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Critique d'album

Island


Yesterday Park


(25/06/2021 - Frenchkiss Records - Pop Rock atmosphérique - Genre : Pop Rock)
Produit par Mikko Gordon

1- Octopus / 2- Everyone's The Same / 3- Do You Remember The Times / 4- Young Days / 5- We Used To Talk / 6- Yesterday Park / 7- By Your Side / 8- The Lines We Follow / 9- When I Gave You My Heart / 10- This Part of Town / 11- My Brother / 12- The Way We Love
Note de 4/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Yesterday Park, ce terrain vague éclairé à la lueur de nos souvenirs d'enfance, est une réussite."
Maxime L, le 29/06/2021
( mots)

Nous y voilà. Enfin. 3 ans après avoir enthousiasmé une grande partie de la rédaction avec leur premier album, Feels Like Airvéritable bulle d'air indie-rock polaire, les Anglais d'Island sont de retour, pour accompagner notre été ; un été encore un peu particulier cette année, au son donc de ce tout frais Yesterday Park.


Ce disque, nous l'avons attendu. Longtemps. Puisqu'après la sortie de Feels Like Air, que votre serviteur découvrit peu de temps après sa sortie, Island a coupé tous les micros, désactivé tous les radars. Silence Radio. Pas le moindre message sur aucun réseau, pas la moindre nouvelle sur leur site officiel. Une attente qui s'est transformée peu à peu en inquiétude, tant on redoutait la fin prématurée d'un groupe, certes éminemment prometteur, mais qui serait tombé de facto dans les limbes des formations anonymes s'arrêtant à un seul album.


Et puis le 31 janvier dernier, ils balancent un tweet (alors que leur compte était inactif depuis 8 mois), un laconique "Hello World, we've missed you, new music coming soon", ("Bonjour le Monde, vous nous avez manqué, de nouvelles chansons arrivent bientôt "), suivi dix jours plus tard, de la sortie d'"Octopus", premier morceau d'Island depuis 3 ans.


Depuis, les Anglais ont considérablement rattrapé leur absence "médiatique" via une communication assez bien pensée, entre clips diffusés en "Première" sur Youtube, coulisses de tournage, et surtout, comme c'est le cas depuis quelques années, des sorties de singles, programmées, mises en scènes, et relayées à un rythme très régulier : depuis février 2021, un morceau par mois dévoilé sur les différentes plateformes de streaming ; ce qui nous fait 5 singles au total avant la parution officielle de Yesterday Park, le 25 juin dernier.


Si la méthode est discutable sur le plan artistique, elle est sans doute nécessaire sur l'aspect "commercial", à plus forte raison par les temps qui courent (contexte de pandémie mondiale pour celles et ceux qui nous lisent dans un très lointain futur). Mais en bon vieux boomer que je peux parfois être, j'ai toujours du mal à recevoir en avance quelques pièces d'un puzzle, que je ne pourrais assembler qu'à l'ultime moment. Et pour ne rien rendre simple, les singles parus sont sortis dans un ordre différent de celui de la tracklist définitive.


Alors non, Island n'est pas un groupe de prog, sur le papier, Yesterday Park n'est pas un concept-album, et à bien y réfléchir, la musique de nos 4 Anglais ne requiert pas de contexte, d'histoire ou d'accompagnement particulier quant à la façon de l'écouter. Ceci étant, et cela fera toute la différence quant à l'appréciation du disque, il y a une trame commune entre les singles (et les autres chansons), une ambiance et une cohérence globale, confirmée par les dires du groupe.


"Yesterday Park is an album about nostalgia and younger days". ("C'est un album sur la nostalgie et notre enfance. Comprendre la "nostalgie de notre enfance"").


Et c'est la situation pandémique qui a progressivement amené leurs compositions à avoir cette "couleur" nostalgique.


"We had the majority of the album written just before everything shut down in March last year, but, since taking that enforced pause, the songs have grown to take on new significance for us. Nostalgia is a feeling that has become more relevant for everyone in the last year, with more time and space to reflect on past experiences. We regrouped in the summer in a strange, semi-locked-down London to record Yesterday Park".*


"Nous avions écrit la majorité de l'album juste avant le confinement de Mars 2020, mais, avec cet arrêt imposé, les morceaux ont évolué vers une signification un peu différente. La nostalgie est un sentiment qui a pris bien plus de place pour tout le monde l'année dernière, avec plus de temps pour se souvenir d'expériences passées. Nous nous sommes réunis durant cet été un peu bizarre, à moitié confiné, à Londres pour enregistrer Yesterday Park".


Alors nous le concédons aisément, la thématique n'a rien de très original, mais elle a du sens, à cette étape là de la vie des musiciens, à cette période là, précisément, dans le monde qui nous entoure. Et si pour ma part, le spleen et la mélancolie sont des sensations habituelles, qui font partie intégrante de ma vie, le hasard fait que les sorties de ces singles correspondent à une période où j'ai pris tout cela comme un boomerang ; et sans m'être penché une seule seconde sur les textes, cette nostalgie m'est apparue évidente, quasiment dès la première écoute du premier single, qui ouvre le disque, "Octopus".


"Octopus", derrière son nom très curieux (les membres d'Island reconnaissent volontiers être très mauvais pour donner des titres, mais celui-ci serait apparu très naturellement), est un parfait titre pour introduire l'album. Court, initié par des harmoniques de guitares tendues qui servent de structure principale, et des parties de batteries enregistrées 2 fois puis superposées, pour donner plus d'emphase à un morceau faussement anodin. C'est d'ailleurs un marqueur fort de la différence de Yesterday Park par rapport à Feels Like Air : l'apport de quelques trouvailles, légères et bricolées (comme ces parties de batteries doublées justement) que l'ont doit au producteur Mikko Gordon (connu pour avoir travaillé avec Thom Yorke), là où les membres d'Island avaient jusque là toujours produit leur musique eux-même.


3 petits couplets, pas de refrain, et en moins de 3 minutes, le chanteur Rollo Doherty nous emmène avec lui dans son angoisse et sa tristesse amère, communicative (voire contagieuse). Et sur cet aspect, Doherty l'explique sans détours :


"It’s about the conflict felt as a musician between wanting to grow older and wiser and wanting to stay young. The song ends by flirting with the idea of reverting back to old ways, and getting back to making trouble."**


"La chanson traite du conflit ressenti, en tant que musicien, entre la volonté de vieillir et devenir plus sage, et celle de vouloir rester jeune. (...) La chanson se termine en frôlant l'idée de revenir en arrière, pour à nouveau faire des conneries".


C'est dans ce sens qu'"Everyone's the Same", apparait ici dans une position parfaite, tant son atmosphère est bien plus espiègle, avec une pointe d'arrogance, qu'on pourrait presque qualifier de Californienne (qui peut évoquer de loin Weezer), avec un groove inhabituel pour les Londoniens, une basse râpeuse et épaisse, quelques coups de cloche ci et là, et une mélodie explosive qui voit l'impeccable Doherty s'égosiller sur un refrain qui sonne de nouveau, comme un cri, envers l'enfance qui s'étiole. Le morceau est court une fois encore, mais d'une efficacité redoutable (et qu'on imagine irrésistible dans la chaleur d'un concert).


Et puis il y a ce troisième titre. Où il convient de baisser les armes, et où la thématique prend tout son sens. Disons le d'emblée, c'est un des vrais moments forts de l'album, qu'on subodorait dès sa sortie en single en mai dernier (et qui mit tout le monde d'accord dans la rédaction). "Do You Remember The Times". Tout est dit. Nul besoin de se pencher sur les paroles pour comprendre que cette chanson, ses guitares suspendues, ses percussions parfois à la lisière de l'électro, est une sorte de ritournelle, une flèche en plein coeur pour qui se souvient de son enfance, et qui fait amèrement le constat de ce qui disparait au fond de soi, à petit feu, à mesure que les jours et les années avancent. "Do You Remember The Times", c'est la chaleur des bitumes des terrains de jeux improvisés l'été, c'est l'attroupement entre gamins du village pour s'ennuyer ensemble, ce sont ces chaudes et longues nuits estivales où l'on peut veiller à la lueur des lampes torches. C'est cette perte totale de repère entre des jours de vacances qui se ressemblent pour notre plus grand bonheur, ce sont ces odeurs de crème glacée et de diabolo-menthe qui passent au travers des volets-clos des maisons. C'est aussi la difficulté de se souvenir avec précision et d'admettre en parallèle, une boule dans la gorge, que tout ça n'est justement dorénavant plus qu'un souvenir.


Et le tour de force des Britanniques, c'est d'avoir réussi à faire plâner cette sensation tout le long de l'écoute du disque. Et au delà de ces divagations névrosées, "Do You Remember The Times" est du pur Island sur le plan musical : de la réverb, des mélodies qui virevoltent et qui s'installent durablement sans sourciller.


La nostalgie ne faiblit pas, elle ralentit simplement, sur le très réussi "Young Days", sa basse presque lassive, ses ligne de guitares mélo-mélancoliques à la Foals (qui reste quoi qu'on pense l'association immédiate à laquelle on pense), en équilibre sur une cymbale ride telle une pulsation cardiaque, lente et apaisée. "Young Days" permet au disque de respirer un peu, le temps d'une parenthèse un peu cotonneuse, une oisiveté un peu adolescente, qui regarderait le monde défiler devant soi en trainant des pieds un peu innocemment, un peu nonchalamment, à l'image de ce pont aux guitares très lentes et aérées.


Et si une fois encore le texte est plutôt convenu, il tape juste. Entre un premier couplet où Rollo Doherty se questionne :


"Where did my young days go ?"


 "This world is for the kids now"


"("Où vont mes jeunes jours ? Ce monde est maintenant pour les enfants")"


et une fin au message plus lourd et plus grave :


""Where did my young days go?


"This war is for the kids now"


"(Où vont mes jeunes jours ? Cette guerre est maintenant pour nos enfants").


Musicalement, la recette n'est pas radicalement différente de celle utilisée sur Feels Like Air : des guitares très mélodiques, une section rythmique éthérée et la voix éraillée de Rollo Doherty, le tout passé au spectre d'une reverb certes très présente ("The Lines We Follow"), mais qui constitue finalement la marque de fabrique du groupe. On peut légitimement regretter un manque de prise de risques sur la seconde moitié de l'album, (on pense à "By Your Side" ou "This Part of Town" relativement anodines) mais une fois encore, il faut voir l'oeuvre comme un ensemble, et en cela, la cohérence est implacable.


La seconde moitié du disque, que l'on situera après le quasi instrumental et très radioheadien "Yesterday Park" ; se révèle être plus traditionnelle, sans que ce soit un frein, les 6 titres s'intégrant parfaitement dans l'atmosphère nostalgico-mélancolique du disque. Si "We used to talk" et sa batterie binaire parait être le creux de l'album, il y a toujours ces lignes de guitares tricotées et ce break musical qui nous retiennent et nous maintiennent éveillés. On notera toutes fois deux réussites supplémentaires, "My Brother", qui en dépit de sa vibe "U2 meets Kings Of Leon", est un vrai très beau moment, porté par un texte poignant, mais surtout le dernier morceau, "The Way We Love", qui permet à l'auditeur de s'envoler, dans des volutes de fumée opaques et ténébreuses, au son d'une ligne mélodique quelque part entre Cigarettes after Sex et The Cure.


Difficile de dire si Island, avec ce Yesterday Park, fait mieux qu'avec Feels Like Air. Pour cela, il nous faudra un peu de temps avant d'être catégorique. Mais il convient de l'écouter en pleine connaissance de cause, de ce pour quoi et vers quoi il a été composé et arrangé : cette nostalgie pure, dont ces douze chansons sont indissociables. Et pour peu que vous soyez un peu réceptif·ve à cette drôle de sensation, alors non, vous non plus, ne resterez pas insensible à ce petit voyage dans le temps.


 


 


*sur atwoodmagazine


**sur gigwise.com

Commentaires
MaximeL, le 30/06/2021 à 16:39
Merci les Collègues !
MathildeAR, le 30/06/2021 à 10:43
Le spleen et la mélancolie sont parfois la meilleure réponse à une situation, voire la meilleure des douceurs, alors si l'album renvoie à ça, c'est tout à son honneur, jolie chronique bien fouillée !
DiegoAR, le 29/06/2021 à 21:59
Merci Maxime pour ce moment de partage, tu fais honneur à un bien bel album avec ta plume trempée dans l'encrier de la nostalgie. Superbe chronique !
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