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Critique d'album

Deafheaven


Infinite Granite


(20/08/2021 - Sargent House - Blackgaze - Genre : Hard / Métal)
Produit par Justin Meldal Johnsen

1- Shellstar / 2- In Blur / 3- Great Mass of Color / 4- Neptune Raining Diamonds / 5- Lament for Wasps / 6- Villain / 7- The Gnashing / 8- Other Language / 9- Mombasa
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Le coming-out purement shoegaze de Deafheaven impressionne"
Nicolas, le 23/09/2021
( mots)

Alors que l’été touche à sa fin, le verdict des lecteurs d’Albumrock vient de tomber : le meilleur disque de cette mi-2020 n’est autre qu’Infinite Granite de Deafheaven. Fait amusant : alors que dans la plupart des rédactions spécialisées on s’écharpe, qui pour défendre à grands cris le virage à 180° des américains - on y revient un peu plus tard, qui pour conspuer avec force véhémence une trahison envers leur style d’origine, chez nous c’est davantage une question de comprendre pourquoi un disque en apparence aussi inoffensif semble susciter autant d’engouement, tant chez ceux qui nous lisent que chez certains ardents rédacteurs - dont votre serviteur. Autant vous dire que cet article va régler très vite son compte aux délires tragicomiques qui sévissent un peu partout ailleurs : oui, Deafheaven a tourné - presque totalement - le dos à ses allants black metal. So what? Il n’y a chez nous personne, ou à tout le moins plus personne pour le regretter.


Il est de plus en plus difficile de découvrir des groupes de rock réellement singuliers, c’est-à-dire qui ne sonnent comme aucun autre, au son et au style totalement originaux, et Deafheaven fait partie de cette catégorie. Pensez : combiner le black metal - par définition agressif - et le shoegaze - par définition velouté -, il fallait l’oser. Si sur le papier l’association peut paraître incongrue, les américains ont réussi à l’imposer grâce à un savant équilibre sonore : mixage des shrieks vocaux en retrait, distorsion pas trop appuyée, mépris des habituelles thématiques occultes du milieu black, contention de la violence et acidification de la placidité, tout ça pour un rendu tout à fait singulier et, plus encore, singulièrement à propos, on vous renvoie notamment à leur maître-étalon Sunbather qui fêtera cette année ses huit ans. Attention, âmes (un peu trop) sensibles s’abstenir tant la voix peut effrayer le chaland. Un écueil qui ne s’applique pas à ce tout nouveau Infinite Granite, et on vous explique pourquoi.


Déjà sur le précédent Ordinary Corrupt Human Love, le groupe de San Francisco avait opté pour une formule schizophrène en intensifiant la colère des titres nerveux et en introduisant, déjà de la voix claire sur certaines pièces nettement plus dream pop dans l’esprit. Ne restait plus alors qu’à Kerry McCoy (guitare et composition) et George Clark (chant), les deux membres fondateurs, à franchir le Rubicond, chose désormais faite avec Infinite Granite puisque ce cinquième LP a presque totalement tourné le dos aux aboiements d’animaux du black pour se concentrer sur un chant vaporeux, éthéré, certes parfois un peu plus nerveux. En résulte, et c’en est assez effarant quand on mesure le gap géographique et temporel qui sépare Deafheaven de ses aînés, un authentique disque de shoegaze à l’anglo-saxonne. Vous avez bien lu : dans la droite lignée des My Bloody Valentine, Ride, Slowdive ou encore - dans une moindre mesure - Beach House ou The Pains of Being Pure At Heart. Mais s’en étonnera-t-on outre mesure quand McCoy ne cesse de clamer depuis des années son amour pour Kevin Shields (MBV) ou Johnny Marr (The Smiths) ou quand Clark ne cesse de se plaindre de devoir se restreindre à hurler dans son micro et à la redondance que cela implique ? Si les américains perdent ici en originalité - et comment pourrait-il en être autrement ? -, on gage a minima qu’ils ont gagné en accessibilité et ouvert leur musique à un panel d’auditeurs autrement plus vaste, et vous ne vous y êtes d’ailleurs pas trompés.


Dans les faits, Infinite Granite réussit un carton plein avec ses belles textures sonores rêveuses - souvent placides, mais on sent le cauchemar en embuscade, avec une tension qui sommeille, un relent de bestialité qui s’enflamme parfois comme sur les cris déchirants qui achèvent “Great Mass Of Colour”, un single - et premier extrait dévoilé - à tout point enthousiasmant et qui doit beaucoup au maître d’arme ès pop de l’équipée, Justin Meldal Johnsen, engagé à la production après avoir servi les intérêts de Paramore, M83 ou encore Wolf Alice - excusez du peu. On ne cesse de vous vanter ce professionnel des consoles de mixage, et force est de constater qu’il fait ici des merveilles dans ce difficile exercice de compliance envers l’auditeur tout venant. Avant “Great Mass Of Color”, on avait déjà pu apprécier l’entame lumineuse de “Shellstar” ou le plus nerveux “In Blur” avec ses petits roulements de caisse qui crépitent à tout va. Plus loin, “The Gnashing” ressort l’artillerie lourde et déchaîne sa réverb’ pugnace, assénant ses refrains avec conviction. Ce qui différencie Deafheaven du tout venant shoegaze, c’est son assise technique sensiblement au-dessus de la masse, un aspect qui se ressent surtout dans la batterie de Daniel Tracy - mais aussi, encore une fois, par ces allants “blackgaze” pas totalement réprimés, on pensera à des chœurs criards sur l‘enflammé “Other Language” ou au final pour le moins exotique de l’inoffensif (en apparence) “Mombasa” qui surprendra les néophytes avec ces phrasés conclusifs hurlés avec rage, mais d’une part ces derniers sont peu nombreux et d’autre part ils s’inscrivent dans cette personnalité si particulière des américains, et à force d’écoute, on finit par trouver ça totalement naturel. Si si.


Pour le reste et une fois ces atypies digérées, on le répète, c’est banco. Infinite Granite réalise un hold-up parfait sur le shoegaze - désormais parvenu lui aussi au stade du revival. À son écoute, on pense forcément à Ride dans ses allants pop les plus vaporeux, ou à Slowdive dans ses retranchements les plus délicats. Force est de constater que le pari voix claire - mélodie vocale est relevé haut la main. Chaque chanson fait mouche, certes après une prise de contact un peu distanciée, et l’album a tôt fait de vous enserrer totalement dans ses méandres réverbérés. On ne sait quel morceau privilégier tant ils se fondent les uns dans les autres, avec en sus quelques transitions instrumentales parfaitement troussées (“Neptune Raining Diamonds”). Petite préférence personnelle pour un “Lament For Wasps” qui se montre le plus complet, couplets caressants, refrains musclés et concernés, pré-chorus en apnée, guitares entre timidité et passage à tabac auditif. “Villain” n’est pas mal non plus, pour le coup nettement plus apaisant avec ses chuchotements feulés et ses arpèges en ricochets, mais les canevas de cordes électriques auront tôt fait de vous enivrer - on décèlerait même un petit côté Interpol dedans. Enfin bref. Amateurs de black metal, passez votre chemin, vous allez vous ennuyer à mourir. Les autres, si tant est que vous vous montriez un tant soit peu curieux et persévérant, laissez-vous piéger par les lueurs bleues magnétiques de Deafheaven, car oui, on tient là, sans aucun doute possible, l’un des disques de 2021.


A écouter : "In Blur", "Great Mass Of Colour", "Lament For Wasps", "Villain".

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Commentaires
Alexx, le 08/10/2021 à 10:26
Perso, je me délecte (presqu') à chaque fois qu'un groupe de growlers se calme. J'en ai profité pour faire l'éducation de mon fils de 3 ans avec Mombasa :-), entrée magique vers la musique extrême. Le bonheur des uns ...
Etienne, le 04/10/2021 à 10:40
En voilà une belle chronique ! Détestable que le bashing dont le groupe est victime sur les "sites spécialisés" alors que c'est disque est d'une beauté affolante. Laissons ces esprits étriqués se crêper le chignon. Surtout que quand Deafheaven est apparu dans le paysage, les "trve" blackeux conspuaient le groupe: gna gna gna pas maquillés, gna gna gna américains, gna gna gna le son est trop propre, gna gna gna pipi popo... Allez comprendre. Quant à "Mombasa", incroyable conclusion avec ses relents black qui achèvent la bête avec une classe magistrale. Reste à savoir si un prochain opus du même style, l'effet du changement en moins, sera tout aussi réussi et appréciable.
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