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The Sadies
Colder Streams
Produit par
1- Stop and Start / 2- Message to Belial / 3- More Alone / 4- So Far for So Few / 5- All the Good / 6- No One's Listening / 7- You Should Be Worried / 8- Better Yet / 9- Cut Up High and Dry / 10- Ginger Moon / 11- End Credits
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C'est avec une certaine tristesse que l'on aborde les premières notes de ce 11ème album des Sadies en pensant au décès prématuré et inattendu en février 2022 de Dallas Good, l'un des deux frères leaders du groupe, chanteur et guitariste et surtout principal songwriter. Le musicien presque quinquagénaire originaire de Toronto avait roulé sa bosse en musique pendant plus de 25 ans avant qu'une saleté de problème cardiaque vienne mettre un terme à sa carrière de compositeur chevronné. Le destin est d’autant plus cruel que le groupe Canadien signe cinq ans après Northern Passages son plus bel album et qu'il semblait destiné à pouvoir nous régaler encore quelques années avec son indie-rock rétro teinté de psychédélisme.
Sur cet album au format resserré de 32 minutes qui s’enchaînent sans temps mort, la production signée Richard Reed Perry (Arcade Fire) laisse libre cours dès le premier morceau "Stop and Start" aux influences sixties du groupe avec un son brut et spontané, sans fioritures et voilé de cette teinte un peu crasseuse qui rappelle les légendaires Byrds. On est loin des standards aseptisés du rock d'aujourd'hui, avec des arabesques de guitares à la réverbération caverneuse complétées par de superbes harmonies vocales, le tout survolant des textes qui abordent rarement des sujets joyeux (la mort, la maladie mentale, la dépression et on en passe).
Tout en faisant preuve d’une grande cohérence, Colder Streams fait office de best-of représentatif de tous les élans musicaux du groupe, alternant country émouvante et tendre ("All the Good", "You Should Be Worried"), pop électrique fourmillant de petites trouvailles mélodiques ("Message to Belial", "So Far For So Few", "Cut Up High And Dry") et garage rock à l'énergie irrésistible ("Better Yet", "Ginger Moon"). On notera également la participation de John Spencer sur l'ensorcelante "No One's Listening" avec une guitare fuzz du plus bel effet et le pénétrant "More Alone", petit bijou où la légèreté de la mélodie n'a d'égale que la tristesse des paroles, évoquant la fragilité de l'existence liée à la perte d'un ami du groupe mort d'une overdose en 2020. Un titre malheureusement prémonitoire pour l’un des deux frères.
L’album se conclut avec une pièce instrumentale simplement intitulée "End Credits", évoquant le soleil couchant d’un western spaghetti dans un élan particulièrement cinématographique. Des deux cowboys, il n’en reste effectivement désormais plus qu’un et on ne peut qu'espérer que ce morceau final ne signe pas la fin de la chevauchée fantastique pour The Sadies...
A écouter : "Message To Belial", "More Alone", "No One's Listening"