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Critique d'album

Last Train


Weathering


(07/04/2017 - Cold Fame Records - Du cuir et des c*uilles - Genre : Rock)
Produit par Rémi Gettliffe

1- Dropped By The Doves / 2- Never Seen The Light / 3- Jane / 4- Between Wounds / 5- Golden Songs / 6- Fire / 7- Way Out / 8- House Of The Moon / 9- Sunday Morning Son / 10- Time / 11- Cold Fever / 12- Weathering
Note de 4/5
Vous aussi, notez cet album ! (16 votes)
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Des défauts certes dans ce premier album tant attendu, mais bon sang qu'est-ce que c'est bon !"
Nicolas, le 27/04/2017
( mots)

On ne va pas se mentir : un groupe comme Last Train a quelque chose d’assez inespéré dans le paysage hexagonal. Vingt ans, au bas mot, que l’on attendait une formation capable de tenir la dragée haute aux tenanciers de la scène anglo-saxonne, de rivaliser avec les belges qui eux n’ont plus rien à prouver dans le secteur (Ghinzu, dEUS, The Black Box Revelation and so on, autant de grands d’Europe voire du monde). Non pas que les français n’aient rien à dire ni qu’ils n’en aient pas les moyens, seulement… seulement nous manquons à la fois d’enthousiasme en terme de rock et de locomotives capables de générer un tel enthousiasme. Les mulhousiens peuvent-ils à eux seuls supporter un tel statut sur leurs jeunes épaules encore frêles ? Telle est la question, d’autant que leur Weathering, tout réjouissant qu’il soit, n'est pas exempt de reproches.


Mais commençons par les présentations si vous n’avez pas encore visionné la vidéo de Clément aka Méloman consacrée au groupe sur YouTube. Last Train, ce sont quatre jeunes de même pas vingt ans répondant aux doux noms de Jean-Noël (chant et guitare), Julien (guitare), Tim (basse) et Antoine (batterie) et qui, ayant décidé de jouer du rock au collège dès leurs quinzièmes printemps, se sont mis en tête de se professionnaliser depuis une bonne paire d’années, le tout en autarcie via leur propre label Cold Fame Records. AJoutez à cela deux EP remarqués, quelques titres radiodiffusés sur Ouï FM et une kyrielle de concerts délivrés déjà dans plusieurs pays d’Europe, et tout ça sans même avoir sorti le moindre album studio : pas mal.


Rentrons dès à présent dans le vif du sujet (qui fâche). Déjà il faudrait vraiment, vraiment que les rockers de France et de Navarre en finissent avec cette espèce de manie ou de tradition (récente, qui plus est) de se faire appeler par leurs simples prénoms. Merde quoi, Bertrand Cantat, c’est Bertrand Cantat, pas Bertrand ! Imagine-t-on les membres d’Oasis se désigner comme Noel, Liam, Paul, Paulo et Tony ? Soyons sérieux une minute. Notez que la référence à Oasis n’est pas fortuite, tant la voix de Jean-Noël rappelle celle de Liam (Gallagher donc) avec parfois un petit côté Kelly Jones aux entournures (“Golden Songs”, so Stereophonics man!), sans compter que nombre de morceaux de ce Weathering ne dépareilleraient pas, mais alors pas du tout, dans le répertoire des lads britanniques. Mulhouse - Manchester, même combat ? L’affaire est plus compliquée qu'il n'y paraît puisqu’à ce côté brit pop morveux s’ajoute une fibre blues heavy que ne renieraient pas des acteurs comme Black Rebel Motorcycle Club et The Black Box Revelation. Et si le mélange fonctionne, il manque parfois de cohérence.


Puisque qui aime bien châtie bien, poursuivons avec les griefs, histoire que notre sac soit bien vide avant d’attaquer les éloges de ce Weathering. On sent tout de suite à l’écoute du disque que les Last Train ont un sacré pedigree, qu’ils ont bien appris leurs leçons et qu’ils savent parfaitement les réciter… sauf qu’il leur manque un liant. Ce premier album studio a en effet une fâcheuse tendance à partir dans tous les sens. Rien qu’en terme d’entame s’enchaînent un mid-tempo goguenard que ne renieraient pas Peter Heyes et ses sbires (“Dropped By The Doves”), un brûlot blues-rock subhystérique marquant à la culotte les oeuvres du duo wallon Paternoster - Van Djick (“Never Senn The Light”) et un blues à rallonge façon “Since I’ve Been Loving You” de Led Zeppelin sur III, et n'est pas Led Zep qui veut. Avouez qu’en terme d’intention, on a connu plus lisible. Là-dessus, quelle n’est pas notre surprise à l'écoute du joli arpège de guitare de “House On The Moon” qui semble tout droit sorti des élucubrations de… Jonny Greenwood et qui aurait pu finir en bonne place sur un titre de Radiohead ? N’y aurait-il pas là comme une erreur de casting eût égard aux sous-genres de rock jusqu’ici abordés ? Mais repartons sur le premier morceau et écoutons Jean-Noël chanter : eh bien on trouve là tous les tics vocaux de Liam G, absolument tous, au point que c’en est vraiment dérangeant. Non que l’on exècre le cadet des Gallagher, au contraire même, mais l’inspiration apparaît trop voyante. Revenons au titre numéro deux, et là, on a à l’inverse l’impression que Jean-Noël en fait trop : la voix est maîtrisée dans des éraillements éructés avec gourmandise, mais le jeu instrumental n’est sans doute pas à la hauteur d’une telle énergie, un décalage qui pourrait être facilement rectifié avec un bon producteur. Remarque qui vaut également pour l’équilibre des titres, soit à l’intérieur d’eux-mêmes, soit les uns par rapport aux autres. Avec ses 7 minutes et quelques au compteur, “Jane”, malgré ses qualités, plombe l’entame du disque qui pourtant partait sur les chapeaux de roue. Placé ailleurs et/ou amputé de quelques minutes superflues en son sein, l’affaire aurait pu prendre une toute autre tournure. Là encore, avec des acteurs aussi jeunes, un tel problème aurait aisément pu être surmonté avec le regard d’un producteur ayant de la bouteille. D’une façon générale, Weathering pêche par trop de matière : l’album est long (12 titres, 54 minutes et quelques) et aurait gagné à quelques coups de ciseaux : le pont dissonant de “Way Out”, tout intéressant qu’il soit, n’apporte pas grand chose à l’affaire et se fera systématiquement charcuter à l’antenne ; “Fire” se porterait bien mieux sans quelques longueurs impavides entre ses envolées blues surpuissantes ; des exemples comme ça, il y en a des caisses. D’une façon générale, c’est là toute la difficulté de retranscrire sur disque des titres interprétés en live : si certaines digressions passent sans aucun souci sur scène, il en va tout autrement en studio où il faut souvent opérer une analyse circonstanciée plus à froid et réfléchir non plus seulement en terme d’énergie (les “temps forts” entrecoupés de respirations des concerts) mais aussi en terme d'enchaînement, de rythme et d'équilibre global. Enfin, attention à certains emprunts mélodiques un peu trop voyants : “Sunday Morning John” fait beaucoup penser à mix de “Champagne Supernova” et de “Little James” d’Oasis : la chanson paraît bonne, mais sans doute aurait-elle gagné à être un peu plus maturée et digérée.


Mais alors, pourquoi une telle note au regard des griefs exposés ? Parce que, nonobstant ces récriminations, Last Train fait un sans faute sur le reste, à savoir sur l’essentiel. Last Train a le bagage qu’il faut, un chanteur qui envoie du lourd, des instrumentistes qui assurent, de sorte qu’on n’a pas honte de tenter d’emblée des comparaisons avec des groupes internationaux auxquels les mulhousiens peuvent sans problème aspirer à se frotter. Last Train a tout compris à un rock chevillé au corps, infiltré au plus profond de la moelle, joué avec les tripes et recraché avec le cœur. Last Train sait écrire des putain de bonnes chansons (“Between Wounds” qui ne jurerait pas sur Definitely Maybe), et même parfois des tubes (“Way Out”, “Cold Fever”, incontestablement réussis). Last Train a du talent et sait susciter l’émotion (“House On The Moon”), tant dans l’énergie débridée que dans l’épure, voire dans l’enchaînement des deux (“Fire”, “Weathering”). Last Train a surtout accouché d’un premier album solide qui, même bourré de défauts, sait se montrer attachant, entêtant et même enthousiasmant, un album grâce auquel on est prêt à tout pardonner aux mulhousiens. Continuez comme ça les mecs, mais par pitié, entourez-vous bien la prochaine fois, allez chercher un producteur anglais (au pif : James Ford, Owen Morris, Jim Abiss ou Tom Dalgety), réfléchissez en terme de disque et pas uniquement en terme de live, et faites-nous un album véritablement digne de votre talent. Vous en êtes capables, alors feu, et pas de quartier ! Et à très bientôt sur scène.

Note de 4.0/5 pour cet album
"L'album de la démerde ! Et c'est bon..."
Clément, le 22/06/2017

Le contexte :

Rarement un album aura suscité autant d'attentes et d'engouement de la part de la scène française, et encore moins lorsque l'on sait qu'il s'agit du tout premier album d'un groupe indépendant français. La question qu'on est donc en droit de se poser c'est "Est-ce que ça valait vraiment le coup d'en faire des caisses à ce point-là ? Verdict ?

A la production, que ce soit en terme d'enregistrements et de mixage on retrouve Rémi Gettliffe. Un monsieur qui accompagne le groupe depuis ses débuts, à tel point qu'on le considère presque comme le 5ème Last Train. L'opération de mastering en revanche a été confié au fameux studio Abbey Road (The Beatles, Pink Floyd entre beaaaaaucoup d'autres).

En ce qui me concerne j'ai abordé l'écoute de cet album avec un sentiment mitigé. Notamment parce que j'avais de grosses attentes comme la plupart de mes confrères/soeurs, mais également parce que sur la tracklist de la galette, 4 morceaux sur 12 sont déjà connus et non retravaillés. Parmi ceux-ci on retrouvera notamment "Cold Fever", morceau le plus teen pop du groupe, ce qui va complètement à l'encontre de la direction plus mature que prenait la musique des 4 comparses de Mulhouse.

Weathering était clairement attendu comme un renouveau du rock français et comme l'aboutissement d'années de travail d'un groupe dont on ne connait pas grand chose en studio mais qui fait beaucoup parler de lui en live. La vérité mes chers amis c'est que Weathering c'est tellement plus que ça...

Le processus de composition de cet album est particulièrement intéressant car il est constitué de morceaux existant depuis un certain temps et ayant été rôdé en live avant d'être enregistré. Soit l'inverse du processus traditionnel de composition du paysage musical actuel.

Le jeune groupe donne finalement une réelle impression du fameux "album de la maturité", sauf qu'il s'agit de son premier album. Et ça c'est balèze.

Au final, Weathering c'est un album qui est brut, qui est gras, mais qui n'est jamais sale.

Les - :

- Cet album est simple. Amateurs de Dragonforce passez votre chemin, même les solos de guitare aux apparences les plus épiques n'ont techniquement rien d'impressionnant. Mais le groupe en a fait sa marque de fabrique.

- Pour ceux qui connaissent le Black Rebel Motorcycle Club (BRMC pour les intimes), il s'agit d'une très grosse source d'inspiration de Last Train et ça se sent. A tel point que ce "mimétisme affectif" transpire dès le premier morceau, “Dropped By The Doves", dont les lignes de guitare rappellent étrangement les gimmicks de "Hate The Taste" de leurs grands frères spirituels.

Weathering est cliché. Mais alors vraiment cliché. Certains passages sentent le rock US à plein nez et d'autres nous emmènent dans des ballades pour le moins stéréotypées...

Mais l'album n'en est pas moins bon !

Les + :

- Mettre un morceau de la trempe de "Never Seen The Light" au début ça a le mérite d'annoncer la couleur

- La construction des morceaux surprend ("Jane" et son basse-batterie inattendu, "Time" qui est imprévisible de bout en bout)

- Les balades, bien que stéréotypées ne nous mentons pas, sont fichtrement bien réussies et nous sont servie à bonne dose et au bon moment dans la construction de l'album ("Gold Songs", "Sunday Morning Son")

- "Time". Ce simple morceau vaut l'écoute de Weathering. Sa construction est surprenante en tous points, on retrouve des guitares slashéennes qui s'interrompent juste avant de devenir ennuyantes, on profite d'une performance vocale époustouflante de Jean Noël et le tout avec un crescendo final à concurrencer Godspeed You! Black Emperor, maître dans le domaine.

- La présence de "Cold Fever" prend tout son sens pour reprendre ses esprits avant le morceau final.

- La forme "tout-en-un" du morceau final "Weathering" qui résume à lui seul toute l'ambiance de l'album.

En conclusion :

Avec Weathering, Last Train prouve qu'il mérite les attentes dont il fait preuve. Certes, le disque n'est pas dénué de défauts mais ne serait-ce que pour ce qu'il représente (l'album de la "démerde") Weathering est un album à accueillir à bras ouverts et qui doit cartonner. Que ce soit pour le travail qu'il représente ou tout simplement pour l'avenir de paysage musical français.

Note de 3.5/5
De haut de sa petite vingtaine, Last Train se montre à la hauteur des attentes démesurées de ce premier album en proposant une recette maintes fois éprouvée outre-Manche mais relativement efficace. Avec un première partie d'album sans fausse note, un goût affirmé pour des compositions à l'électricité virile, un style certain et la maîtrise totale de leur circuit logistique (production, studio, label), ces rockers à la tête froide et au son chaud pourraient bien combler le vide sidéral du rock français. Attention quand même à ne pas se frotter de trop près à la britpop anglosaxonne et à ne pas surjouer un côté "braillard tout en cuir" qui pourraient lasser et briser le potentiel certain de ces braves p'tits gars de Mulhouse.
Commentaires
remigettliffe, le 19/05/2017 à 08:59
Héééé j'suis là, hein!!
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