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Sean Lennon
Friendly Fire
Produit par
1- Dead Meat / 2- Wait For Me / 3- Parachute / 4- Friendly Fire / 5- Spectacle / 6- Tomorrow / 7- on again off again / 8- Headlights / 9- Would I Be The One / 10- Falling Out Of Love / 11- L'Eclipse (Bonus Track)

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Sean Lennon se sera fait discret jusqu’à être invité partout pour promouvoir son dernier album, huit ans après la sortie de son premier Ep, Into The Sun. Le fils du Beatle à lunettes s’accorde une œuvre complète, accouchée dans le silence, à l’aide de laquelle il désirerait sortir à jamais de l’ombre (et quelle ombre…) de son père. C’est en octobre 2006 que nous parvient l’objet et que dire si ce n’est que cet opus possède en son sein un potentiel inépuisable d’addiction mélancolique. Dix titres pour une petite demi-heure et une ambiance cotonneuse de rêves romantiques éveillés, ouvrant ses pages avec "Dead Meat", véritable joyau de tristesse, paroles sombres et mélodies pop, inspirées et efficaces dés la première écoute. Non, Sean Lennon n’a pas lésiné sur l’écriture, entre arrangements légers et élégants, harmonies vocales profondes et instrumentation travaillée, mettant en avant voix et piano pour faire des autres éléments un véritable coussin sonore.
De merveilleux bijoux mélodiques se dessinent au fil de l’écoute ("Parachute", "On Again Off Again", "Falling Out Of Love"), tissant une toile homogène et labyrinthique entre des pistes charmantes menaçant parfois de tomber dans une mièvrerie facile ("Spectacles", "Tomorrow"), et des perles noires prenantes d‘émotions puissamment significatives ("Wait For Me", "Friendly Fire"). De là à dire que Sean cherche à s’émanciper, on lui demandera un peu plus d’objectivité même si les circonstances sont plutôt… atténuantes. Déjà, il est difficile de lutter contre les gênes (parlez-en à Jeff Buckley) et la voix de Sean rappelle très vite à celle de son paternel malgré son timbre plus nasillard. De plus, le milieu dans lequel a grandi le fils laisse forcément des séquelles et on se retrouve avec des structures et harmonisations rappelant fortement les Beatles post-Rubber Soul, pas seulement au niveau de l‘influence de John, mais empruntant aussi à celle de Macca, plus catchy, plus groove ("Headlights") et une grande inspiration concernant lignes de cordes, chœurs et contrechants. Certains titres se laissent couler vers un psychédélisme rond et envahissant comme la reprise de "Would I Be The One ?" de Marc Bolan et la superbe envolée finale de "Falling Out Of Love", concluant Friendly Fire par un diptyque royal, s'achevant en un point d‘orgue à l'apogée flamboyante contrastant avec la forte teneur en spleen de cet opus. Quant aux textes, ils sont désabusés, touchant au cynisme et à l’ironie dans une écriture à fleur de peau, souvent dure et brisant les illusions, traitant de relations humaines et bien souvent de ruptures, de rejets.
Friendly Fire ne révolutionne sans doute pas le monde de la pop, se servant allègrement de la formule qui a permis à ses parents d’atteindre de tels sommets. Mais de tous ces lieux communs, il garde le meilleur et y impose son sentiment et son vécu au travers d’un univers touchant et onirique et des harmonies simples et belles. La bande sonore d’une nuit d’hiver et d’insomnie ponctuée d’une légère fièvre, de souvenirs et de regrets.