
David Bowie
The Buddha of Suburbia
Produit par David Bowie, David Richards
1- Buddha Of Suburbia / 2- Sex And The Church / 3- South Horizon / 4- The Mysteries / 5- Bleed Like A Craze, Dad / 6- Strangers When We Meet / 7- Dead Against It / 8- Untitled No. 1 / 9- Ian Fish, U.K. Heir / 10- Buddha Of Suburbia


The Buddha of Suburbia, c’est d’abord un roman de Hanif Kureishi, auteur qui met en scène l’histoire d’un adolescent désenchanté par la vie en banlieue et la marginalité due à son homosexualité. Une histoire qui a tout de suite parlé à David Bowie, lui qui a passé son enfance à Brixton, dans le sud de Londres. Ainsi, lorsque Kureishi lui propose de mettre en musique son histoire, dont une nouvelle adaptation est alors en cours de réalisation tandis qu'une série existe déjà, Bowie accepte sur le champ. Ce qui éveille un tel intérêt chez la star, qui lutte à cette époque pour éviter de sombrer dans les abîmes du has-been, c’est probablement le fait que l’écrivain lui laisse carte blanche sur la composition, loin de se contenter de lui demander les droits pour apposer "Changes" à son œuvre. David Robert Jones, qui entre temps a lu le livre, va donc s’en donner à cœur joie.
Le Bowie de cette ère là est à fond de la musique électronique, il vient en outre de dissoudre Tin Machine, son expérience hard-rock par laquelle il avait tenté de se dissimuler derrière une entité collective, et il n’a certainement pas raccroché avec son besoin d’innovation. La tentative de bande-son du Buddha of Suburbia est donc conforme à cette image déroutante (et déroutée) que renvoie le major au travers d’une œuvre musicale qui n’a de cesse de se transmuter depuis alors plus de vingt ans. Y a-t-il une limite à la réinvention ? C’est la question que pose cet album plus proche de Black Tie White Noise, duquel il semble marquer la continuité, que de Let’s Dance. En effet, il en est fini de l’époque où Bowie s’affichait dans la publicité au son de "Modern Love" et où il distribuait sa gloire à la consommation de masse. Tout ça a surtout conduit à faire naître en lui un sentiment de vide duquel il ne s’est pas défait en 1993. En plus, l’éternelle question de la quête d’identité lui colle toujours à la peau, ou plutôt la lui décolle pour lui en faire enfiler toujours d’autres. C’est aussi ce que l’on retrouve à travers l’histoire de notre adolescent, aux prises avec ses propres conflits d’appartenance culturelle, entre Royaume-Uni et Pakistan, quartier populaire et upper middle-class.
Ce qui émerge sur l’album est un mélange entre ambiances électroniques froides, piano-bar et krautrock, duquel se détache clairement l’éponyme voulu comme le grand hymne du bouddha de la banlieue. Celui-ci, bien qu’il puisse sembler un peu kitsch au premier abord, nécessite une écoute approfondie afin d’en apprécier la langueur. C’est seulement là que l’on pourra en venir à regretter une production un peu surfaite, bien qu’elle s’inspire avec tiédeur d’une gloire spatiale désormais lointaine. Le texte lui semble plutôt fidèle à ce que souhaite relater Kureishi dans son livre.
Après le grand thème donc, on enchaîne sur un "Sex and the Church" pour le moins surprenant. Il faudra alors passer quelques titres pour arriver à quelque chose de plus rythmé. Cette chose c’est notamment "Dead Against It" qui bouscule un peu par son caractère dance. Une dance étrange nous en conviendrons. Au-delà de ce qualificatif, un peu insuffisant bien qu’efficace pour décrire la musique de l’électro-Bowie, il reste cependant possible d’imaginer que ces ambiances déconvenues se mêleraient à merveille aux scènes de la série. Malgré cela, Kureishi ne fut pas entièrement convaincu par le projet et Bowie décida donc de reprendre son travail pour en faire un album à part entière.
Bien que certains morceaux, comme "The Mysteries", se révèlent intéressants sur le plan anecdotique, celui-ci pouvant évoquer les collaborations passées avec Brian Eno, lequel ne manquera pas de faire son come-back au prochain numéro, 1. Outside, en 1995, cette "quasi bande originale" atypique reste difficilement accessible. Qu’attendre d’autre de ce prolongement expérimental de Black Tie White Noise ? Il y a toujours "Strangers when we meet" pour nous faire rêvasser après quelques essais et il faudra faire peut-être faire fi du reste. Dissonances et mélodies déconcertantes ne suffisent pas pour rejeter en bloc une œuvre. En écrivant ceci, je me rends compte qu’il m’est encore difficile de trancher : pour ou contre The Buddha of Suburbia ? Il aurait certainement été plus aisé de défendre cet album en disant qu'il est avant tout la bande-son d'un film. Sur le plan musical en revanche, il faudra sans doute s’armer d’un peu de courage.




















