↓ MENU
Accueil
Première écoute
Albums
Concerts
Cinéma
DVD
Livres
Dossiers
Interviews
Festivals
Actualités
Médias
Agenda concerts
Sorties d'albums
The Wall
Sélection
Photos
Webcasts
Chroniques § Dossiers § Infos § Bonus
X

Newsletter Albumrock


Restez informé des dernières publications, inscrivez-vous à notre newsletter bimensuelle.
Critique d'album

Unstak


The United States of Akrasia


(18/03/2021 - - Métal alternatif - Genre : Hard / Métal)
Produit par Benoît Rave

1- Phenomenology of Spirit / 2- Silence / 3- End of History / 4- Last Man / 5- The Lake / 6- J4ckytr33h4ck & the War Drums / 7- The Shelter / 8- Art of Suspicion
Note de 5/5
Vous aussi, notez cet album ! (3 votes)
Consultez le barème de la colonne de droite et donnez votre note à cet album
Note de 4.0/5 pour cet album
"Messieurs, vous avez commencé par éveiller ma curiosité, mais là vous captez mon attention. [Calvin Candie]"
Olivier S, le 18/03/2022
( mots)

Il est 07h, l'air est frais, le pare-brise paré d'une fine dentelle verglacée. Contact, lancement d'une playlist spéciale Sélection Albumrock, qui commence à diffuser le premier artiste du jour, un quatuor montpelliérain semble-t-il. La gelée du matin impose un important vrombissement du chauffage, s'ajoutant à celui du moteur essence; mais qu'importe, le groupe joue fort, les riffs sont martelés de manière chirurgicale, la batterie se démarque particulièrement bien dans le mix, idéal dans des conditions d'écoute dégradées. Un titre, deux titres, trois titres et l'impression d'avoir affaire à un énième groupe de "rock bagarre" s'installe. Tout ça sonne très Rage Against The Machine, mais déclamé par une sorte de barde éraillé, à mi-chemin entre la gouaille nonchalante d'un frontman Post-punk et la verve vindicative d'un Eddie Vedder à qui l'on viendrait de marcher sur la pompe et par extension l'extrémité qu'elle contient. Un embryon de personnalité qui, à ce stade, commençait déjà à piquer la curiosité de votre serviteur. Puis vint "The Lake", venant casser le rythme tonitruant de ses 4 aînés, à l'aide de véritables espaces de respiration. Tout le vacarme motorisé ambiant semblait soudain faire obstacle à quelque chose de plus subtil; il fallait absolument couper cette ventilation pour en avoir le cœur net. L'affaire fut rapidement entendue, Unstak allait bel et bien capter toute mon attention.

Débarrassons-nous immédiatement du seul écueil qui pourrait rebuter certaines oreilles élitistes: oui, Unstak (anagramme de The United States of Akrasia), est un groupe bourré de références, parfois grossières mais souvent assumées (Rage Against The Machine en étant la plus évidente et récurrente). Toutefois, l'hommage se borne le plus souvent à la partie rythmique du morceau et/ou à quelques gémissements suraigus de guitares torturées, dont Tom Morello aurait supervisé l'interrogatoire en personne. À ce jeu des sept différences, seul "Silence" s'est fait coffrer pour les deux chefs d'accusation, mais évite la peine capitale en plaidant coupable (le groupe revendiquant clairement la filiation).  

Le reste du bestiaire puise de manière beaucoup moins ostentatoire dans le répertoire alternatif, grunge ou métal des 90's/2000's, ou s'inspire sans citer, tout en prenant soin de multiplier les références au sein d'un même titre ; le rendant de fait, bien plus personnel. Ainsi, "End of History", dont le break de milieu de titre, évoque sans détour un riffing en appelant frontalement à Slayer, compense cette référence appuyée par un enrobage Stoner sous acide, agrémenté d'un vocal habité, évoquant pour le coup (et toutes proportions gardées) bien plus l'urgence décomplexée du brûlot "Do the Revolution" de Pearl Jam.

La production de The United States of Akrasia, premier album de la formation, loin d'être à la ramasse pour un premier effort, est une démonstration de force, dont l'efficacité en dispute à la finesse.
Ce qui frappe en premier lieu, c'est la capacité inhérente à la formation dans l'art de synthétiser le meilleur des formations référentes pour en tirer une substance d'une incroyable robustesse. Les riffs de guitare sont martelés de façon massive, produisant un son lourd et percutant, dont les cervicales ne peuvent sortir indemnes. La batterie frappe vite et fort et on sent* tout de suite que David Cheminal, l'homme derrière les fûts, ne fait aucun cas des litres de sueur consommés. Une débauche d'énergie et de charisme, capable de tenir la draguée haute à un Frank Carter des grands jours.

The United States of Akrasia, sous ses airs de brute épaisse, prête à en découdre au moindre regard de travers, cache en réalité sous une épaisse carapace de décibel, bien plus de profondeur et de nuances qu'il n'y paraît. Tel un Teddy bear dans une armure d'Iron Man et à l'instar du premier (et seul) album du trio Homme, Grohl, Jones (Them Crooked Vultures), Unstak a fait le choix de placer ses compositions les plus "rentre-dedans" en tête de gondole. Entendons-nous bien, même si la seconde partie de l'album comporte son lot de respirations, de courtes évasions nuancées, elles ne demeurent bien souvent qu'un court instant de calme au milieu de deux tempêtes. Telle l'armée romaine en position de la tortue, Unstak ne prête jamais le flanc, protégeant ses parties tendres dans un carénage de muscle et de sueur.

La manœuvre s'avère payante, car non seulement, elle permet au groupe de puiser dans des répertoires bien plus vastes (immunisant de fait la formation contre tout risque de consanguinité de genre), mais elle dote les riffs métal d'une raison d'être. Par un jeu de contrastes savamment mis en perspective par les compositions, les charges brutales n'apparaissent plus comme gratuites, mais deviennent subtilement objets de désir. Quel serait l'impact du monstrueux riff saturé à la toute fin d'"J4ckytr33h4ck & the War Drums", s'il n'avait pas été habilement capillotracté par un fil tendu bien en amont ? Une montée en tension tissée sur la base du même riff ténu où basse et guitares, relevées par des coups de cymbales, fond preuve d'une retenue de plus en plus difficile à tenir, jusqu'au coup de massue final, sanctionnant le retour en grande pompe des briseuses de cervicales. Ainsi la violence finale n'est plus gratuite, ni subit, mais attendue tel le messie. Et voilà Unstak prit la main dans le sac d'utiliser une vieille recette "toolesque" ("The Pot" ou "The Grudge" faisant très bien office d'illustration pour l'exemple) et on ne leur en voudra certainement pas pour ça. Les plus scientifiques d'entre-vous compareront l'impact de ces mêmes charges brutales au milieu du même titre pour la beauté de l'exercice.

Ces parties charnues dans les compositions ne sont toutefois surtout pas à considérer comme de simples passe plat entre deux charges guerrières. Au-delà d'en incrémenter l'amplitude sonore, elle sont surtout le refuge de la véritable plus valu de la formation : ses racines.
Les quatre compères s'étant mis en tête de créer une formation de reprise funk, se voient rapidement rattrapés par leurs démons en opérant un virage flirtant avec le côté métal de la force. Mais le naturel reprenant ses droits, le quatuor va distiller ça et là, des indices de leur formations musicales respectives, comme autant de preuves d'amour pour ces styles bien plus métissés.

Ainsi, on ne s'étonnera plus d'entendre Guillaume Camus faire slapper sa basse comme un beau diable ("J4ckytr33h4ck & the War Drums"), distillant un groove monstrueux aux accents funky, en apprenant qu'il allume un cierge tous les soirs sur l'autel dédié à Les Claypool (bassiste déganté du groupe Primus de son état). Étant lui-même à l'origine des compositions du quatuor, on comprend vite pourquoi les 8 morceaux qui constituent la galette, s’articulent autour d'une rythmique aussi groovy.

Ce n'est pas non plus la découverte de l'inclinaison de Patrice Ruh pour le jazz manouche qui fera mentir la grande richesse de motifs arpégés jazzy ("The Lake" et son couplet façon desert-stoner, dont les quelques notes semblent être la seule source d'hydratation possible, face à cette basse rocailleuse). "The Shelter" saura en tirer les mêmes avantages dans ses espaces apaisés, entre deux poussées de fièvre alternative (à 12 cordes et 4 bras) typiques années 90's. "Art of Suspicion" fera plutôt pincer la corde sensible des nostalgiques de System of a Down, par des gimmicks de soli haut perchés, que Daron Malakian aurait bien de mal à conspuer.

Ne passons pas non plus sous "Silence", l'incroyable dextérité de David Cheminal, dont la vélocité dans l'emploi de son charley et autres cymbales, peu commune pour un batteur de rock, trahit une formation jazz. Un rappel à notre bon souvenir, d'une fameuse époque où les Smashing Pumpkins produisaient du contenu susceptible d'exploiter la virtuosité d'un batteur de formation jazz de la trempe de Jimmy Chamberlin.    

Ajoutons enfin au tableau le vocal de Cyril More (frontman et seconde guitare), apportant une véritable patine à l'ensemble et capable d'adapter son chant à toutes les situations pour en faire ressortir chaque nervure, chaque aspérité. The United States of Akrasia est un album dont chaque titre a été pensé, travaillé, peaufiné puis saigné en live pour enfin être couché sur bande, dans un esprit direct et sans filtres aseptisants. Un sens aigu du moindre détail qui fait d'Unstak une formation des plus solides. À bon entendeur...


*Aucune référence à une quelconque odeur corporelle ici.  

Si vous aimez The United States of Akrasia, vous aimerez ...
Commentaires
Olivier_AR, le 18/03/2022 à 12:35
Merci pour cette rectification, c'est corrigé.
BuegesValleyRecords, le 18/03/2022 à 09:38
Rectification: l’album a été produit par Benoît Rave à BuègesV alley Recording Services et non Thibault Lamy (qui s’est occupé du mastering)
Soutenez Albumrock

Nous avons besoin de vous pour garder notre indépendance !


Barème
Sans intérêt
Raté
Très faible
Décevant
Moyen
Bon album
Très bon album
Coup de coeur
Excellent
Culte
Album de la semaine

Pure Reason Revolution


Above Cirrus


"

La résurrection inespérée de Pure Reason Revolution, survenue en plein premier confinement, a maintenant laissé place à la perspective d’un groupe de nouveau pérenne, en témoigne cet Above Cirrus paru moins de deux ans après son grand frère - autant dire qu’on n’en espérait pas tant, et surtout pas aussi vite.

"
À lire également