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Critique d'album

Black Country, New Road


Ants From Up There


(04/02/2022 - Ninja Tune - Post-Rock, Post-Punk - Genre : Rock)
Produit par

1- Intro / 2- Chaos Space Marine / 3- Concorde / 4- Bread Song / 5- Good Will Hunting / 6- Haldern / 7- Mark's Theme / 8- The Place Where He Inserted The Blade / 9- Snow Globes / 10- Basketball Shoes
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Pas de route à sens unique pour les Black Country, New Road."
Mathieu, le 25/03/2022
( mots)

Tout semblait rouler pour les Black Country, New Road, surfant depuis un an maintenant sur la vague initiée par leur mélange explosif situé quelque part entre tradition post-punk et exotisme klezmer. Un seul album leur aura finalement été nécessaire pour se forger une identité unique, reconnaissable entre mille, grâce notamment à la voix mystique d’Issac Wood, incarnant de son timbre profond de baryton ses textes abrasifs. Le collectif de 7 musiciens surdoués, remarqués et remarquables, avec son couple violon/saxophone assez rare dans le monde du rock, a pris tout le monde de court en novembre dernier en annonçant, 1 an après leurs débuts, un second disque baptisé Ants from Up There. Autant dire qu’une attente énorme s’est construite dans la continuité de ce lever de rideau, animée par l’impatience de voir si les BCNR allaient confirmer ou non ce véritable coup d’éclat.


Les quelques pistes dévoilées en amont du jour J avaient déjà su nous aiguiller quant à la direction qu’allait prendre cette nouvelle production lorsque nous délaissions, un peu à contre cœur, la fibre post-punk de leurs débuts pour laisser place à un rock plus organique, à la frontière entre rock indépendant et pop baroque. À la découverte de l’œuvre complète, c’est finalement quelque part entre indie, alt-rock, jazz et pop orchestrale que le groupe a décidé de poser ses valises, non sans délaisser une certaine complexité intégrée à la construction inventive de leurs arrangements.


Vous l’aurez compris, pas de cocktail fusion donc avec la musique klezmer ce coup-ci, mais plutôt un gros clin d’oeil à une pop baroque façon Arcade Fire, dont transpire à grosses gouttes le premier single "Chaos Space Marine", l’un des morceaux les plus direct et festif du disque aux côtés de la pop chaloupée d’un "Good Will Hunting". Ces deux titres, les seuls ne franchissant pas la barre des 5 minutes, constituent finalement deux exceptions au sein d’un ensemble dense et magnifiquement intriqué.


Lorsque l’on était tombé sous le charme de For the First Time pour son explosivité et son imprévisibilité, les premières écoutes de ce nouveau cru peuvent s’avérer laborieuses. Et pour cause, les 8 pistes (en omettant introduction et interlude) se voient ici majoritairement construites autour de la progression mélodique. Fini les cassures rythmiques et les changements de tempos fortuits, le groupe mise ici sur l’art de la tension et de l’enrichissement de patterns mélodiques au fil des mesures. Ants from Up There, se dresse comme la succession de longues montées en puissance, mélodiques, symphoniques aussi, prenant le temps d’installer tranquillement une ambiance propre à chaque pièce. Prenez "Snow Globes", morceau sans structure définie, uniquement construite autour d’une simple ligne de guitare répétée 9 minutes durant, enveloppée au fil du morceau de différentes couches mélodiques. La voix de notre frontman n’a plus qu’à venir se greffer à ce riff continu et laisser déferler tout un éventail d’émotions dont lui seul a le secret.


BCNR a grandi (si vite !) et se la joue sérieux. En plus du désormais traditionnel duo violon/saxophone, viennent ici se greffer flûte traversière et piano (le délicat "The Place Where He Inserted The Blade" ou "Haldern"), renforçant la facette organique de cet album surprenant. Les guitares souvent dévêtis de leurs saturations, pourtant omniprésentes un an auparavant, laissent souvent une place de choix à l‘acoustique. "Concorde", et ses délicates lignes de gratte, viennent se placer en haut du panier, débouchant sur un magnifique feu d’artifice saxophonique. Comme sur le précédent opus, les passages instrumentaux sont mis à l’honneur, allant même jusqu’à titiller le classique sur "Mark’s Theme", subtile interlude piano/saxophone .


BCNR récolte les honneurs avec cette volonté manifeste d’explorer de nouvelles contrées musicales en remettant à plat leurs habitudes de compositions et en redéfinissant leurs frontières artistiques. Que dire de "Bread Song", et de ses passages rubato, à part qu’elle constitue une nouvelle preuve irréfutable du talent insolent de nos 7 jeunes musiciens ? En véritable maître du temps, Isaac Woods mène ses compères du bout de sa voix à travers un titre tortueux, trouvant finalement le bout du tunnel (et le tempo) sur un final lumineux.


Ce second volet constitue finalement un authentique condensé d’émotions, véhiculées par une orchestration aux petits oignons et appuyées par le timbre si profond d’Issac Wood, captivant et possédé par ses textes. Ses intonations à la limite du parlé qui nous avaient tant captées l’an dernier, sont toujours pertinentes dans le contexte plus pop et mélancolique de ce nouvel opus, accentuant un côté toujours aussi théâtral. Il faut certes se laisser du temps pour assimiler cette longue pièce de près d’une heure (une des raisons pour laquelle cette chronique arrive sur le tard d’ailleurs). De la volonté aussi, pour laisser pénétrer ces nappes mélodiques, parfois hésitantes, fragiles, qui se muent la plupart du temps en une explosion épique au bout de crescendos rondement menés (l’épique conclusion "Basketball Shoes" qui reprend malignement le thème de l’intro). Mais le jeu en vaut la chandelle , et si vous êtes à la recherche de sensations fortes, d’un condensé d’émotions à en hérisser les poils, plongez vous sans plus attendre dans cet album tout aussi sensible qu’intelligent. Le groupe parviendra à vous tenir en haleine jusqu’à la pièce conclusive, le pavé "Baskeball Shoes", magnifique synthèse de tout le savoir-faire de la troupe, qui mériterait une analyse à part entière tant le nombre d’éléments abordé est ahurissant !


Tout semble donc rouler pour le septuor du Cambridgeshire, qui suscite toujours notre attention et qui franchit avec brio l’épreuve du second album, parti pris du ré aiguillage stylistique en prime. Alors pourquoi l’emploi du passé en début de chronique ? Toujours tournés vers l’avenir, les anglais vont cependant devoir faire face à un challenge de taille dans le futur suite au départ annoncé d’Issac Wood, quelques jours avant la sortie du disque, malheureusement rongé par la dépression. Bien que l’essence des Black Country, New Road, soit en partie attribuée à la virtuosité de ses musiciens, il est tout à fait naturel de se questionner sur la pertinence du collectif après la perte d’un élément iconique de leur identité artistique. Rendez-vous donc avec quelques éléments de réponse en 2023, pour un troisième opus placé sous le signe du renouveau ? Affaire à suivre... 


 


A écouter : "Concorde", "The Place Where He Inserted the Blade", "Snow Globes"

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Commentaires
Mathieu_h, le 19/09/2022 à 21:30
Merci Franck ! Content que cet album ait pu décrocher ton attention :) Effectivement il est totalement à l'opposé de l'abrasif coup d'essai (que j'adore de mon côté ;) ). Hâte de voir comment le groupe va évoluer suite au départ de leur chateur, surtout que, depuis cette rupture, les setlists live sont composées intégralement de nouveaux titres !
FranckAR, le 18/09/2022 à 12:11
Autant je n'avais pas du tout accroché à l'album précédent, autant celui-ci passe tout seul ! C'est frais, c'est jazzy et original. On tient effectivement un groupe à très gros potentiel. Et très bonne chronique au passage ! :)