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Critique d'album

Frank Zappa


Waka/Jawaka


(05/07/1972 - Rykodisc - Rock, jazz, avant-garde - Genre : Rock)
Produit par Frank Zappa

1- Big Swifty / 2- Your Mouth / 3- It Just Might Be a One-Shot Deal / 4- Waka/Jawaka
Note de 5/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"L’album atypique et injustement sous-coté de Frank Zappa"
Franck, le 16/07/2022
( mots)

S’il y a bien un artiste dont le seul fait d’énumérer la discographie a de quoi filer la migraine au plus aguerri des mélomanes, ce serait à n’en pas douter Frank Zappa. L’œuvre du bonhomme est en effet particulièrement dense et éclectique, et pourra se montrer relativement hermétique pour les curieux qui oseront s’y engouffrer (du moins pour le commun des mortels bercé aux rythmes binaires). Comme la plupart des amateurs de rock, il se peut que vous vous soyez frotté à la musique zappaïenne (comment la qualifier autrement ?) par l’intermédiaire de l’album Hot Rats (1969), chef d’œuvre intemporel du guitarise moustachu, mais aussi album précurseur du jazz fusion (ou jazz-rock). Si c’est le cas, nous ne saurons que vous conseiller d’enchainer directement avec le plus fougueux Waka/Jawaka sorti en 1972. Non seulement vous pourrez y voir une suite directe à Hot Rats (la pochette en fait d’ailleurs allusion), mais en plus vous profiterez d’une œuvre atypique et assez sous-cotée, restée malheureusement dans l’ombre de son plus abouti successeur sorti la même année (The Grand Wazoo).


Si Frank Zappa est particulièrement productif en 1972 (en sortant pas moins de 3 albums), c’est surtout parce qu’il est cloué dans un fauteuil roulant après avoir été poussé dans la fosse de son propre concert par un membre du public (apparemment mécontent de la prestation). L’agresseur justifia son geste en clamant que le musicien lançait des regards un peu trop aguicheurs envers sa petite amie… Une sombre affaire de testostérone qui faillit coûter la vie à Zappa. Mal en point, le compositeur américain s’en tire avec de multiples fractures, un traumatisme crânien et de sérieux problèmes de dos. Dans l’incapacité de remonter sur scène, ce dernier se consacre entièrement à la composition, et en profite pour revenir à une formule jazz-rock nettement plus ambitieuse, marquant le début de la fin des Mothers of Invention, groupe avec lequel Zappa aura tout de même livré plus de 10 albums (dont l’improbable film 200 Motels). Notre guitariste à roulettes voit alors les choses en grand en s’entourant d’un orchestre big-band (formation orchestrale de jazz regroupant en moyenne une dizaine de musiciens) qui apparaitra sous sa forme complète pour The Grand Wazoo.


Comme dit plus tôt, Waka/Jawaka est un disque atypique qui se distingue par son format court (composé uniquement de 4 titres) et par sa liberté de ton, faisant cohabiter des styles et des registres parfois aux antipodes. Même s’il reprend en partie les codes du jazz - mais aussi les excès - Zappa s’amuse à faire voler en éclat toute forme de conformisme, livrant ainsi deux pièces instrumentales majeures en début et fin d’album. La première, intitulée "Big Swifty" est un véritable monument du jazz fusion évoluant entre musique rock savante et univers sonore cartoonesque : Sur plus de 17 minutes, Zappa et son orchestre s’en donnent à cœur joie, confrontant, associant et mêlant plusieurs sections et thèmes musicaux, tout en se laissant aller à de belles sections d’improvisation. Avec ses cuivres survoltés, ses variations de rythmes à foison, et ses différentes trouvailles sonores, le morceau impressionne par sa générosité et la qualité de son instrumentation. Chaque musicien est une pointure dans son domaine (mention spéciale pour le batteur Aynsley Dunbar) et chacun livre une prestation tellement exceptionnelle que chaque écoute permettra de découvrir de nouveaux trésors de compositions. Et que dire des différents solos qui traversent le morceau : débutant sous forme de questions-réponses, la trompette de Sal Marquez et la guitare électrique de Zappa finissent par cohabiter et se superposer dans une cohérence et une gestion du rythme qui force le respect. La deuxième pièce d’envergure n’est autre que le morceau "Waka/Jawaka", qui revient à une approche plus traditionnelle et clinquante pour un nouveau grand moment de musique instrumentale.


L’autre particularité de l’album est d’avoir glissé deux morceaux nettement plus légers et accessibles permettant d’aérer l’ensemble. Quand "Your Mouth" nous enchante avec son irrésistible côté blues/doo-wop et son duo masculin-féminin au chant, "It Just Might Be A One-Shot Deal" tape dans le mille en associant le second degré - presque parodique - d’un couplet complètement barré et un refrain pop-country porté par une superbe partition de pedal steel guitar.


Une chose est sûre, Waka/Jawaka ne brille pas par sa cohérence. Mais force est de constater que l’aspect très récréatif de l’album rend l’écoute de celui-ci particulièrement appréciable. A la base simple transition vers The Grand Wazoo, cette douzième réalisation de Frank Zappa (la cinquième sous son propre nom) aura su avec le temps gagner ses lettres de noblesse - malgré l’échec commercial - tout en se constituant une solide base d’adorateurs.  

Commentaires
FrancoisAR, le 18/07/2022 à 13:31
Le plus grand point faible de cet album, c'est d'être suivi par The Grand Wazoo. Belle chronique. On attend la suite !