflantes (mentions spéciales pour Al Di Meola ou Stanley Clarke).


Ainsi, Romantic Warrior pourrait bien être le chef-d’œuvre qui, côté jazz-rock, met le mieux en exergue l’ambigüité des rapports esthétiques entre ce genre et le rock progressif – ce qui explique aussi l’ampleur de sa réception et de sa postérité.


A écouter : "Medieval Overture", "Duel of the Jester & the Tyrant", "The Romantic Warrior"

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