L’Angleterre est décidément une contrée bien étrange. Deuxième berceau historique du rock’n’roll derrière son cousin américain, la vieille Albion a eu tendance ces dernières années à s’enflammer un peu rapidement sur le premier groupe venu à coups de unes tape-à-l’œil et de critiques dithyrambiques, faisant passer trop vite leurs membres pour les "sauveurs du rock". A l’heure où les
Kooks travaillent de manière anecdotique sur leur 4e album (déjà !) et où le cadavre de Doherty s’égosille (quand il n’annule pas ses dates) sur les scènes du monde entier avec ses copains de
Babyshambles, force est de constater que les trois membres de
Band Of Skulls ont pu grandir de fort belle manière, loin du feu des projecteurs médiatiques, en publiant des albums de qualité et en se produisant tout de même un peu partout. Entre blues-rock incisif et balades ciselées, Russel (chant/guitare) Emma (basse) et Matthew (batterie) ont su fédérer un public qui, probablement, se ruera sur
Himalayan, troisième galette du groupe produite par le talentueux Nick Launay (
Yeah Yeah Yeahs,
Arcade Fire ou encore le dernier
Nick Cave And The Bad Seeds) et attendue comme la confirmation supplémentaire du talent de ces jeunes et timides gens originaires de Southampton.
Si la rhétorique principale en matière de rock veut que le second album soit un cap toujours difficile à franchir, certains avanceront que celui du troisième est encore plus compliqué, moins par l’attente qu’il génère que par la capacité ou non de ses géniteurs à proposer quelque chose d’encore plus intéressant et de plus osé, sans pour autant dérouter totalement les fans de la première heure. Conscients de l’enjeu et remontés comme une pendule, les membres de
Band Of Skulls sortent de Londres, où ils ont peaufiné leurs morceaux, montrent les biceps dans un premier temps et musclent leur son, en témoigne ce « Asleep At Wheel » couillu et entrainant, sexy et rentre-dedans, quelque part entre
Led Zeppelin et
Pink Floyd, bref, le titre idéal pour lancer un album. Ce début est pourtant plutôt trompeur quant à la tenue générale de l’ensemble : troquant leurs premières amours de rock juvénile, les anglais nous embarquent pour un voyage aux couleurs psychédéliques ("You Are All That I Am Not", "Heaven’s Key"), aux mélodies envoutantes ("Cold Sweat" et cette voix divine), aux guitares aériennes mais lourdes et puissantes ("I Feel Like Ten Men, Nine Dead And One Dying"), aux enchainements sans faille de la section rythmique et aux harmonies impeccables, les voix de Russel et d’Emma se mélangeant toujours de manière délectable ("Nightmares", "Toreador"). Et lorsqu’ils décident d’accélérer, c’est souvent réussi ("Hoochie Coochie", "I Guess I Know You Fairly Well") et ça ne laisse personne sur le carreau. Tous ces concerts aux quatre coins du monde ont sans doute influencé nos jeunes protagonistes qui ne se cachent plus de leurs influences américaines voire australiennes (
Tame Impala, vous dites ?), en abusant certes parfois un peu trop de reverb et d’écho, mais que voulez vous ? Lorsque c’est souvent bien fait comme ici, comment leur en vouloir ?
Bien évidemment, on trouve quelques longueurs par-ci par-là ("Brothers And Sisters", "Get Yourself Together") sur ce disque qui contient peut être un peu trop de titres, témoignant cependant d’une inspiration en état de grâce et d’une production au poil. Peut être que les fans de la première heure regretteront l’énergie primitive du premier
Band Of Skulls, peut être que ces couches de guitare (alors qu’il n’y en a qu’une !) leur donneront un peu le tournis, peut être, peut être. Mais tout cela ne durera probablement qu’un temps aux vues de la qualité indéniable du résultat, celui d’un groupe confiant, arrivant au sommet de sa créativité et prêt à passer de d’autre côté, celui des lumières médiatiques qui lui donnera enfin la reconnaissance qu’il mérite.