Les Contre-Victoires de la Musique 2025
Lauréats
L'album de l'année
Last Train - III :
Le meilleur du Rock
The Inspector Cluzo - Less Is More : Les landais nous gratifient d'un 10ème album enregistré à Nashville avec Vance Powell (Jack White, The Raconteurs...) et il faut avouer que nos "French Bastards" tiennent une fois de plus la dragée haute aux formations américaines pour balancer un blues-rock guitare/batterie brut et accrocheur (le refrain de "Catfarm", catchy à souhait). Avec leur auto-dérision caractéristique, Laurent Lacrouts et Mathieu Jourdain invitent à revenir à l'essentiel et d'arrêter la course effrénée vers toujours plus de consommation ("Less is More", impeccable) tout en se payant le luxe de reprendre avec réussite l'un des meilleurs morceaux de Crosby, Stills, Nash and Young ("Almost Cut My Hair"). Les gascons signent un nouvel album réjouissant.
Storm Orchestra - Get Better : Désigné album français de l'année par nos lecteurs en 2023, What a Time to Be Alive faisait l’effet d’une petite bombe sur la scène hexagonale, porté par une approche aussi explosive que maîtrisée. Sans prétendre révolutionner les codes d’un power rock musclé déjà bien balisé - notamment par des formations britanniques comme Royal Blood, Nothing But Thieves ou Dead Poet Society - Storm Orchestra parvenait à imposer sa patte, alliant énergie brute et ambition affirmée. Autant dire que la suite était attendue de pied ferme. Avec Get Better, le trio parisien remet le couvert et livre un album sans temps morts, enchaînant les morceaux directs, immédiats et résolument fédérateurs, tout en s’autorisant quelques incursions hardcore bien senties. Si l’effet de surprise s’est estompé et que certains titres paraissent, à la longue, légèrement en retrait, Get Better n’en demeure pas moins un disque de très bonne facture, porté par une production soignée et une efficacité redoutable. De quoi confirmer l’ascension du groupe et, surtout, laisser présager des concerts pour le moins enflammés.
Deportivo - Reptile : Reptile, ou le come-back espéré. Loin d’un simple exercice nostalgique, Deportivo y transforme son histoire en matière vivante, assumant le poids des années sans jamais renier le socle sonore si singulier de son passé. Porté par une plume toujours aussi malicieuse et par une efficacité minimaliste désormais croisée à une sensibilité pleinement assumée, l’album capte un groupe en parfait accord avec son présent, libre de ses choix et de ses inspirations. Reptile expose ainsi un Deportivo plus actuel que jamais, tout aussi capable de dialoguer avec son héritage que d’affirmer une pertinence résolument contemporaine
Animal Triste - Jericho
FFF - U Scream
Le meilleur du Rock Progressif
JPL - Post Scriptum : Le retour du guitariste vellave JPL après sa trilogie Sapiens (2020-2022) est à la hauteur des attentes. Contrairement à ce que son nom pourrait indiquer, ce douzième album solo n'est pas un simple post-scriptum intégré en bonus aux opus précédents, mais bien une œuvre à part entière inscrite dans les différentes faces esthétiques du compositeur - le rock progressif, le Metal et la chanson parfois pop. Les amateurs du musicien seront ravis, quand les néophytes découvriront un artiste français accompli bien qu'assez injustement méconnu.
Path of Ilya - La Dégustation : Sur ce second album, le trio (ultra-)progressif et fou-furieux s’aventure dans une dimension qui intègre une puissante dose de jazz, de groove et de funk, une foultitude de sonorités électroniques, du rock psychédélique confit à la fumée de champignons hallucinés, des dérapages métalliques à faire rougir la Gardienne des Ténèbres du Hellfest, d’expérimentations inspirées et des changements de rythme improbables. En guise de fil rouge, c’est l’humour (trop rarement présent dans le rock progressif) qui condimente tout l’album. Les trois barbus en salopette orange multiplient avec gourmandise les private jokes. Ca se devine. Ca s’entend. Ca se sent. Mais, par définition, ce genre de condiment doit rester secret. Sinon la joke n’est plus private…
Gérald Moizan – New Beginning : Technicien-son et auteur de vidéos pédagogiques pour le magazine Guitar Part, Gérald Moizan propose un troisième album ambitieux qui démontre une fois encore qu’il est capable de tout jouer avec talent et bonheur. New Beginning est articulé en deux "faces" : la première compte sept titres et la seconde une longue pièce déclinée en quatre chapitres. Le guitariste est entouré de trois prodiges qui délivrent une musique ultra-sophistiquée, alternant des développements progressifs, très narratifs et diaboliquement orchestrés, et des titres funky/pop avec cuivres, plus festifs et dansants. Si le mariage entre les deux styles n’est pas toujours convaincant, il se trouve sur l’album des compositions explosives ou bibliques qui méritent le détour.
Esthesis - Out of Step
Le meilleur de l'Indie Rock
Homme Bleu - Dark Matter : Algérien de père et Breton de mère, Homme Bleu propose ici une suite anglophone à son Bal des Crocodiles (2023) qui était chanté dans la langue de Voltaire. Sans concession commerciale aucune, Dark Matter se déroule dans une ambiance générale assez désabusée (parfois tourmentée) qui s’inscrit dans les canons d’un rock électro-indie contemporain biberonné à la cold wave eighties. Les plages qui s’enchaînent installent un spleen inaltérable pour composer une œuvre exigeante qui impose des écoutes répétées avant de livrer toutes ses nuances entre gris moyen et gris très foncé. Il est à noter que le fabuleux Tom Verlaine intervient sur deux titres proposés en bonus.
Le meilleur de l'indie Folk
Seesayle – Streams : Multi-instrumentiste et professeure de rock, Seesayle s’est inventé un univers musical inclassable où elle règne en Reine sur un petit peuple composé essentiellement d’elle-même et de ceux et celles qui acceptent de partager des sonorités rêveuses, son humour à deux balles, sa modestie innommable et sa patience d’ange ou de démon. Streams se démarque de ses prédécesseurs par le recours – fort heureux - à la langue française. Dans le terreau ardennais de la musique de Seesayle, il se trouve aujourd’hui des racines rock (aux très lointains accents punks ou grunge), des souches folk, des complications jazzy, un fifrelin d’électro décalé, un goût de terroir, des assemblages sonores complexes, des boucles marrantes, des curiosités fascinantes, des musicalités étranges, des anciennetés savantes, des interrogations et des modernités surprenantes... Un cabinet de curiosités où il est parfois difficile d’entrer mais dont il est vraiment impossible de sortir.
Le meilleur du Blues rock
Léo Benmass – Origins : Léo Benmass "a" le blues. Le blues rock. Dans la voix et – surtout – dans sa Fender Stratocaster. Mais ce n’est pas ce blues rock œcuménique que les cover bands s’obstinent à reproduire sempiternellement, à la nuance électrique près, depuis que les notes du dernier matin de Woodstock ont éclaboussé la plaine. Épaulé par un batteur qui cultive l’art de la nuance et un bassiste proprement infernal, le guitariste alterne les reprises (les réécritures, en fait) et les compositions pour proposer un album définitivement vital (et en anglais dans le texte) enregistré en studio mais dans des conditions instrumentales live (la voix étant ensuite captée séparément). Une surprise merveilleuse.
Urban And The Broken Woods - Urban And The Broken Woods : Ressuscitant une "hippie touch" que l’on croyait disparue à jamais, le groupe livre un album qui reflète parfaitement l’air du temps jadis, fin sixties, début seventies. Le joyeux bordel sonore de circonstance ne répond, comme les grands anciens qui l’ont inspiré, à aucune règle académique et flirte parfois avec des conceptions hasardeuses. Mais on s’en fout. Parce qu’il y a une telle honnêteté dans la démarche que, si l’on met de côté ses préjugés et réserves instinctives, l’opus devient vraiment attachant. Il s’écoute avec le même bonheur que l’on peut éprouver lorsque l’on regarde (avec un peu de nostalgie) des photos de famille anciennes aux couleurs passées mais aux souvenirs bien présents.
Le meilleur du Punk (punk-rock / post-punk)
Basic Partner - NEW DECADE : Avec New Decade, Basic Partner signe un premier album tendu et maîtrisé, qui s’impose rapidement comme l’une des propositions post-punk françaises les plus solides du moment. Le groupe y déploie une écriture nerveuse, oscillant entre froideur mécanique et éclats plus émotionnels, portée par des guitares incisives et une section rythmique constamment sous pression, évoquant par instants la gravité d’Interpol ou la tension du Fontaines D.C. des débuts. Sans jamais tomber dans la démonstration, New Decade joue sur les contrastes : tension contenue, montées abrasives et accalmies trompeuses qui renforcent l’impact d’ensemble. Entre post-punk sombre et élans plus directs rappelant parfois Shame, l’album affirme une identité déjà bien en place et laisse entrevoir de belles marges d’évolution.
Fragile - Big Big Smile
Le meilleur du Stoner / Doom / Psyché
YOJIMBO - Cycles : YOJIMBO est un groupe de stoner à tendance doom metal originaire de Strasbourg, qui propose avec Cycles, son tout premier album. Si la scène française regorge de formations talentueuses dans ce registre, plus rares sont celles qui atteignent un tel niveau de maîtrise et de production dès leur entrée en matière. YOJIMBO fait sans conteste partie de cette catégorie. Cycles s’impose en effet comme un premier album solide, à la fois massif et nuancé, qui témoigne d’une vraie maturité d’écriture. Les Alsaciens y affirment une identité forte, portée par une production soignée et une dynamique générale très plaisante. Si quelques axes d’évolution se dessinent encore, ils laissent entrevoir un très beau potentiel.
Liquid Bear - Second Life
Le meilleur du Metal
Grandma's Ashes - Bruxism
Landmvrks
Le meilleur du Metal extrême
The Great Old Ones - Kadath : Plus que jamais ancré dans ses racines black-metal, The Great Old Ones poursuit avec Kadath une cohérence rare son œuvre de mise en sons de l’imaginaire lovecraftien, en livrant un album aussi ambitieux que maîtrisé. Véritable odyssée onirique, ce cinquième chapitre conjugue la rigueur d’un black-metal exigeant à une écriture profondément atmosphérique, pensée comme un voyage plutôt qu’une simple succession de titres. Kadath s’impose alors comme une évidence hors du temps, un disque qui continue de hanter et d’irriguer près d'une année après sa sortie. Couronnement sombre et incantatoire, il s’affirme comme l'un des très grands albums de metal extrême français de 2025, consacrant The Great Old Ones en valeur sûre de la scène hexagonale, gardiens de la magie noire et architectes d’un abîme désormais incontournable.
Igorrr - Amen : Véritable tour de force d’écriture et de sonorités, Amen voit Igorrr transcender le chaos. Son auteur, Gautier Serre, orchestre ici une collision frontale entre baroque, metalcore et chants liturgiques, articulée avec une précision chirurgicale. Igorrr dépasse ainsi l’approche d’une musique purement expérimentale qui, à force d’être étirée, fragmentée et recomposée, s’affirme comme une identité sonore pleinement constituée. Amen devient dès lors comme l’un des sommets créatifs de 2025. Un album impressionnant qui consacre définitivement Igorrr en alchimiste suprême des genres inconciliables, capable de transformer le vacarme en incantation hallucinatoire.
Novelists - Coda : Coda scelle l'identité de Novelists dans une fusion éclatante de metalcore technique et d'élans mélodiques d'une pureté rare. Porté par la voix habitée de Camille Contreras, le disque navigue avec une grâce insolente entre la complexité du djent et une sensibilité moderne, faisant de chaque morceau un écrin de lumière et de vulnérabilité. En équilibre parfait entre puissance brute et clarté cristalline, Coda s’impose en référence du metal moderne hexagonal de l'année écoulée. Une œuvre lumineuse et organique, qui achève de transformer le groupe en un phare incontournable de la scène mélodique européenne.
LANDMVRKS - The Darkest Place I've Ever Been : Avec The Darkest Place I’ve Ever Been, LANDMVRKS ne se contente plus de dominer la scène metal française : les Marseillais incarnent en France l’explosion populaire du metalcore. Porté par une viralité fulgurante sur les réseaux sociaux et des prestations scéniques incendiaires ayant capté bien au-delà d’un simple public d’initiés, le groupe et cet album s’apparentent à un exutoire collectif géant. Il est fascinant, presque irréel, d’observer comment le metalcore a su, en cette année 2025, conquérir un public aussi massif, marchant dans les pas de l’onde de choc mondiale de Lorna Shore pour briser définitivement le plafond de verre des musiques extrêmes. Entre cassures rythmiques dévastatrices et refrains d’une efficacité redoutable, ce disque insuffle un nouvel élan musical, sur lequel LANDMVRKS s’affirme comme le fer de lance d’une scène qui n’a plus peur d’hurler sa rage à la face du monde.
Le meilleur du rock instrumental
BRUIT - The Age of Ephemerality
Maudits - In situ







