La Route du Rock 2010
- Introduction
- Vendredi 13 Août
- Samedi 14 Août
- Dimanche 15 Août
Dimanche 15 Août
Dans la nuit j'ai survécu à la sortie de la route du rock sur un chemin complètement boueux et cabossé. Par bonheur, le retour ici se fait avec le soleil, il a même déjà séché une grande partie de la terre et diminué l'étendue des flaques. Les bottes en plastique ne sont donc plus vraiment de mise mais elles demeurent d'actualité pour certains spectateurs échaudés par la soirée d'hier. Confiant en ma Bretagne, je fais comme si de rien n'était. C'est malheureusement un peu la même attitude que j'ai en écoutant les Suédois de Thus:Owls. Leur cabaret un peu jazz, avec piano et contrebasse, est déroutant. Ce n'est surtout ni le lieu ni le moment pour moi. Sur la route de l'étrange la chanteuse a une belle et puissante voix mais une façon d'interpréter qui finit par lasser même si ses compagnons ont beau s'appliquer.

La nuit vient de se lever, le fort semble paré de tous ses atouts pour affronter l'assaut sonore de Serena Maneesh. Clairement, la plastique de Hilma Nikolaisen, bassiste à la blondeur norvégienne, et la cadence de ses pas sautés ne me laissent pas de glace. Plus perturbant et perturbé, Emil Nikolaisen, son frère guitariste et chanteur, visiblement bien allumé, a décidé de ne pas faire de quartier. Ça sonne comme, et ça joue presque aussi fort, que My Bloody Valentine. Mais la transe noisy aux mélodies submergées par des nappes saturées sous un dôme de réverbération me provoquent, à la longue, quelques belles sensations. Le batteur n'y est pas pour rien. Possédé, Emil fait tomber un ampli, plusieurs fois son micro et traîne sa guitare au sol avant de finir le concert seul sur scène, allongé sur le dos, en jouant quelques accords de guitares pendant que le son de ses compagnons s'évanouit dans la nuit. En 42 minutes et seulement 7 morceaux, les ruines du fort ont tremblé et quelques spectateurs ont apparemment eu peur. Interloqué, j'ai déjà envie de les revoir dans un autre contexte, dans un autre état... The National est en revanche espéré par la majeure partie du public. De mon côté, je redoute ce que j'ai toujours ressenti en les écoutant chez moi. C'est bien réalisé, c'est parfois beau et sombre comme j'aime, mais, au bout du compte, il ne me reste presque rien. En grande formation, ils sont huit sur scène avec trombone et trompette, ma crainte est rapidement confirmée. C'est trop carré et trop soigné pour que la voix de Matt Berninger aille fouiller où ça me remue. Tel un autiste, il se bouge malgré tout pour nous faire voyager mais je reste sur le bord de la route. Sa belle voix grave et ses soudaines gueulantes n'y changent rien. Ce que j'entends et vois manque d'authenticité. La dédicace d'un morceau "pour tous les Français qui ont apprécié notre musique un peu avant tout le monde" conforte ironiquement mon avis. A la question "quelle serait la meilleur façon d’écouter votre musique ?" Matt Berninger avait répondu en 2008 : "de la manière dont nous le faisons, c’est-à-dire au casque. Il n’y a pas besoin d’une atmosphère de fête. C’est plutôt quelque chose que tu écoutes en solitaire. Nos chansons sont intimes et quand on les joue sur scène, c’est une sensation étrange." Je ne peux qu'acquiescer. Tant pis, la foule, elle, a apprécié.

Reste que ce vingtième anniversaire de La Route du Rock a bel et bien été fêté, avec ou sans The Flaming Lips. Avec 20 000 spectateurs sur les trois jours, soit 5 000 de plus que l'année dernière, François Floret, le directeur du festival ne cache pas sa satisfaction : "je suis content de la fréquentation. Malgré la pluie et la gadoue, samedi, les festivaliers sont venus apprécier la musique que nous proposions." Il faut ajouter que Massive Attack en a attiré plus de la moitié en étant le seul groupe à faire l'unanimité. Mais La Route du Rock c'est aussi et surtout la découverte ou la confirmation de groupes très différents scéniquement et musicalement. Il suffit juste de reconnaître ce que l'on aime vraiment pour vite oublier ceux qui nous ont déplu, au moins sur l'instant. En attendant, la vingt-et-unième édition nous fera sûrement vivre d'autres grands moments.







