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The Chronicles of Father Robin
The Songs & Tales of Airoea – Book II
Produit par
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Dans la chronique du premier volume de The Songs and Tales of Airoea, nous avions présenté The Chronicles of Father Robin comme une forme d’accomplissement de la scène progressive norvégienne actuelle en raison de sa nature de supergroupe dont les membres proviennent des formations les plus en vue (Jordsjo, Tursmorke, Wobbler). Il faut ajouter qu’il s’agit également de l’aboutissement d’un très vieux projet issu des années 1990 mais jamais achevé, qui a enfin pu voir le jour grâce à la solidité de cette scène ouvrant des portes auparavant fermées. C’est donc un double voyage dans le temps que The Chronicles of Father Robin nous invite à effectuer : dans les 1970’s d’abord, tant leur musique multiplie les référence à l’âge d’or du rock progressif, et dans les 1990’s ensuite, au moment du premier revival, mené par les Suédois d’Anglagard et d’Anekdoten, qui allait inspirer l’esthétique du renouveau norvégien actuel. La perspective est donc plus archéologique qu’historique, vis-à-vis du rock progressif scandinave.
Après avoir voyagé à travers les forêts d’Airoea lors du premier cycle, nous sommes invités à suivre le Father Robin dans le monde sous-marin d’Oriasaleah dont nous imaginons les infrastructures faites de récifs coralliens grâce à une pochette toujours aussi magnifique (il faut souligner derechef l’effort du groupe à ce propos).
Porté en douceur par un contre-alizé ("Over Westwinds") folk et messianique ("kyrie eleison"), nous voici débarqué dans cet univers aquatique représenté par les nappes analogiques (presque Krautrock dans sa deuxième partie) et la fluidité instrumentale d’"Orias & the Underwater City", titre à la référence Anderson-ienne évidente dont on trouve des échos dans la composition et l’interprétation (par sa nature contemplative et par le chant yessien).
Poursuivant dans son esthétique traditionnelle, qui est celle de la scène progressive norvégienne, le groupe offre un "Ocean Traveller" qui associe bien les dimensions retro prog’ et folk jusqu’au final très Wobbler-ien, sans pour autant surprendre – un manque d’originalité qui confine au remplissage sur "Lady of Waves", un titre folk-rock peu entraînant. C’est pourquoi nous saluerons l’attaque plus metallique de "Green Refreshments", qui s’avère tout à fait bienvenue dans son association avec des touches folk celtisantes, des gammes ibériques et une structure plus entreprenante. L’introduction de "The Grand Reef" rebondit sur cette tournure celtique avec une énergie décuplée au profit d’un final véritablement enthousiasmant – il s’agit là d’une des plus belles pièces de la trilogie (sinon de la plus belle). C’est à ce niveau qu’on attendait les musiciens exceptionnels invités sur un tel projet.
S’il est toujours aussi plaisant de suivre le récit musical des aventures du Père Robin et que les interprètes se montrent une fois de plus brillants, on demeure circonspect face à tant de classicisme, si bien qu’il est possible que ce deuxième livre soit l’opus le moins convaincant du triptyque, heureusement sublimé par son final grandiose.
À écouter : "The Grand Reef", "Orias & the Underwater City"