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Critique d'album

Feu! Chatterton


Ici le jour (A tout enseveli)


(16/10/2015 - - Chanson Française/Rock - Genre : Pop Rock)
Produit par

Note de 5/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Des textes d'une incroyable richesse, un son qui a la fougue de la jeunesse. Feu!Chatterton frappe très fort pour ce premier album!"
Raphaëlle, le 27/11/2015
( mots)

En ces années 2010, la pop française au sens large se porte plutôt bien. Au début de la décennie, Lescop a signé un album new wave qui faisait de gros clins d'oeil à Daho. Puis le collectif La Femme a débarqué avec son irrésistible cocktail surf pop, yéyé et électro (oui c'est possible). Et ne parlons pas de Fauve, phénomène 2014. Dans cette effervescence, de nombreux groupes ont su se faire remarquer par la qualité de leur écriture, mais bien peu ont suscité autant d'intérêt que Feu!Chatterton. 


Chouchous de la presse aussi bien spécialisée puis généraliste, les parisiens ont commencé leur carrière auréolés de critiques dithyrambiques mais sans véritable public. Armés donc de quelques chansons parues sur un EP, ils se sont lancés dans une tournée marathon pour se créer des fans. Au terme de ce long défi, ils se sont enfermés dans un studio à Göteborg. Il leur a fallu aller en Suède pour se créer le cocon qui allait donner lieu à leur premier album, Ici le jour (A tout enseveli). Bien entendu la presse s'est emparé du phénomène à la sortie de l'album. Comment aurait-il pu en être autrement?  


Sur le papier, Feu!Chatterton a tout bon: des références distinguées (la pochette copiée d'un tableau d'Odilon Redon, le nom du groupe tiré d'un tableau inspiré par un poète maudit), un chanteur au charisme ravageur, une présence scénique indéniable et un goût certain pour le romantisme tendance noir. A Albumrock, on a applaudi leur premier concert post sortie d'album au Trianon. Une fois l'excitation retombée, on a voulu juger de la qualité de leur musique. C'est parti pour une chronique au moins aussi fournie que leurs textes. 


Commençons donc par disséquer l'écriture de Feu!Chatterton, puisque tout part de là chez eux. Le groupe revendique une influence majeure: Gainsbourg. Ça change des hommages à Daho et Bashung, mais ça vous donne aussi une idée du niveau. Cette filiation est déjà marquée par le phrasé du chanteur, semblable à celui de Gainsbourg époque poinçonneur des Lilas: Précieux, voire même ampoulé. Il faut aussi reconnaître une obsession commune à Feu!Chatterton et leur illustre mentor: les femmes! La figure féminine est tour à tour une séductrice ensorcelante ("la Malinche"), une vierge effarouchée ("la Mort dans la Pinède"), une femme mystique ("Ophélie"), une morte angoissante ("les Camélias")... On ne peut pas s'empêcher d'y revenir même pendant le prêche de la messe à "Harlem" ("Je crois voir une déesse de muscles et de courbes quand il dit que les statues aussi verdissent /Et que leurs c...couronnes sont un perchoir pour les pigeons").  


Les textes sont marqués par la patte du maitre: ils sont à la fois malicieux et poétiques. "Madame je jalouse/ ce vent qui vous caresse la joue,/ lui qui vient se poser/ sur votre peau d'acajou" déclame ainsi Arthur dans "la Malinche". Ce groupe a un merveilleux talent pour raconter des histoires. "Côte concorde" mêle ainsi le récit du naufrage du Costa Concordia et la perte du triple A de la France.  "Harlem" est un fascinant texte mi chanté mi récité, simplement posé sur une ligne de basse, qui ébauche petit à petit le tableau d'une messe gospel. La rêverie vaporeuse de "Porte Z" brosse le portrait des envies d'ailleurs adolescentes avec délicatesse. Et que dire de "La mort dans la pinède", qui relate les errements des premières fois dans un audacieux parallèle entre l'incendie et l'orgasme, cette petite mort?  


Ecouter Feu!Chatterton c'est donc assister, ébahi, à une démonstration de force. Chaque titre recèle de trouvailles, les références littéraires affluent et les jeux de mots fusent avec humour ("je suis fou à lier/Marteau comme ici les requins", dans "Fou à lier"). Mais on s'ennuierait sacrément si tout cela n'était pas servi dans un écrin musical sur-mesure. C'est ici qu'on quitte Gainsbourg pour se placer sous l'égide de Led Zeppelin et Radiohead, de l'aveu du groupe lui-même. Rarement a-t-on entendu la musique servir le texte avec une telle dextérité. Leur pop précieuse se marie à la perfection avec des sons rock et psyché. 


"La Mort dans la Pinède", par exemple, démarre sur la pointe des pieds comme des adolescents qui s'engouffrent dans les sous-bois sans bruit. La ligne de guitare qui rentre en scène est comme la petite voix de la conscience de la jeune fille, qui "d'un geste, chasse les audaces" de son prétendant. Puis la chanson monte lentement en puissance, soutenue par des guitares dansantes qui donnent envie de s'abandonner. Pas mal, non? 


Ecoutez donc "Côte concorde": lorsqu'Arthur entame, tel un prédicateur, "du ciel tombe des cordes/Faut-il y grimper ou s'y pendre?", la batterie enfonce le clou et les guitares tissent le rideau de pluie qui s'abat. Prêtez donc une oreille à "Porte Z": entendez-vous le vrombissement des "milliers d'avions" et voyez-vous le "ciel couleur été printemps"? Vous sentez-vous planer comme au temps où vous pensiez encore pouvoir tout faire? Quant à "la Malinche", c'est du cinéma musical. Les synthés nous jettent à la figure le regard incendiaire de la jeune femme, glissé sous des paupières lourdement fardées. La fièvre des guitares et du piano nous emporte dans l'adoration de cette figure féminine, dans un mouvement toujours plus frénétique. Le psychédélisme déchaîné d'"Ophélie" dessine une héroïne hors de portée. On l'imagine se lever des déluges de guitare et se détourner de nous pour s'en aller, lascive et fascinante. La voyez-vous, cette blonde Ophélie qui secoue sa chevelure et marche en se déhanchant, tandis qu'Arthur se consomme d'"amour fou dingue"? 


On devine derrière chaque son, chaque riff, des débats homériques à Göteborg. Ils racontent qu'ils y ont bien failli laisser la peau de leur groupe, dans une recherche de perfection presque illusoire. On a envie de leur dire qu'ils ont bien fait de poursuivre leur but avec autant d'entêtement. L'ensemble de l'album est traversé par les instants de pur génie listés plus haut mais n'atteint pas le sans faute. Certains titres ont du mal à faire entendre leur particularité ("Pont Marie") ou se perdent dans le psychédélisme ("Le Long du Léthé"). Avec le temps, espérons aussi que les tics du chanteur s'atténueront. S'ils constituent l'identité même du groupe, ils parasitent parfois les chanons ("Boeing", "Fou à lier"). 


L'album s'ouvre et se ferme avec deux morceaux tout droit puisés dans le psychédélisme rock des Animals: "Ophélie" et "Les Camélias". Ce dernier titre est en fait la quatrième partie d'un morceau fleuve, "Bic médium", qu'ils jouent en live et dont ils ne font apparaître que la quatrième partie sur le disque. Véritable opéra rock à la Who, habité et même transcendé par les musiciens, il aurait été appréciable de pouvoir en apprécier l'intégralité sur le disque.


Au terme de cette longue chronique, le constat est sans appel: on ne peut qu'applaudir face à ce coup de maître. Espérons donc que Feu!Chatterton survive à son succès et continue réinventer la musique française. 


 Pour commencer, on vous recommande: Ophélie, la Malinche et Porte Z

Commentaires
flo, le 11/05/2018 à 14:00
Pas d'accord avec la critique sur Le long du Léthé. Une des plus grandes chansons de l'album selon moi...
Raphaelle, le 07/12/2015 à 12:22
En effet, album de l'année pour moi aussi :) !
Phanoudestousques, le 05/12/2015 à 09:30
Enfin de la qualité! Un réel travail d'écriture avec des textes ciselés. On évite l'écueil de la rime facile et celui d'une poésie trop abstraite et élitiste. La poésie des mots transcende le réalisme de certains sujets abordés. La symbiose entre la musique et les textes est simplement parfaite. On ressent bien quelques influences , mais l'identité est réelle et forte. Un tel ovni fait forcément du bien dans un paysage musical gangrené par ce qui se vend bien au détriment de ce qui fait du bien aux oreilles.
Florencioo, le 28/11/2015 à 10:45
Album de l'année
Etienne, le 27/11/2015 à 10:39
La scène française a fière allure ! Ca fait du bien...
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