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Critique d'album

David Bowie


The Buddha of Suburbia


(01/12/1993 - BMG International - - Genre : Rock)
Produit par David Bowie, David Richards

1- Buddha Of Suburbia / 2- Sex And The Church / 3- South Horizon / 4- The Mysteries / 5- Bleed Like A Craze, Dad / 6- Strangers When We Meet / 7- Dead Against It / 8- Untitled No. 1 / 9- Ian Fish, U.K. Heir / 10- Buddha Of Suburbia
Note de 4/5
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Note de 2.5/5 pour cet album
"Mélancolie suburbaine"
Arthur, le 07/04/2026
( mots)

The Buddha of Suburbia, c’est d’abord un roman de Hanif Kureishi, auteur qui met en scène l’histoire d’un adolescent désenchanté par la vie en banlieue et la marginalité due à son homosexualité. Une histoire qui a tout de suite parlé à David Bowie, lui qui a passé son enfance à Brixton, dans le sud de Londres. Ainsi, lorsque Kureishi lui propose de mettre en musique son histoire, dont une nouvelle adaptation est alors en cours de réalisation tandis qu'une série existe déjà, Bowie accepte sur le champ. Ce qui éveille un tel intérêt chez la star, qui lutte à cette époque pour éviter de sombrer dans les abîmes du has-been, c’est probablement le fait que l’écrivain lui laisse carte blanche sur la composition, loin de se contenter de lui demander les droits pour apposer "Changes" à son œuvre. David Robert Jones, qui entre temps a lu le livre, va donc s’en donner à cœur joie.


Le Bowie de cette ère là est à fond de la musique électronique, il vient en outre de dissoudre Tin Machine, son expérience hard-rock par laquelle il avait tenté de se dissimuler derrière une entité collective, et il n’a certainement pas raccroché avec son besoin d’innovation. La tentative de bande-son du Buddha of Suburbia est donc conforme à cette image déroutante (et déroutée) que renvoie le major au travers d’une œuvre musicale qui n’a de cesse de se transmuter depuis alors plus de vingt ans. Y a-t-il une limite à la réinvention ? C’est la question que pose cet album plus proche de Black Tie White Noise, duquel il semble marquer la continuité, que de Let’s Dance. En effet, il en est fini de l’époque où Bowie s’affichait dans la publicité au son de "Modern Love" et où il distribuait sa gloire à la consommation de masse. Tout ça a surtout conduit à faire naître en lui un sentiment de vide duquel il ne s’est pas défait en 1993. En plus, l’éternelle question de la quête d’identité lui colle toujours à la peau, ou plutôt la lui décolle pour lui en faire enfiler toujours d’autres. C’est aussi ce que l’on retrouve à travers l’histoire de notre adolescent, aux prises avec ses propres conflits d’appartenance culturelle, entre Royaume-Uni et Pakistan, quartier populaire et upper middle-class.


Ce qui émerge sur l’album est un mélange entre ambiances électroniques froides, piano-bar et krautrock, duquel se détache clairement l’éponyme voulu comme le grand hymne du bouddha de la banlieue. Celui-ci, bien qu’il puisse sembler un peu kitsch au premier abord, nécessite une écoute approfondie afin d’en apprécier la langueur. C’est seulement là que l’on pourra en venir à regretter une production un peu surfaite, bien qu’elle s’inspire avec tiédeur d’une gloire spatiale désormais lointaine. Le texte lui semble plutôt fidèle à ce que souhaite relater Kureishi dans son livre.


Après le grand thème donc, on enchaîne sur un "Sex and the Church" pour le moins surprenant. Il faudra alors passer quelques titres pour arriver à quelque chose de plus rythmé. Cette chose c’est notamment "Dead Against It" qui bouscule un peu par son caractère dance. Une dance étrange nous en conviendrons. Au-delà de ce qualificatif, un peu insuffisant bien qu’efficace pour décrire la musique de l’électro-Bowie, il reste cependant possible d’imaginer que ces ambiances déconvenues se mêleraient à merveille aux scènes de la série. Malgré cela, Kureishi ne fut pas entièrement convaincu par le projet et Bowie décida donc de reprendre son travail pour en faire un album à part entière.


Bien que certains morceaux, comme "The Mysteries", se révèlent intéressants sur le plan anecdotique, celui-ci pouvant évoquer les collaborations passées avec Brian Eno, lequel ne manquera pas de faire son come-back au prochain numéro, 1. Outside, en 1995, cette "quasi bande originale" atypique reste difficilement accessible. Qu’attendre d’autre de ce prolongement expérimental de Black Tie White Noise ? Il y a toujours "Strangers when we meet" pour nous faire rêvasser après quelques essais et il faudra faire peut-être faire fi du reste. Dissonances et mélodies déconcertantes ne suffisent pas pour rejeter en bloc une œuvre. En écrivant ceci, je me rends compte qu’il m’est encore difficile de trancher : pour ou contre The Buddha of Suburbia ? Il aurait certainement été plus aisé de défendre cet album en disant qu'il est avant tout la bande-son d'un film. Sur le plan musical en revanche, il faudra sans doute s’armer d’un peu de courage.

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Commentaires
Amaury de Lauzanne, le 12/07/2024 à 19:59
Dans l'odyssée Bowie se cache un passager clandestin, un album sorti en catimini presque incognito dans l'ombre de Black Tie White Noise. Longtemps passé sous silence, cet hybride de grande classe est certainement son disque le plus convaincant depuis des années à la ramasse. A la rue depuis des années, Bowie sort enfin de l'impasse.... Ceci n'est pas une bande originale de film de la BBC...Le disque est né à la suite d'une interview entre Bowie et le romancier Hanif Kureishi lors d'une tournée de presse pour Black Tie White Noise (1993). Bowie accepta de composer la musique d'une prochaine adaptation télévisée de l'ouvrage The Buddha of Suburbia. En effet ce natif de Brixton retrouvait dans le livre paru en 1990 les rites de passage adolescents du personnage Karim, ceux de sa propre jeunesse de banlieusard avide d'expériences de toutes sortes. Après avoir fait des pistes de base, Bowie développa le projet en un album complet en collaboration avec le musicien Erdal Kizilçay, son comparse des années 1980 et l'auteur du bidesque Too Dizzy, passé sans regret à la trappe des rééditions de Never Let Me Down. La collaboration atteint ici un niveau très supérieur avec ce nouvel opus concocté en duo au coeur de l'été 1993. Alors que Black Tie White Noise fut enregistré sur plusieurs mois contribuant ainsi à un éclectisme de qualité inégale, quelques jours suffirent seulement pour The Buddha of Suburbia lui donnant ainsi une identité indiscutable. Dix ans plus tard, Bowie confiait qu'il avait été très heureux à l'époque et fier de son travail parlant même de son album préféré : "Mon propre succès en tant qu'auteur-compositeur et interprète, je pense, dépend vraiment de savoir si je le fais avec une intégrité personnelle. Toutes mes plus grosses erreurs se produisent lorsque j’essaie de plaire à un public. Mon travail est toujours plus fort lorsque je suis très égoïste et que je fais simplement ce que je veux faire. Je préférerais de loin dire que j'ai fait Buddha of Suburbia. Je me sens beaucoup plus à l'aise avec cela qu'avec Never Let Me Down." Dans les notes de la pochette, il évoque l'influence du travail de Brian Eno qu'il retrouvera par la suite pour Outside et il compose tous les titres, preuve de son investissement sincère. On peut donc s'attendre à une belle expérience musicale. L'enregistrement prit six jours aux Studios Mountain de Montreux en Suisse et Mike Garson contribua aux ajouts de