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Critique d'album

Frank Zappa


Hot Rats


(10/10/1969 - Bizarre - Rock, jazz, avant-garde - Genre : Rock)
Produit par Frank Zappa

1- Peaches en Regalia / 2- Willie the Pimp / 3- Son of Mr. Green Genes / 4- Little Umbrellas / 5- Gumbo Variations / 6- It Must Be a Camel
Note de 5/5
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Note de 5.0/5 pour cet album
"Le disque fondateur du jazz fusion est aussi une porte d’entrée idéale vers la musique exigeante de Zappa"
Franck, le 27/07/2021
( mots)

Certains artistes ont eu un parcours tellement prolifique et désordonné qu’il est parfois difficile pour le néophyte de savoir par quel bout débuter son initiation. Avec plus de soixante albums au compteur (toutes collaborations confondues) en l’espace d’une trentaine d’année de carrière (de 1966 jusqu’à sa mort en 1993), Frank Zappa est considéré comme un des artistes les plus influents de sa génération, léguant un immense héritage musical, dense et complexe, que de nombreux adeptes n’auront de cesse de décortiquer. Autant dire qu’appréhender l’œuvre du bonhomme dans l’ordre chronologique pourrait s’avérer périlleux. D’autant plus que le maître aura au préalable tout fait pour ne pas vous faciliter la tâche ! Qu’elle verse dans la parodie délirante ou bien dans la technique à outrance - le guitariste moustachu faisant des mesures asymétriques et des polyrythmies sa spécialité -, la musique de Zappa donnera du fil à retordre aux auditeurs les plus persévérants. Fortement influencé par le "Rhythm and Blues" - genre qu'il expérimenta en tant que batteur dans ses jeunes années - et par la musique classique contemporaine de la première moitié du XXe siècle (de Edgar Varèse jusqu’à Igor Stravinsky), l’auteur-compositeur-interprète américain est malgré tout parvenu à imposer son propre style avant-gardiste qui reste aujourd’hui encore totalement inclassable. 


D’abord au sein de son groupe The Mothers of Invention, puis sous son propre nom, Frank Zappa aura exploré des genres aussi hétérogènes que le doo-wop (un sous-genre du R&B influencé par le gospel et émergeant dans les années 50), le jazz, le rock progressif, ou encore la comédie musicale, parvenant même à lier l’ensemble de ces influences au sein de la même composition. Entre expérimentations complètement indigestes et délires anti-commerciaux, on trouvera plusieurs pépites plus ou moins accessibles. Dès lors, comment se retrouver au milieu de cette véritable jungle discographique ? Il est un fait ; les véritables connaisseurs de l’œuvre de Zappa ne courent pas les rues, mais tout amateur de musique progressive s’accordera à conseiller Hots Rats. Revenons donc sur cet album qui aura marqué la fin des années soixante.


Nous sommes en 1969, un best-of des Mothers of Invention vient de sortir, Zappa semble décidé à tourner la page de son groupe déjanté. Pour ce sixième album (le deuxième sous son propre nom), Zappa a bien l’intention de frapper fort et de se donner les moyens pour concrétiser sa vision de la musique. Et pour cela, il lui fallait réunir une équipe de rêve. Il retrouve ainsi le multi-instrumentiste Ian Underwood - qui avait pu intervenir sur plusieurs albums des Mothers - et loue les services de plusieurs pointures venues du jazz : le bassiste Max Bennett et les batteurs Paul Humphrey et John Guerin. On notera également l’intervention de plusieurs autres artistes de renom en provenance de différents horizons : le violoniste rock Sugarcane Harris (écoutez-moi ce solo de violon sur le titre "Gumbo Variations") ou encore Shuggie Otis, guitariste de rhythm & blues et acteur indissociable du mouvement acid jazz. En découle une musique qui véhicule une véritable sensation de liberté, entretenant un aspect imprévisible grâce à une instrumentation riche et sujette à improvisation ; sensation que l’on ressent tout au long de "Willie the Pimp", enchainement dément de presque dix minutes, et seul morceau chanté de l’album. Là encore, ce n’est pas n’importe qui qui s’y colle, puisqu’on retrouve la voix grave et inquiétante de Don Van Vliet, alias Captain Beefheart, toujours muni de son fidèle harmonica (l’excentrique musicien se faisant également remarquer la même année avec l’album à la tête de poisson, Trout Mask Replica, produit par Zappa).


Pas besoin d’avoir fait du solfège pour se rendre compte que la collaboration Zappa-Underwood fait des étincelles. Nous avons là une bien belle démonstration d’habileté technique et de savoir-faire de composition, Underwood s’illustrant dès le morceau d’ouverture "Peaches en Regalia", en apportant toute sa palette d’instruments : flûte, clarinette, saxophone, piano et orgue. Là où en temps normal, on frôlerait l’indigestion instrumentale, tout s’enchaine ici à la perfection. Chaque partition trouve sa place au milieu des changements de tempo et diverses expérimentations sonores, laissant même entrevoir des passages particulièrement accessibles et accrocheurs. 


Est-ce du rock’n’roll, du jazz ou encore de la musique contemporaine ? Il sera plus simple de s’accorder pour dire que c’est du Zappa ! Pour les amateurs de l’histoire du rock, l’album à la pochette rose fluo (mettant en scène Miss Christine des GTO’s) se pose incontestablement comme un - si ce n’est le - disque fondateur du jazz fusion (ou jazz-rock), genre qui aura non seulement élargi considérablement la portée de la musique jazz dans son ensemble, mais qui aura aussi influencé de nombreux groupes dans les décennies qui suivirent.


Même si certains peineront à apprivoiser ces longues frasques musicales aux structures complètement débridées, un morceau comme "Son of Mr. Green Genes" mettra tout le monde d’accord. Difficile en effet de résister à cette petite merveille portée par une sublime mélodie à la clarinette. Outre le formidable jeu de basse de Max Bennett, l’auditeur pourra s’extasier devant les différents solos de guitares proposés par Zappa. L’artiste américain démontre ici qu’en plus d’être un compositeur des plus talentueux, il est aussi un sacré guitariste, pouvant concrétiser avec une facilité déconcertante toutes ses inspirations les plus folles. 


On profitera également de morceaux plus condensés, comme le jazzy "Little Umbrellas" à l’instrumentation délicate, ou encore le final tout en finesse de "It Must be a Camel", marquant le début de la fructueuse collaboration entre Zappa et le violoniste français Jean-Luc Ponty


Plus de cinquante ans après sa parution, Hot Rats n’a pas pris une ride. Les plus pointilleux crieront encore au sacrilège depuis la réédition CD de 1987. Nettement moins prolifique sur ses dernières années, l’intéressé se mettra en tête de remasteriser l’ensemble de son œuvre en apportant plusieurs réinterprétations et modifications plus ou moins pertinentes. Ne soyez donc pas surpris si vous tombez sur différentes versions de l’imposant "Gumbo Variations", passant de 13 minutes sur sa version originale à près de 17 sur la version CD. Tout comme le jazz, l’art de Zappa est en constante évolution, le compositeur s’amusant régulièrement à réarranger ses morceaux lors des différents concerts. Une manière comme une autre d’assouvir la créativité débordante d’un acharné de travail dopé à la caféine.  


Quelle que soit votre position, l’expérience restera en tout point délectable. Nous avons là un album en mesure de marquer durablement l’auditeur sous réserve de lui laisser le temps nécessaire pour se dévoiler. Disque précurseur d’un artiste hors du commun, Hot Rats est également une des créations les plus accessibles du répertoire de Zappa, ce qui en fait une porte d’entrée idéale pour le néophyte mais aussi une initiation pertinente vers la musique instrumentale. 


Alors que l’album peine à convaincre le public américain à sa sortie, il devient un succès immédiat en Europe (et également en France). La presse commence à parler de jazz-rock et l’album deviendra rapidement culte. Alors que l’on imaginait le musicien poursuivre sur cette lancée, celui-ci reforme, contre toute attente, une nouvelle mouture des Mothers of Invention suivie de plusieurs albums. L’artiste américain reviendra quelques années plus tard à l’association du jazz et du rock avec les tout aussi mémorables Waka/Jawaka et The Grand Wazoo (tous deux sortis en 1972). En définitive, la carrière de Zappa est à l’image de sa musique : libre, évolutive et imprévisible. Il serait donc dommage de passer à côté des pépites qu’elle recèle…

Commentaires
FranckAR, le 03/08/2021 à 19:58
Merci François ! Je redoutais un peu de m'attaquer à l'œuvre de Zappa, mais au final ça a été un plaisir de revenir sur cet album. En plus, ça promet du très lourd pour le dossier 1972 ! ;)
FrancoisAR, le 02/08/2021 à 14:57
Superbe chronique d'un album qui est en effet difficilement attaquable. Pour ceux qui ont du mal avec les délires de Zappa et qui veulent quelque chose de plus sérieux, Hot Rats (de même que les autres opus conseillés par l'auteur) s'avère être une porte-d'entrée plus soutenable dans l'univers de cet artiste hors-norme.
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