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Ruby Throat
The Ventriloquist
Produit par
1- Swan And Minotaur (Troubled Man) / 2- House Of Thieves / 3- Naked Ruby / 4- Salto Angel / 5- Dear Daniel / 6- The Ventriloquist / 7- Lie To Me / 8- Ghost Boy / 9- John 3.16 / 10- Happy Now Part 2 / 11- Consuela's Newt / 12- Boat Song
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On a du mal à imaginer Katie Jane Garside accomplir les choses de la vie quotidienne. On la voit plutôt dans une étrange bicoque pleine de plantes grimpantes, dans une robe en haillons, en train de composer des chansons torturées pour ses projets solos ou pour son groupe Queen Adreena. Le mythe s’effondre, Katie Jane Garside prend parfois le métro (peut être même pour aller au Tesco du coin acheter de la Marmite). Cependant quand Katie Jane Garside prend le métro, elle ne fait jamais comme tout le monde : Entend-elle le son d’une guitare qui l’intrigue ? Elle court chercher le musicien en question (Chris Wittingham) à travers les innombrables tunnels piétons pour lui proposer de faire un duo voix-guitare avec elle. Le groupe vivote longtemps via son myspace, lieu de pèlerinage des fans de la chanteuse, avant de sortir l’album en deux versions très limitées. Après de nombreux efforts, il est enfin distribué mondialement.
Katie Jane Garside prend ici sa voix angélique pour chanter des berceuses folk enchanteresses où elle oscille entre un doux a capella et un envol de vocalises dans lequel elle s’abandonne ("The Ventriloquist", "Lie To Me", "House Of Thieves"). "Naked Ruby", "The Boat Song", "Salto Angel" et "Ghost Boy" sont des sommets du genre, ballades aériennes d’une beauté innocente et pure. "Consuela’s Newt" introduit même une dimension bluesy à l’album. La guitare du génial Chris Wittingham dessine le squelette des chansons, et, discrètement mais sûrement, devient la clé de voûte de l’ensemble.
En apparence Katie Jane Garside rompt avec la violence de Daisy Chainsaw et de Queen Adreena dans lesquels elle gigotait comme une petite furie, pour chanter des ballades apaisées. Mais les paroles sont toujours empruntes d’un danger, d’un inconfort, d’un mal-être étrange où la mort plane, et tranchent avec la douceur de l’ensemble. "I'll break your legs if I find out that you are fucking him" chantonne-t-elle tristement sur "Are You Happy Now". Les mignonnes ballades "Naked Ruby" et "Ghost Boy" cachent des paroles pétries d’une folie lugubre. Les ambiances rampantes sont toujours présentes, et sont exacerbées par la quiétude et la beauté des mélodies. "John 3.16", longue chanson mélancolique et fantomatique, se charge petit à petit d’une menace latente pendant que Garside murmure, psalmodie et grince. La guitare de Chris Wittingham est en totale harmonie avec cette voix si singulière, elle la suit et l’accompagne en une incroyable symbiose jusque dans le terrible pandémonium final.
The Ventriloquist est un album essentiel, une sorte de coup de maître inattendu d’une beauté bancale et bizarre. Toujours en équilibre précaire, jouant avec ses démons, Katie Jane Garside prouve à nouveau, s’il en était besoin, qu’elle a beaucoup plus d’un tour dans son sac.