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Liars
Sisterworld
Produit par
1- Scissor / 2- No Barrier Fun / 3- Here Comes All the People / 4- Drip / 5- Scarecrows On a Killer Slant / 6- I Still Can See an Outside World / 7- Proud Evolution / 8- Drop Dead / 9- The Overachievers / 10- Goodnight Everything / 11- Too Much, Too Much
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Après un exil berlinois, les chefs de file de la scène punk underground new-yorkaise sont revenus s'échouer à Los Angeles, la mégalopole où ils se sont rencontrés, pour confectionner leur cinquième opus. Comme un retour aux sources, tout proche de la scène du The Smell dont ils furent involontairement les premiers inspirateurs. Mais pour les membres de Liars, toujours un peu barrés, L.A était avant tout l'endroit rêvé (façon de parler) pour stimuler et exprimer leur indignation envers la déshumanisation sociale et environnementale des exclus de l'ordre mondial. En contrebas de cette Magic Mountain qui engloutit immensément plus de vies qu'elle n'en révèle, en est sorti, sans qu'il nous laisse indemne, leur Sisterworld.
Nos trois lascars insinuent dans ce nouvel album truffé de bizarreries sonores de vraies différences entre les violences primitives de leurs débuts et le mélodrame krautrock de Drum's Not Dead. Un poil plus sensibles, ils se sont attachés à rendre leurs morceaux plus mélodiques. Sûrement un peu plus matures, le raffinement de leurs idées et de leur son est révélateur d'une plus grande sensibilité, sans rien perdre de leur identité. Car comme toujours avec Liars, les changements d'atmosphères et les sautes d'humeur de ses auteurs peuvent à tout moment vous happer au passage. "Scissor" avec ses parties discordantes en est le plus bel exemple. Sa troublante ouverture a capella est suivie de notes de violoncelle et de basson avant d'être mise en brèche, une première, puis une seconde fois, par un riff incisif et une batterie frappée en toute impunité. Des morceaux viscéraux comme "Scarecrows On A Killer Slant" et "Overachievers" rappellent la furie patente de nos trois menteurs mais c'est avec des airs hypnotiques et rampants qu'ils charment définitivement. Sous la sombre vision de Los Angeles, "No Barrier Fun", "Here Comes all the People" ou l'envoûtant "Proud Evolution" sont bercés de cordes, d'un piano, de chuchotements et de rythmes provocant des sensations de fin du monde.
En cette terre pleine de failles, les Liars ont façonné une oeuvre vénéneuse. Leurs envies et troubles organiques nous sont comme inoculés et l'unité qui s'en dégage renforce cette impression de contamination. Dehors le mal est fait et rôde encore... dans un for intérieur leur exhortation à l'éprouver fait tout de même du bien...